SAY 3 - 20 janvier 2021

SAY, janvier 2021 • L’Espoir Renaît

La deuxième livraison du trimestriel SAY comprend, parmi ses auteurs et les personnalités interviewées, cinq prix Nobel et un prix Pulitzer, ainsi que des économistes, scientifiques et politiques de premier plan. Parfois très éloignés les uns des autres, ils s’accordent sur trois facteurs d’espoir. Et plus.

La prise de fonctions de Joe Biden ce mercredi 20 janvier, jour de parution de la nouvelle revue-magazine, permet d’envisager un monde où l’administration panse les plaies de l’Amérique, comme l’y invitent le prix Nobel d’économie Angus Deaton, à la parole rare, et l’intellectuel américain Jeffrey Sachs (p. 50 et 54), ainsi que celles du système international (La Chine, grand vainqueur de 2020, par l’ancien vice-chancelier allemand Joschka Fischer, p.58 et Eviter la mort lente de l’ONU, par Mark Malloch-Brown, ancien secrétaire général adjoint, p. 72). Le pari est immense. Joe Biden, qui ne l’a emporté que d’une faible marge, devra rétablir la force morale d’une Amérique déboussolée, dont le philosophe Peter Singer, notamment connu pour La Libération animale, se demande si elle a « perdu son âme », ou le sens du bien commun. Les institutions ont tenu mais le populisme démagogique qu’incarne Donald Trump ne disparaîtra pas de sitôt (Nina Khrushcheva, Michael Lind et Harold Koh dans le débat international, p. 66 et ss.).

De même, il faut saluer la prouesse technique qui permet à l’humanité de disposer des premiers vaccins contre la Covid-19 un an à peine après l’apparition de la pandémie. Leur diffusion progressive ne rend pas moins nécessaires les politiques de relance à court terme, mais elle donne raison à l’optimisme boursier de l’an dernier, analysent les prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Robert Shiller (p.24 et ss.). Les économistes Mohamed El Erian et Keyu Jin débattent des conditions de 2021 avec Aurélie Jean, Bertrand Badré et Ivan Krastev : la reprise économique dépend en effet d’une confiance retrouvée et de la victoire sur la « pandémie de peur » de l’an dernier (p. 34 et ss.). Jacques Attali et Jean Pisani-Ferry débattent pour leur part des politiques de crise avec le philosophe Roger-Pol Droit, le théologien Brice de Malherbe et la psychanalyste Laurence Joseph (p. 94et ss).

Jared Diamond, prix Pulitzer pour De L’Inégalité parmi les sociétés, propose une troisième raison d’espérer, plus inattendue. Si l’humanité s’unit contre le changement climatique, les inégalités et l'épuisement des ressources comme elle l’a fait contre la pandémie, alors « la Covid-19 aura été, certes, source de tragédie, mais aussi de rédemption, en orientant enfin le monde vers une voie durable » (p.20). Vœu pieux ? En Europe, il semble plutôt qu’on le prenne pour un appel à la mobilisation.
Deux étoiles montantes de la politique française, la secrétaire d’Etat Olivia Grégoire (p.88) et l’eurodéputé Pascal Canfin (p.112), s’accordent à considérer que la relance verte doit s’accompagner d’un nouvel équilibre social. Pour Josep Borell, Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la sécurité, vice-président de la Commission européenne, elle s’accompagnera aussi d’une relance du multilatéralisme, favorisé par le retour des Etats-Unis sur la scène mondiale, mais aussi par la nouvelle autonomie stratégique européenne (p.78). La mutation de la Banque européenne d’investissement en banque européenne du climat, présentée par son vice-président Ambroise Fayolle, se comprend dans ce cadre. Pour leur part, l’ambassadrice française Laurence Tubiana la ministre indonésienne des Finance Sri Mulvani Indrawati analysent toutes deux la nécessité de faire évoluer la gouvernance mondiale : deux réflexions qui convergent à partir de points de départ tout à fait différents.

SAY 3 - 20 janvier 2021


Cette autonomie stratégique nouvelle de l’Europe a défrayé la chronique ces dernières semaines à propos de l’accord commercial avec la Chine, mais elle trouvera d’abord à s’exprimer sur le terrain numérique. Se faisant l’écho de l’état d’urgence écologique décrété par le parlement européen sur proposition de Pascal Canfin, l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt lance (p.137) un appel à « l’état d’urgence numérique en Europe ». André Loesekrug-Pietri, à la tête de l’initiative JEDI, le rejoint en proposant des mesures radicales, d’inspiration chinoise : « En matière de souveraineté numérique, il faut être audacieux maintenant, ou mourir », résume-t-il (p.147). L’informatique quantique pourrait permettre à l’Europe de revenir dans le jeu, estime Olivier Ezratty (p. 140) mais innovation et progrès ne vont pas forcément de pair, met en garde le philosophe Thierry Ménissier : « L’innovation véritablement améliorante – celle qui produit du sens pour l’usager – ne provient jamais du ‘tout technologique’, mais du type de société et de socialité qu’il faut faire naître collectivement en regard des opportunités technologiques », explique-t-il (p.146). Au moment où – après le départ de SAY pour l’imprimeur –, les principaux réseaux sociaux musellent le président des Etats-Unis, ce débat prend tout son sens.

Et alors que le Brexit commence à déployer ses effets, on ne peut guère oublier que le populisme démagogique n’épargne pas plus l’Europe que le reste du monde. Pourtant, « tout comme la crise de la Covid-19, cette séparation aura pour effet paradoxal de renforcer l’unité des Européens », parie Augustin de Romanet, PDG d’Aéroport de Paris et président de l’association Paris Europlace (p.83). Et l’exemple de la Biélorussie montre que l’aspiration à la liberté et à la démocratie est loin de s’éteindre en Europe : « En se battant pour ce qui leur appartient, les Biélorusses nous font à tous un grand cadeau ! » s’exclame Donald Tusk, ancien premier ministre polonais et président du Conseil européen. Le prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei croit possible, pour sa part, « un véritable partenariat entre l’islam et l’Occident, fondé sur l’égalité et le respect mutuel ». (p.85)

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