« Vie nue » ou vie de communion Cité du Vatican, 22 janvier 2020. Le Pape François accueille deux enfants à l’issue de son audience générale hebdomadaire dans la salle Paul VI .

« Vie nue » ou vie de communion

« Le choléra nous est arrivé dans un siècle de philanthropie, d’incrédulité, de journaux, d’administration matérielle. Ce fléau sans imagination n’a rencontré ni vieux cloîtres, ni religieux […], il s’est promené d’un air moqueur à la clarté du jour, dans un monde tout neuf, accompagné de son bulletin, qui racontait les remèdes qu’on avait employés contre lui, le nombre de victimes qu’il avait faites, où il en était, l’espoir que l’on avait de le voir encore finir, les précautions qu’on devait prendre pour se mettre à l’abri, ce qu’il fallait manger, comment il était bon de se vêtir. »

Cette description que Chateaubriand donne dans ses Mémoires de l’épidémie de choléra qui ravagea Paris en 1832 rejoint étonnamment notre expérience. D’autant plus que, parti de l’Inde, elle toucha une bonne partie du monde jusqu’à la moitié du XIXe siècle. L’auteur du Génie du christianisme semble déplorer l’approche « sécularisée » du fléau, dans une froideur toute administrative, qu’il met en contraste avec la vision romantique issue de son imagination d’une ville pleine de prières et de processions, implorant Dieu d’éloigner le fruit de sa colère et de son jugement.

Malgré la résurgence marginale d’une allusion au châtiment divin, la conscience chrétienne aujourd’hui rejoindra plus volontiers les analyses scientifiques et sociales des causes de la pandémie de SARS-Cov-2. Si le recours à la prière n’est pas écarté – on se souvient des images poignantes du pape François bénissant une place Saint-Pierre vide de pèlerins – le fidèle du Christ rejoint aussi la réflexion, les questions, les hésitations des autres hommes sur la manière raisonnable de lutter contre la pandémie et les éventuels changements à apporter dans leur mode de vie. Alors qu’il est question de retours réguliers d’épisodes pandémiques, quelle juste attitude adopter ? Jusqu’où contenir le taux de mortalité ? Maintenir une activité économique et sociale minimale n’est-ce pas aussi « sauver des vies » ?

La vie a-t-elle un prix ?

Pour le croyant, la vie est d’abord un don de Dieu. Cette gratuité originelle issue de la générosité de l’amour divin marque triplement le rapport à la vie : la vie est précieuse, puisqu’elle l’est aux yeux de Dieu. Toute vie créée, puisque Dieu aime « tout ce qui existe » (Sagesse 11,24), mais tout spécialement la vie personnelle, la vie de l’homme créé à l’image de Dieu : « Oui, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature » (Sagesse2,23). D’autre part l’homme n’est pas propriétaire d’une vie qu’il aurait acquise, il est plutôt appelé à être le bon gestionnaire de sa vie, de même qu’il est appelé à être le bon cultivateur de la terre reçue, elle aussi, gratuitement. Comme tout gestionnaire, il aura à rendre des comptes. Enfin, la vie est reçue en relation : « homme et femme il les créa » (Genèse1,27). La dimension communautaire de la vie humaine n’est pas seconde, elle est constitutive de la condition personnelle et se déploie historiquement dans la succession des générations. Le don de la vie se partage et la croissance personnelle se vit dans l’aide mutuelle à grandir en humanité.

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