Roger Paul Droit - Paysage

Quand la séparation permet les solidarités

Parfois, il faut contourner les évidences trop simples. Et faire l’effort d’un rafraîchissement conceptuel, pour mieux saisir les enjeux du présent. La pandémie l’exige, elle le permet aussi. Pour comprendre ce qu’elle a brisé et entrevoir les horizons qu’elle ouvre, une tâche s’impose : revenir sur le concept de séparation.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

Spontanément, nous imaginons toute séparation comme une rupture dommageable, la destruction d’un lien préexistant. En disant couramment, par exemple, qu’un couple s’est séparé, nous signifions qu’ils étaient amants, amis, l’un à l’autre soudés, et que les voilà devenus désunis et distants. L’unité d’avant a pris fin.

Vue sous cet angle, la séparation est délétère. Elle est même diabolique, du moins au sens premier du terme, si l’on se souvient que dia-boleïn, en grec ancien, désigne ce qui s’interpose, se « jette en travers », fait écran et obstacle.

Si l’on considère la pandémie au filtre de cette première représentation, on déplorera les distances qu’elle a introduites – au sein des couples, mais aussi des familles, des amis, des équipes, des entreprises. Elle a écarté des petits-enfants de leurs grands-parents, des mourants de leurs proches. Elle a multiplié les solitudes en séparant les tranches d’âge, les classes sociales, les régions, les nations, les communautés, en fissurant même l’Europe, en dissociant les pays les uns des autres, en mettant à l’écart malades, soignants et médecins.

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