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Une Europe verte pour la nouvelle génération

Alors que l’Europe affiche les objectifs les plus ambitieux de la planète en matière de transition écologique, il faut se questionner sur sa capacité à les réaliser. Si les dirigeants semblent saisir pleinement les enjeux de cette transition, un manque d’action de leur part risquerait de fracturer irrémédiablement la société européenne.

La crise de la Covid-19 aurait pu éclipser la cause climatique. Au lieu de cela, elle a été poussée sur le devant de la scène, notamment en Europe. Jamais auparavant un aussi grand nombre de ministres de l’Économie et de chefs d’entreprise n’avaient réalisé que la transition verte allait stimuler, plutôt qu’entraver, la création d’emplois, les investissements dans les infrastructures et l’innovation industrielle. À l’heure où l’Europe se prépare à une reprise économique post-pandémique, la décarbonation est d’abord essentielle, mais offre également de réelles opportunités si nous la mettons en œuvre correctement.

L’un des exemples les plus encourageants de ce nouvel état d’esprit est le fonds de relance Next Generation de l’Union européenne, doté de 750 milliards d’euros (884 milliards de dollars), qui doit allouer 37 % de l’argent à des initiatives climatiques. Les 63 % restant quant à eux seront investis dans des secteurs qui ne portent pas préjudice au climat.

Étant donné que l’Union européenne et ses 27 États membres se sont engagés à réduire leurs émissions de carbone de 55 % d’ici à 2030 et à devenir neutres à l’horizon 2050, veiller à ce que les décisions politiques et les nouveaux investissements n’aggravent pas le problème climatique relève du bon sens. Mais il s’agit tout de même d’un nouveau paradigme, qui reconnaît que les préoccupations climatiques et la réduction des émissions doivent être intégrées dans un large éventail de politiques.

Avoir les moyens de ses ambitions

Certes, la transition énergétique de l’Europe est déjà bien engagée. Un nombre croissant d’États membres de l’Union européenne abandonnent progressivement le charbon tout en développant les énergies renouvelables, et les responsables politiques reconnaissent l’importance de promouvoir une plus grande efficacité énergétique. Mais la décarbonation exigera que nous arrêtions d’utiliser des combustibles fossiles, tandis que des secteurs tels que la construction, les transports et l’agriculture devront contribuer beaucoup plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent à la réduction des émissions. En d’autres termes : C’est maintenant que le bât blesse.

Se fixer des objectifs est bien sûr la première étape, la suivante étant de fixer le prix du carbone. Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne, mis en place en 2005, commence réellement à fonctionner, avec un prix actuel d’environ 60 euros par tonne de CO2 émise.

Mais les chefs d’entreprise européens réunis au sein de la CEO Alliance – un groupe rassemblé autour de Herbert Diess, le PDG du groupe Volkswagen – affirment que les efforts sont encore insuffisants pour assurer une transition efficace. Début juillet, l’alliance – composée de dirigeants d’entreprises qui emploient ensemble plus de deux millions de personnes et réalisent un chiffre d’affaires annuel de plus de 800 milliards d’euros – a appelé à « un signal fort sur le prix du carbone dans l’ensemble de l’économie » et à une réduction rapide des « subventions aux technologies à fortes émissions de CO2 ».

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En outre, les douze entreprises du secteur de l’énergie, des transports et des technologies réunies au sein de la CEO Alliance collaborent actuellement pour tenter d’accélérer des projets tels que le développement de batteries, les bâtiments durables, les réseaux électriques intelligents, le suivi de l’empreinte carbone numérique et le transport électrique.

Une Europe de la coopération

Assurer la collaboration entre les industries, ainsi qu’entre le secteur public et le secteur privé pourrait être le plus grand défi de l’Europe dans la transition verte. Les objectifs clairs et ambitieux de l’Union européenne en matière de climat commencent à orienter dans les décisions politiques et financières. Les pays de la zone euro commencent chacun à évaluer les externalités négatives et à réformer leurs systèmes fiscaux en conséquence. La coopération devient donc une nécessité. En politique, dans les affaires et dans le domaine scientifique, il est impératif de trouver de nouvelles façons de travailler ensemble.

Cela soulève la question de savoir si le modèle de gouvernance européen est adapté à son objectif et efficace pour s’attaquer à des problématiques complexes sur le climat. Pour réussir sa transition verte, l’Europe doit concilier des politiques efficaces et tournées vers l’avenir avec l’adhésion continue à des processus démocratiques inclusifs. Mais une prise de décision qui implique plusieurs niveaux de gouvernement est-elle suffisamment rapide et agile ?

L’Union européenne n’est pas la Chine, et ne veut pas l’être. Mais nombre des concurrents de l’Europe agissent plus rapidement que nous une fois qu’ils ont décidé de la politique à suivre. Pour faire face au changement climatique avec l’efficacité nécessaire, il faudra faire appel non seulement aux sciences naturelles et économiques, mais aussi aux sciences sociales et humaines.

Prévoir la transition

Au lendemain de la pandémie, l’Union européenne semble prête à l’action. À la mi-juillet, la Commission européenne a dévoilé son projet « Fit for 55 », qui contient 13 propositions législatives visant à aider l’Union à atteindre son objectif de réduction des émissions pour 2030. Les mesures suggérées, qui seront négociées au cours de l’année prochaine, démontrent clairement les aspirations et les ambitions de l’Europe en matière de climat.

Mais les changements législatifs ne suffiront pas. Les nouveaux projets de décarbonation à grande échelle nécessitent d’importants investissements en capital. La « taxonomie des investissements verts » que l’Europe est en train de mettre en œuvre constitue donc une évolution cruciale, qui pourrait être reproduite à l’échelle internationale. Définir des critères spécifiques pour évaluer les risques d’investissement futurs et éviter les projets inefficaces est essentiel. Étant donné que plus de 130 pays ont récemment convenu d’un taux minimum mondial d’imposition des sociétés, un accord mondial sur une telle taxonomie devrait être à portée de main.

L’Europe est également confrontée à un énorme défi en ce qui concerne la qualification et la requalification de sa main-d’œuvre pour la transition verte. Il s’agira notamment d’adapter les employés à l’électrification généralisée des méthodes de production, de réorienter les travailleurs de l’ancienne économie, et de développer les compétences nécessaires à la modernisation durable des bâtiments et des infrastructures.

Une société en voie de transformation

La décarbonation aura également des répercussions sur les comportements individuels, notamment le régime alimentaire, les modes de déplacement et de travail, et la consommation en général. Comme la transition verte oblige de plus en plus les citoyens à repenser leurs valeurs et leurs actions, les politiciens en quête de réélection seront mal préparés pour mener les réformes nécessaires.

Mais la pandémie a fourni une excellente occasion de réfléchir sur notre tendance à préférer le statu quo à l’innovation et au changement. Les dirigeants politiques et économiques européens ont clairement indiqué qu’ils comprenaient l’urgence d’une action plus importante en faveur du climat et ont fixé les objectifs les plus audacieux et les plus ambitieux à ce jour. Dans le même temps, la jeune génération européenne n’a jamais été aussi impatiente de voir les grands et nobles discours se traduire en actions réelles et visibles.

Si les personnes au pouvoir déçoivent une fois de plus et ne parviennent pas à opérer une véritable transformation, l’Europe deviendra encore plus polarisée qu’elle ne l’est déjà. La jeune génération européenne est déjà pleinement engagée en faveur d’un avenir vert. Face à une crise climatique de plus en plus urgente, les décideurs politiques et les chefs d’entreprise doivent veiller à ce que leurs politiques de « Nouvelle Génération » soient dignes de ce titre.

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