Réconcilier finance et ESS - icono - kairen Le kairos est le temps du moment opportun. Il qualifie un intervalle, ou une durée précise, importante, voire décisive, « l'instant T ».

Réconcilier finance et ESS

La pandémie rappelle l’urgence de donner du sens aux actions des entreprises, mais sans perdre celui des réalités. En France, un vaste mouvement d’entrepreneurs sociaux, éclectique, existe déjà. Aujourd’hui, ce monde de l’ESS est fragilisé par la baisse des subventions publiques. Il est indispensable de renforcer les dispositifs de financement et soutien à ces entrepreneurs sociaux : ils constituent l’alternative à une économie dirigiste et à un monde gouverné par les géants de la Tech.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

La pandémie a rétréci le monde. Non au sens de la mondialisation, qui créait petit à petit le « village global » dont tout le siècle dernier a rêvé. Mais tout au contraire : elle a réduit notre champ d’action, notre possibilité d’agir. Cela a renforcé le besoin de sens, une dynamique qui s’était déjà enclenchée précrise et qui touche chacun d’entre nous, qui passons nos journées à gesticuler devant un écran. Le virtuel aliène le réel… et c’est précisément la génération indigène au numérique, les digital natives, qui demande un contrepoids.

Pas plus que l’urgence climatique ou les inégalités dans le monde, ce mouvement générationnel ne disparaîtra pas avec le desserrement progressif des contraintes sanitaires. Les cassandres qui ont prédit l’échec des entreprises à mission lors du limogeage du PDG de Danone en mars dernier en resteront pour leurs prédictions. Le départ d’Emmanuel Faber tient d’abord à son attachement à la gouvernante « à la française ». Aux yeux des actionnaires, avoir fait de Danone la première entreprise à mission française n’a pas compensé les erreurs stratégiques qui ont entaché la rentabilité du groupe et si l’on peut reprocher quelques raccourcis médiatiques, cette relation statutaire entre objectifs financiers et raison d’être ne serait-elle pas in fine qu’une question de valeur ? Dans Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde écrivait « Aujourd’hui, les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien ». Tout l’enjeu de cette profonde mutation – des grands groupes industriels traditionnels qui se donnent des « missions » aux projets impact-natives qui se multiplient – montre que nous sommes bien à la recherche d’un sens que nous pourrions donner à nos actions sans pour autant perdre celui des réalités.

Diverses ESS

Le succès des Cafés Joyeux est sans doute l’un des plus beaux exemples de réussite dans le domaine. Avec 5 cafés répartis en France qui emploient des dizaines de trisomiques, le pari de démontrer que le handicap pouvait se montrer, dans des zones touristiques qui plus est, tout en s’inscrivant dans l’économie marchande, est réussi. Son fondateur Yann Bucaille Lanzerac déclarait début 2020 sur Europe 1 : « Si on n’arrive pas à l’équilibre financier, ce serait un échec pour eux ». Des success-stories comme celle-là, le monde de l’économie sociale et solidaire en essaime de plus en plus. Il faut mettre à l’honneur l’entrepreneuriat social même s’il est parfois difficile de s’y retrouver dans le magma de l’économie sociale et solidaire. L’ESS est une étiquette qui regroupe des formes extrêmement diverses et des réalités encore plus éparpillées. S’y sont ajoutées la finance solidaire, la philanthropie, et maintenant l’impact ; le jeu des ensembles – sous-ensemble – est à son comble. Résultat de plus d’un siècle de dispersion dans une volonté de répondre à chacun, mais pas à la multitude. Héritage complexe où initialement les solidarités étaient soit autosuffisantes, soit financées par la philanthropie. Mais comme nous ne sommes pas un pays de donateurs, l’État est entré dans le jeu via toutes sortes de mesures visant à subventionner des acteurs qui représentent aujourd’hui plus de 10 % du PIB de la France.

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