Réflexions sur une année de pandémie Rue commerçante "Kalverstraat", au centre-ville d'Amsterdam le 15 août 2020.

Réflexions sur une année de pandémie

Il est peut-être trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les changements induits par la pandémie susceptibles de se révéler durables. Mais certains des plus importants pourraient inclure un développement amélioré de vaccins, une augmentation des dépenses publiques, une numérisation accélérée et la montée continue de la Chine.

Il est probablement prématuré de proposer une évaluation des conséquences possibles de la pandémie Covid-19, notamment parce qu’il pourrait y avoir beaucoup d’autres rebondissements à venir. Une fois que nous aurons vaincu le coronavirus, certains des changements induits par la pandémie dans nos vies pourraient s’avérer temporaires. Mais en gardant ces réserves à l’esprit, il est possible de commencer à tirer quelques conclusions.

Tout d’abord, il semble raisonnablement clair qu’une fois qu’un nouveau virus hautement infectieux et dangereux apparaît, il vaut mieux agir agressivement pour l’éradiquer le plus rapidement possible plutôt que d’attendre et espérer que nous en apprenons davantage. Plus d’un an après l’apparition de la première épidémie de Covid-19 en Chine, bon nombre des pays (principalement de la région Asie-Pacifique) ayant pris les mesures les plus énergiques pour lutter contre le coronavirus semblent être dans une position beaucoup plus forte que l’Occident.

Récemment, par exemple, l’Australie occidentale a réagi à un seul cas de Covid-19 en fermant la ville de Perth pendant cinq jours. Au Royaume-Uni, en revanche, la clameur de réouverture refait surface dès qu’il est prouvé que le nombre actuel d’admissions à l’hôpital et de décès signalés a dépassé le pic, même si le taux quotidien de nouvelles infections est bien supérieur à 15 000. La fin du confinement est évidemment souhaitable, mais comme le Royaume-Uni l’a appris, tout assouplissement des restrictions demeurera temporaire, à moins que le nombre de cas actifs ne diminue de manière spectaculaire.

Deuxièmement, certains pays vaccinent leur population plus rapidement que d’autres. Parmi les premiers à avoir pris la tête du mouvement, on trouve le Royaume-Uni, ce qui explique en partie les bruyants appels lancés pour assouplir le confinement. Les premiers éléments indiquent que les vaccins Covid-19 contribuent non seulement à réduire l’ampleur de la gravité de la maladie, mais aussi à en réduire la transmission. Cela pourrait se révéler être une nouvelle spectaculaire et, si des signes plus forts de l’efficacité des vaccins apparaissent, marquer le début de la fin de la pandémie. Mais si les gouvernements lèvent les mesures de confinement trop tôt, le risque de nouvelles mutations de coronavirus résistant aux vaccins actuels augmentera.

Troisièmement, bien que les premiers vaccins Covid-19 approuvés aient été adaptés à partir de recherches déjà en cours pour d’autres objectifs, la pandémie pourrait bien améliorer de façon permanente l’ensemble du processus de développement des vaccins, de la recherche, des essais cliniques et des procédures d’approbation réglementaire. Si tel est le cas, cela devrait nous aider à lutter contre les futures variants ainsi que contre les nouvelles pandémies.

La pandémie pourrait également stimuler l’efficacité et la productivité globales du secteur pharmaceutique (par opposition à sa rentabilité). Ainsi, peut-être que les entreprises pharmaceutiques seront également en mesure de développer de nouveaux antibiotiques bien plus tôt que ce que les idées courantes laissent croire.

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Quatrièmement, la crise de la Covid-19 a montré que les gouvernements peuvent dépenser beaucoup plus d’argent sans perturber les marchés que ce que la plupart des gens pensaient. Bien que les niveaux élevés et croissants de la dette publique aient soulevé d’énormes questions, le fait que les conditions financières soient restées aussi bénignes (les marchés obligataires, en particulier, ne semblent pas avoir été perturbés) soulève la possibilité que les gouvernements puissent être plus ambitieux sur le plan fiscal que beaucoup le croyaient.

Cela pourrait avoir de profondes conséquences sur les débats de politique économique, allant de la question de savoir si la zone euro doit abandonner sa règle budgétaire limitant la dette publique à 60 % du PIB à celle de savoir si les gouvernements doivent maintenir une présence permanente dans certains secteurs où ils étaient auparavant absents.

Par exemple, il me semble évident que nous avons besoin d’une révision majeure de la comptabilité des dépenses publiques qui permette de distinguer clairement les dépenses d’investissement et de consommation (ou d’entretien). Si les dépenses d’investissement des gouvernements sont une source de croissance économique future pour le secteur privé, en particulier dans les domaines où le multiplicateur positif est important, cette crise a démontré la bêtise de traiter toutes les dépenses publiques de la même manière. Cela s’applique à certains aspects de la santé et de l’éducation en particulier, mais aussi à de nombreux autres domaines, notamment la manière dont les gouvernements tentent de lutter contre le changement climatique.

Il est essentiel que les gouvernements jouent également un rôle plus important en veillant à ce que tous les citoyens aient accès aux technologies numériques (de la même manière qu’ils doivent garantir un accès universel à l’éducation et aux soins de santé). Si tout le monde n’a pas accès à la technologie, les grandes initiatives nationales, telles que les programmes de test et de suivi Covid-19, ont peu de chances de réussir.

Cinquièmement, quelle que soit la norme post-pandémique pour le travail à distance, les habitudes de travail sont appelées à devenir plus flexibles. Cela aura toute une série de conséquences positives, notamment une diminution du temps perdu dans les trajets domicile-travail, une diminution de la pression pour la modernisation des infrastructures de transport conventionnelles, des marchés du travail plus vastes et plus fluides, et peut-être même une augmentation de la productivité.

Sixièmement, la crise a accéléré le passage à des outils technologiquement améliorés, en particulier pour les consommateurs, ce qui a jeté un doute sur l’avenir de nombreux détaillants traditionnels. Les décideurs politiques devront donc sans doute repenser certains aspects de la fiscalité, notamment en trouvant de nouvelles sources de revenus pour les entreprises en ligne. Cela pourrait permettre à de nombreux détaillants traditionnels d’avoir au moins une chance plus équitable de continuer à jouer un rôle dans nos habitudes d’achat.

Septièmement, la fonction du secteur immobilier urbain, en particulier peut-être dans les grandes agglomérations, devra s’adapter. Cela nécessitera de nouvelles idées sur les relations spatiales entre les bureaux, les magasins et les habitations, ainsi que sur les transports. L’idée d’espaces de bureaux flexibles et partagés pourrait bien s’ancrer dans la prochaine génération de travailleurs.

Enfin, la crise de la Covid-19 a accéléré l’ascension mondiale de l’Asie en matière de croissance économique relative, la Chine étant le moteur de l’ascension de la région. Le contraste entre la structure de gouvernance de la Chine et celle des démocraties occidentales, à la fois en matière d’accords de gouvernance mondiale et de gestion des relations bilatérales, deviendra donc un problème encore plus important pour de nombreux dirigeants qu’il ne l’est déjà.

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