Que deviendra l’économie américaine après la pandémie ? (1) Jerome Powell, né le 4 février 1953 à Washington est un avocat et banquier, considéré comme républicain modéré. Il est, depuis 2018, président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis (FED).

Que deviendra l’économie américaine après la pandémie ?

ABONNÉS • À peine installée, la nouvelle administration américaine a annoncé un dispositif de relance économique d’une ampleur impressionnante. Le plan d’aide déjà voté par le Congrès atteint 1 900 milliards de dollars, soit presque 10 % du PIB d’avant-crise. Avec les 3 000 milliards déjà engagés en 2020, on aboutit à un total presque égal au quart du PIB – quatre fois le volume du plan de relance Obama en 2009 ; à quoi viendrait s’ajouter un plan d’investissement en infrastructure de l’ordre, lui aussi, de 3 000 milliards (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

Qu’une intervention massive soit nécessaire, nul n’en doute. Le choc économique créé par la pandémie et les mesures gouvernementales qu’elle a suscitées aura été d’une ampleur exceptionnelle. Entre le dernier trimestre de 2019 et le second trimestre de 2020, donc sur 6 mois, le PNB a chuté de plus de 11 % ; par comparaison, sur les 15 mois séparant le dernier trimestre de 2007 du fond de la Grande Récession, au premier trimestre de 2009, la baisse n’était « que » de 7,7 %. Dans les quatre premiers mois de la pandémie, l’économie américaine perd plus de 20 millions d’emplois, alors que la crise de 2008 en avait détruit la moitié en un an et demi. Le rebond spectaculaire du troisième trimestre de 2020 (+ 7,5 % de PIB, 10 millions d’emplois créés) s’est heurté à un regain pandémique massif à partir de mi-novembre, alors que certaines aides du premier plan (et notamment les allocations chômage exceptionnelles) arrivaient à leur terme, rendant nécessaire le nouveau plan voté en décembre par l’administration Trump. Enfin, le nombre officiel de morts causées par la pandémie vient de dépasser les 550 000 ; mais des calculs fondés sur l’excès statistique de mortalité conduisent à un total plus proche de 650 000 – et le chiffre continue de s’accroître.

Une relance excessive ?

Malgré ces chiffres catastrophiques, l’ampleur du plan Biden soulève des inquiétudes d’ordres divers. La principale tient au calendrier. Si grave que soit la situation sanitaire actuelle, il est permis d’être relativement optimiste sur une issue favorable dans les mois qui viennent, sous l’effet conjugué des mesures relativement strictes prises dans de nombreux États, de la baisse d’activité du virus en période estivale, et surtout de la montée en puissance des campagnes de vaccination. Par ailleurs, la crise actuelle est profondément différente des crises passées. La baisse d’activité se concentre sur certains secteurs (hôtellerie, restauration, transports, évènementiel…), alors que d’autres fleurissent ; et l’épargne des ménages s’est accrue considérablement (de quelque 1 600 milliards, selon Fannie Mae, avant même le plan Biden). Une relance massive mettra inévitablement du temps à se diffuser ; le risque est que son impact maximal soit atteint à un moment où l’économie est déjà en phase ascendante, tendant alors à provoquer une surchauffe. Larry Summers, ancien secrétaire d’État au Trésor et l’un des principaux conseillers économiques du président Obama, remarquait récemment que le montant du stimulus, sur les mois à venir, allait fort probablement largement dépasser le recul de la croissance dû à la crise ; même avec un multiplicateur Keynesien relativement faible, le risque d’excès de demande est évident.

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