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Une approche de la santé mondiale fondée sur les droits

Seules l’action collective, la solidarité et un engagement renouvelé envers les valeurs et les institutions du multilatéralisme peuvent garantir une reprise véritablement saine et durable pour tous. Nous avons besoin de ces trois éléments maintenant, car nous en aurons besoin dans les années à venir.

La crise mondiale de la Covid-19 a mis en évidence les liens inextricables entre la santé et les droits de l’homme. Bien que la pandémie n’ait épargné aucun coin du monde, ce sont les plus pauvres et les plus marginalisés qui ont été les plus touchés par son impact sanitaire, économique et social.

Les femmes sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques graves et durables de la pandémie, étant donné leur représentation disproportionnée dans la main-d’œuvre informelle. En outre, les filles risquent davantage que les garçons de se voir refuser des possibilités d’éducation alors que la crise frappe les finances publiques et les budgets des ménages des pays en développement.

Les dirigeants mondiaux doivent donc veiller à ce que leurs plans de relance nationaux et internationaux soient conformes à la constitution de l’Organisation mondiale de la santé qui stipule que « le fait de disposer du meilleur état de santé possible est l’un des droits fondamentaux de tout être humain. » Nelson Mandela, dont la vie et l’héritage nous rappellent que nous ne devons jamais abandonner l’espoir, même dans les circonstances les plus sombres, s’est fait l’écho de ce principe : « La santé ne peut pas être une question de revenu ; c’est un droit humain fondamental. »

Pas de solution rapide à la crise

Les programmes de vaccination massive contre la Covid-19 actuellement en cours dans certains pays et régions offrent un grand espoir de pouvoir contenir la transmission du coronavirus. Mais la nature globalement inégale des déploiements de vaccins signifie qu’il ne peut y avoir de solution rapide à la crise de santé publique qui déstabilise le monde.

Des pays comme le Royaume-Uni, les États-Unis et Israël ont été à l’avant-garde de la vaccination de leurs populations, tandis que de nombreux pays plus pauvres n’ont pas encore lancé leurs programmes d’immunisation.

Il s’agit là d’un dangereux précédent. L’une des principales leçons que nous devons tirer de cette pandémie qui a déjà coûté trop de vies, ruiné trop de moyens de subsistance, exacerbé les inégalités et attisé les sentiments nationalistes, est que dans un monde intrinsèquement interdépendant, il est dans l’intérêt de chaque pays de coopérer.

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Nous sommes tous dans le même bateau. Les gouvernements, le secteur privé et les organismes de réglementation doivent donc prendre des mesures décisives pour s’assurer que les vaccins Covid-19 sont produits et distribués équitablement à la population mondiale, au lieu d’être accaparés par les pays riches.

Investir dans la santé et la prévention

Outre les arguments moraux convaincants en faveur de la solidarité dans le domaine de la santé mondiale, il existe un solide argument coût-bénéfice en faveur de la coopération et du partage des charges : le coût d’une pandémie éclipse le coût de la préparation à une pandémie. En dépensant 5 dollars par personne au cours des cinq prochaines années, le monde pourrait se préparer à une future pandémie. Bien que le coût total se chiffre en milliards de dollars, le monde a jusqu’à présent dépensé plus de 11 000 milliards de dollars pour lutter contre la Covid-19.

Les économistes et les experts de la santé ont compris depuis longtemps que l’investissement dans la santé est un investissement dans l’économie dans son ensemble. En fait, ne pas investir dans la santé est l’incarnation même d’une fausse économie. En 2013, une commission du Lancet a estimé que de tels investissements généreraient des retours économiques au moins dix fois supérieurs aux dépenses publiques.

Mais malgré cela, les dirigeants et les décideurs politiques n’ont pas réussi, collectivement, à prendre au sérieux la prévention et la préparation aux pandémies et à leur donner la priorité en conséquence. La pandémie Covid-19 est à la fois un signal d’alarme et un dernier avertissement.

Les trois piliers de la politique mondiale de la santé publique

Pour surmonter réellement la Covid-19 et veiller à ce que les avancées durement acquises en matière de développement et d’égalité des sexes ne soient pas réduites à néant par la suite, nous devons reconstruire la politique mondiale de santé publique sur trois piliers : la préparation aux pandémies, la couverture sanitaire universelle et les politiques holistiques intégrant la santé dans des objectifs de développement plus larges.

Le filet de sécurité que fournit la couverture sanitaire universelle est essentiel pour soutenir les familles et les communautés en cette période de crise. Cela concerne non seulement les personnes souffrant de la Covid-19, mais aussi les patients ayant besoin de traitements pour d’autres maladies comme le cancer, le paludisme et le SIDA.

Dans le même temps, cependant, nous devons reconnaître que la couverture sanitaire universelle n’est pas une panacée. Certains pays développés dotés de systèmes de santé publique de renommée internationale tels que le Royaume-Uni, où l’absence de richesse n’est pas un obstacle au traitement, ont connu des bilans catastrophiques en matière de mortalité liée à la Covid-19.

Leur expérience est un avertissement contre la complaisance et un rappel que tout pays ne disposant pas d’un leadership politique clairvoyant peut rester vulnérable aux chocs sanitaires, quelle que soit la qualité de son système de santé.

Le défi auquel la communauté internationale est confrontée aujourd’hui est de joindre l’acte à la parole et de veiller à ce que les efforts de rétablissement soient correctement financés et ne négligent pas les besoins des pauvres et des marginalisés. Pour ce faire, il faudra concevoir et mettre en œuvre des politiques visant à fournir des soins de santé universels dans le cadre multilatéral des objectifs de développement durable des Nations unies, en s’inspirant du mantra de ces objectifs : « ne laisser personne de côté ».

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