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Quel est votre plan moral pour 2021 ?

MELBOURNE/VARSOVIE – Beaucoup de gens prennent des résolutions pour le Nouvel An. Les plus courantes, du moins aux États-Unis, sont de faire plus d'exercice, de manger plus sainement, d'économiser de l'argent, de perdre du poids et de réduire le stress. Certains choisissent de s'améliorer pour une personne en particulier, de ne pas critiquer leur partenaire, de rendre visite plus souvent à leur grand-mère vieillissante ou d'être un meilleur ami pour un proche. Pourtant, peu de gens (12 % seulement, selon une étude américaine) se résolvent à devenir une meilleure personne en général, c'est-à-dire à être meilleurs sur le plan moral.

Une explication possible est que la plupart des gens se concentrent sur leur propre bien-être et ne considèrent pas qu'être moralement meilleur est dans leur propre intérêt. Une explication plus charitable est que de nombreuses personnes considèrent que la moralité consiste à se conformer à un ensemble de règles énonçant les choses que nous ne devrions pas faire.

Cela n'est pas très surprenant dans les sociétés fondées sur les traditions juives et chrétiennes où les dix commandements sont considérés comme le fondement de la moralité. Mais, aujourd'hui, les règles morales traditionnelles n'ont que peu de pertinence dans la vie quotidienne. Peu d'entre nous se trouvent dans des situations où tuer quelqu'un leur traverse l'esprit. La plupart d'entre nous n'ont pas besoin de voler et ce n'est pas une grande tentation de le faire. La plupart des gens vont même rendre un portefeuille perdu avec de l'argent dedans.

Pour ceux qui adoptent cette vision de la moralité et peuvent gagner honnêtement leur vie de manière suffisante pour satisfaire leurs propres besoins essentiels, devenir une bonne personne ne semble guère digne d'une résolution spéciale. C'est ce que suggère une enquête menée auprès d'adultes américains qui révèle que seuls 23 % d'entre eux déclarent réfléchir ou faire des recherches sur l'aspect éthique d'un choix dans leur vie.

La plupart des gens peuvent simplement vivre comme ils ont toujours vécu et comme vivent leurs amis et leurs collègues de travail. Dans la même enquête, 31 % des personnes interrogées ont déclaré qu'elles réfléchissent parfois aux aspects éthiques des choix qu'elles font dans leur vie. Cela suggère que les choix moraux ne surviennent que dans des circonstances inhabituelles et que de nombreuses personnes ne font donc que franchir ces ponts au moment où elles les rencontrent. Qu'en est-il des 46 % restants ? Il semble qu'ils ne pensent jamais à l'éthique du tout !

Ces résultats peuvent être interprétés comme indiquant que près de la moitié des Américains ne considèrent pas l'éthique comme importante. Mais dans la même enquête, 87% ont déclaré qu'il est important d'enseigner l'éthique aux enfants, depuis la maternelle jusqu'au lycée. L'interprétation correcte semble donc être qu'au moins trois quarts des Américains pensent que l'éthique est importante, mais ils ne pensent pas qu'elle nécessite beaucoup de réflexion ou de recherche.

Nous refusons ce point de vue. Être une bonne personne aujourd'hui exige de la réflexion et du travail. Les intuitions morales qui ont évolué au cours de nombreux millénaires de vie dans de petites sociétés traditionnelles ne sont plus adéquates. Nos actions actuelles, ou notre inaction, affectent des personnes du monde entier ainsi que des personnes amenées à vivre sur cette planète pendant de nombreux siècles.

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Cela signifie que nous sommes confrontés à des choix moraux tout le temps. Des problèmes mondiaux tels que le changement climatique, l'extrême pauvreté, l'enfermement cruel de milliards d'animaux dans des fermes industrielles, la surpêche dans les océans et, bien sûr, la pandémie, soulèvent des questions complexes sur la manière dont nous devrions dépenser notre argent, combien nous devrions en donner pour aider les autres, ce que nous devrions manger et comment nous devrions utiliser nos capacités pour influencer les autres et nos gouvernements. Les codes moraux écrits il y a des milliers d'années ne parlent pas du changement climatique et ne disent généralement rien, ou très peu, sur la protection de l'environnement, le traitement des animaux et la manière dont nous devrions exercer nos responsabilités en tant que citoyens dans une démocratie.

Il n'existe pas de règles toutes faites qui puissent répondre à la diversité des situations dans lesquelles se trouvent les gens aujourd'hui. Pour être une bonne personne aujourd'hui, il faut du temps et de la réflexion. Nous devons nous informer sur des problèmes comme ceux que nous venons d'évoquer, décider de nos priorités et examiner où nous pouvons faire le plus de différence. C'est pourquoi ce domaine est approprié pour le type d'engagement qu'implique une résolution.

Nous devons consciemment diriger notre attention vers une vie éthique. C'est une erreur de penser que nous pouvons attendre que la vie nous mette dans une situation qui nous oblige à faire un choix moral difficile. Toute personne suffisamment fortunée pour avoir la possibilité de choisir comment vivre et quoi faire de son temps et de son argent peut déjà le faire.

Pour ces raisons, la résolution d'être une personne moralement meilleure ne se résume pas à respecter des règles, comme ne pas fumer ou ne pas manger des sucreries. De telles résolutions sont d'ailleurs rarement respectées.

La fixation d'objectifs fonctionne mieux, surtout si les objectifs sont progressifs, s'ils suivent un cheminement. Faites donc un plan moral. Réfléchissez à vos valeurs et choisissez une ou deux questions qui sont importantes pour vous. Vous pourrez ensuite affirmer ces valeurs en vivant d'une manière qui aborde les questions qui vous tiennent à cœur, que ce soit en réduisant votre contribution personnelle au changement climatique ou la souffrance des animaux, ou en trouvant les organisations les plus efficaces pour aider les personnes en situation d'extrême pauvreté et les soutenir avec votre temps ou votre argent.

Lorsque vous faites cela, prenez note de ce que vous avez fait et des progrès que vous avez réalisés. Vous ne serez pas parfait. Il y a peu de saints et, pour la plupart des gens, aspirer à la sainteté est voué à l'échec. Mais soyez fiers de vos réalisations et visez à les renforcer dans les mois et les années à venir.

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