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Rendre plus inclusif le système financier mondial

En lançant l’an dernier l’association Libra, Facebook et les autres membres de l’association ont allumé un débat vigoureux sur le rôle de la technologie numérique dans les paiements, mais aussi d’autres domaines du système financier et monétaire mondial. Depuis, la conversation est passée de l’abstrait au concret.

Les systèmes de paiement existants, en particulier pour les virements internationaux, fonctionnent sur des infrastructures anciennes, coûteuses et analogiques, avec un faible niveau d’interopérabilité. Malgré l’inefficacité et les risques inhérents au statu quo, les acteurs dominants n’ont eu jusqu’à récemment aucune incitation au changement.

Le monde continue d’être en proie à des taux élevés d’exclusion, car les seules façons d’accéder au système financier sont les canaux de distribution et, pour ceux qui peuvent y accéder, les cartes en plastique avec une date d’expiration. Les services de paiement numériques et les réseaux de paiement, comme celui que l’Association Libra met en place, promettent de changer tout cela. En stimulant la concurrence, dont le besoin se fait cruellement sentir, ces efforts stimuleront l’innovation dans les secteurs public et privé.

Ceux qui craignent les risques que le projet Libra est censé poser ne mesurent pas que le statu quo crée des risques qui lui sont propres. Le système actuel est une véritable source d’exclusion financière, car il oblige ceux qui peuvent le moins se le permettre à payer le plus cher, même pour les services de base. En ne garantissant pas des options de paiement accessibles, inclusives et peu coûteuses, il laisse un vide qui sera inévitablement comblé par des alternatives numériques non conformes à la règlementation, ou par des réseaux de paiement clos sur eux-mêmes. Après tout, sur les 1,7 milliard de personnes qui vivent en marge des systèmes de paiement actuels, plus d’un milliard ont déjà accès à des téléphones mobiles à bas prix connectés à Internet.

Inclusion financière

Ces hommes et ces femmes ne pourront accepter l’idée que l’accès à des paiements peu coûteux et en temps réel soit un privilège réservé aux personnes nées dans les « bons » pays, voire dans les « bons » codes postaux. Il leur revient d’exiger l’inclusion financière comme un droit humain fondamental.

Ni l’Association Libra ni aucune autre organisation ne peut y remédier à elle seule. Mais le système de paiement élargi de Libra, associé à une coalition diversifiée de partenaires qui s’engagent à promouvoir l’innovation et la concurrence dans le domaine des services financiers responsables, pourrait améliorer sensiblement la situation de milliards de personnes. De plus, il est possible de le faire sans enfreindre les règles qui assurent la sécurité et la stabilité de l’économie mondiale.

Pour réussir à créer un réseau de paiement mondial plus équitable, au contraire, une réglementation crédible et une licence publique sont indispensables. Ceux d’entre nous qui construisent le système de paiement de Libra ont tout intérêt à trouver le bon équilibre entre les intérêts publics, le respect des réglementations et l’impact social. Chacun de ces objectifs est considéré non pas comme un compromis potentiel, mais comme un objectif de mission essentiel.

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Les systèmes de paiement numériques ne sont pas une tentative de «réinventer l’argent», comme le veut l’une des erreurs d’interprétation les plus courantes depuis l’annonce de Libra. La véritable innovation révolutionnaire est celle qui permettra de supprimer les barrières entre les réseaux de paiement et les personnes. Ce qui est réinventé, c’est plutôt la manière dont les gens vont dépenser, envoyer, économiser et sécuriser leur argent.

Stimuler l’innovation dans le respect des règles

Imaginez le tumulte si l’envoi d’un courriel entre différents fournisseurs coûtait 30 dollars ou si les frais variaient en fonction de la vitesse de livraison. On devrait aujourd’hui pouvoir compter sur des réseaux légaux, peu contraignants et hautement sécurisés pour envoyer un paiement aussi facilement, sûrement et largement que s’il s’agissait d’un courriel ou d’un message texte. Cela ne constitue pas une menace pour les modèles commerciaux établis ou les réseaux de paiement. Au contraire, les opérateurs historiques pourront exploiter de nouveaux marchés et s’ouvrir à de nouveaux consommateurs. A se demander pourquoi si peu a été fait dans ce domaine jusqu’à présent.

Certains ont fait valoir qu’un réseau de paiement numérique ouvert mettrait en péril le système financier mondial et offrirait un nouvel espace d’action à des acteurs malveillants. Mais cela est déjà vrai pour le système actuel, qui s’est avéré très sensible aux crises et à l’instabilité. Les règles existantes sont régulièrement contournées par l’utilisation d’espèces et de réseaux de paiement obscurs qui couvrent l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et d’autres activités financières illicites. Libra naît au contraire dans le respect les règles, avec pour engagement de protéger l’intégrité du système financier.

De même, on avance couramment l’argument que si les stablecoins numériques comme Libra devenaient incontournables (en raison de leur commodité), elles pourraient éroder l’efficacité de la politique monétaire. Mais ici encore, le système de paiement Libra est spécifiquement conçu pour aider à compléter le système financier, et non pour le concurrencer. C’est pourquoi nous avons placé les consultations avec les régulateurs, les banques centrales et les législateurs au début du processus, plutôt qu’à la fin.

En offrant une nouvelle option de paiement puissante, nous espérons stimuler l’innovation dans ce domaine, y compris de la part des banques centrales elles-mêmes, dont les propres aspirations de transformation numérique peuvent être accélérées par un réseau de paiement évolutif, public et conforme.

Ainsi des devises : plus de 80 % des banques centrales explorent désormais le concept de monnaies numériques de banque centrale (CDBC). Dans un domaine dépourvu de nouvelles idées depuis plus de 50 ans, les entreprises, les décideurs politiques et les autres parties prenantes évaluent aujourd’hui les opportunités et les risques associés à l’innovation ouverte et compétitive.

Nous devrions tous avoir le même objectif : supprimer les obstacles qui entravent depuis longtemps l’accès aux services financiers et qui ont laissé des milliards de personnes en marge de l’économie mondiale.

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