Jean Rognetta

Vaccins

SAY 5 • Éditorial

Gramsci est à la mode. À lire les scénarios de sortie de crise que développent entrepreneurs, économistes, politiques et philosophes, on se rend compte qu’ils « allient le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ». Le directeur général de l’OMS lance ici un appel au renforcement des initiatives internationales en faveur de la vaccination, rejoint par l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown et de nombreuses personnalités. Nul doute que celui-ci ne sera pas repris de sitôt. Les inégalités se creusent, et les enfants des riches seront vaccinés avant bien des personnes à risque… Pessimisme de l’intelligence.

En revanche, l’existence même du dispositif Covax, que l’on renforce progressivement, est un signe extrêmement positif. Et l’on peut débattre, pour et contre, de ce que le président des États-Unis ait choisi de se mettre à dos l’industrie pharmaceutique en menaçant de la priver des fruits financiers des vaccins qu’elle a mis au point en un temps record. Mais quel que soit l’effet réel de la levée des brevets – « psschit », aurait dit Jacques Chirac… –, la déclaration de Joe Biden montre l’influence nouvelle des pays défavorisés, et notamment de l’Afrique du Sud. Plus qu’une lueur d’optimisme.

La volonté l’emporte aux points sur l’intelligence.

Mais pas partout : les sondages pour la présidentielle 2022, par exemple, sont désastreux. Début juin, Marine Le Pen arrivait en tête du premier tour, avec 28 % des voix. À voir la manière dont s’enclenche la campagne, on doit se demander dans quelle mesure les électeurs de la droite (14 %) et La France Insoumise (11 %) se reporteront vers elle ou vers Emmanuel Macron. Quelles seront les conséquences de la tempête complotiste, dérive ultime du populisme à laquelle sacrifient aussi bien l’extrême gauche que l’extrême droite (lire à ce sujet Tour d’horizon du complotisme français de Sylvain Cavalier) ?

Hégémonie culturelle

Si l’on étend le regard au-delà de la France, des populismes de l’Europe de l’Est aux soutiens de Donald Trump, on voit que « le récit populiste du “ eux ” contre “ nous ” ne reflète pas seulement un conflit entre les riches et les pauvres » comme l’analysent Sergei Guriev et Elias Papaioannou. Il se construit sur le rejet du progressisme, « notamment la protection de l’environnement, l’égalité des sexes, la diversité raciale et culturelle et la tolérance à l’égard des personnes LGBTQ+ et handicapées. » En revenant en France, on peut voir dans cette liste comme le calendrier parlementaire de 2021 : les dernières grandes lois du quinquennat portent toutes sur l’environnement et ce « libéralisme social ».

Face à la litanie des constats désastreux sur le climat et maintenant la biodiversité, mille actions s’organisent : la finance, en particulier, montre chaque jour de nouvelles formes de mobilisation. On peut lamenter, comme Jacques Attali, que 30 % seulement des investissements de relance en Europe soient alloués à la transition environnementale. Mais leur part, dans le monde, est bien inférieure.

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Face à l’ampleur annoncée de la catastrophe, la volonté semble perdre pied : qui croit vraiment, par exemple, que les objectifs des accords de Paris seront tenus ? Cette méfiance nourrit le nihilisme de mouvements comme Extinction-Rebellion et elle explique aussi la persistance du populisme. Ce virus n’a pas fini de frapper. Puissent des résultats rapides nous vacciner contre le sort de l’Italie de Gramsci…

Le regard de Gorce Say 5
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