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Crise américaine et tentations chinoises

Ambassadeur américain, Richard Haass a été l’envoyé spécial de George Bush en Irlande du Nord et en Afghanistan. Aujourd’hui président du Council on Foreign Relations, il détaille les risques géopolitiques qu’une crise post-électorale américaine pourrait faire courir à la planète. Seule la perspective de s’aliéner l’administration Biden pourra dissuader l’interventionnisme chinois, mais aussi turc, iranien, coréen, russe…

SAY : Les résultats des élections américaines sont déjà contestés par le probable perdant, le président Trump. Dans le numéro de SAY paru le 4 novembre, vous écrivez que les chances d'une guerre froide sino-américaine, voire d'une véritable guerre, sont bien plus élevées qu'au début de l'année, principalement parce que le gouvernement chinois s’affirme plus fortement tant au niveau national qu'international. Xi Jinping pourra-t-il tirer profit de l'instabilité politique aux États-Unis ?

Richard Haass : Une crise politique aux États-Unis déclenchée par un résultat contesté de l'élection présidentielle de 2020 laissera le pays encore plus divisé et désorienté qu'il ne l'est déjà. En outre, la politique étrangère américaine, ces dernières années, a suscité de plus en plus de questions sur la fiabilité du pays en tant qu'allié et sur sa volonté de maintenir l'utilisation de la force militaire. Dans de telles circonstances, la Chine pourrait être tentée d’intervenir à Taïwan. Des mesures coercitives en exposeraient la vulnérabilité et le placerait davantage sous l'emprise du continent. On pourrait également imaginer une augmentation des activités militaires chinoises vis-à-vis de l'Inde et du Japon, ainsi que dans la mer de Chine méridionale.

SAY : Quels autres risques internationaux cela pose-t-il ?

RH : Il existe un risque d'initiatives nouvelles et déstabilisatrices de la part de la Russie, de la Turquie, de l'Iran, de la Corée du Nord et d'autres pays, animés par l'espoir que les chances d'une riposte américaine – notamment militaire – soient plus faibles que jamais depuis des décennies. Toutefois, il est possible que ces pays décident d'être plus prudents, étant donné la possibilité que Biden remporte cette élection et leur désir de ne pas aliéner le nouveau président avant même qu'il n'entre en fonction.

SAY : Une victoire de Biden ne suffira pas à résoudre tous les problèmes de politique étrangère des États-Unis. Comment éviter les erreurs qu'une administration Biden risque le plus de commettre ?

RH : Une éventuelle administration Biden devra s'employer à réparer les alliances américaines et à rejoindre bon nombre des accords et organisations dont les États-Unis se sont retirés au cours des trois dernières années et demie. Les alliances doivent non seulement être réparées, mais aussi revigorées, pour faire face à un éventail plus large de défis géopolitiques et mondiaux. Parvenir à ce consensus sera tout sauf facile. De même, les traités et organisations existants, notamment ceux qui concernent le changement climatique, la santé mondiale, le commerce et l'Iran, sont inadaptés à bien des égards. Le défi consistera à établir un consensus national et international pour les réformer dans un pays affaibli par la pandémie de Covid-19, politiquement divisé et confronté à de graves difficultés économiques.

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