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Pression de la grande distribution sur la filière agroalimentaire : il est temps d’agir !

La proposition de loi du député de l’Aube, Grégory Besson-Moreau (LREM), arrive mardi 21 septembre au Sénat, après avoir été adoptée au printemps par l’Assemblée nationale avec un enjeu fort : mettre fin à plusieurs décennies de pratiques déflationnistes orchestrées par la grande distribution au détriment du revenu des agriculteurs et de l’affaiblissement des industriels.

Malgré les promesses de la première loi EGalim de 2018, adoptée après « les états généraux de l’alimentation », rien ou presque n’a jusqu’ici véritablement changé dans les rapports de force entourant la fixation des tarifs agroalimentaires.

Dans le collimateur : les acheteurs des grandes enseignes de la grande distribution, accusés d’étrangler quelque 16 000 fabricants (dont 97 % de TPE et PME) chaque année à l’occasion de négociations empoisonnées par des discussions tout sauf équilibrées, où règnent encore abus, et parfois même chantage et intimidations.

Trois ans après l’adoption de la loi, les baisses de prix sont toujours aussi marquées alors même que les agriculteurs font face aujourd’hui à une flambée historique du prix des matières premières, à commencer par celle touchant les céréales.

Ces pratiques condamnables restent certes inégales d’une enseigne à l’autre. Le premier baromètre de la relation distributeurs-fabricants alimentaires rendu public par le cabinet de Conseil Agaldi&Co montre même les efforts de certains, comme Monoprix et Franprix (deux enseignes du groupe Casino), pariant davantage sur l’innovation que sur la maîtrise des coûts pour poursuivre leur progression. Mais dans l’ensemble – une hirondelle ne faisant pas non plus le printemps alimentaire – beaucoup de résultats déplorables persistent. Interrogés par Opinion Way, les fabricants se plaignent par exemple d’une dégradation de la relation avec trois groupes (Casino, Carrefour et Aldi). Face à eux et contre toute attente, Amazon fait au contraire figure de bon élève, en apparaissant comme la marque la mieux notée en matière de pratique tarifaire.

Repartir du bon pied

De quoi justifier qu’on reparte à zéro dans l’encadrement législatif des négociations. Car si la première loi avait théoriquement permis de changer la donne en affirmant que le prix des produits alimentaires serait à l’avenir fixé à partir des coûts de production, les baisses de prix ont continué à prospérer. En cause : un encadrement strict des promotions et la remontée du seuil de revente à perte. Des dispositions à l’origine de marges plus confortables pour la grande distribution.

Si la nouvelle loi EGalim 2 devait être adoptée en l’état actuel des dispositions approuvées par les députés, les lignes pourraient bouger. Car désormais, les contrats pluriannuels deviendraient la règle entre producteurs et acheteurs. Par ailleurs, le coût des matières premières ne serait plus négociable. Enfin, un comité de règlement des différends pourrait infliger des sanctions aux acteurs du marché qui ne joueraient pas le jeu.

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Le spectre de l’encadrement des prix

Autant de sages dispositions si l’on ne veut pas en arriver à « rétablir l’encadrement des prix alimentaires ». Une menace à peine voilée, proférée par le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie.

Dans toutes les filières de l’économie française, dont les pratiques d’achat sont par ailleurs encadrées s’agissant par exemple des délais de paiement interentreprises, on sait que la contrainte et les sanctions jouent tout leur rôle dans le rétablissement d’un dialogue contractuel plus vertueux entre grands groupes et PME fournisseurs.

J’appelle les géants de la grande distribution œuvrant sur le marché français, non seulement à se conformer à la future loi, en cours d’adoption, mais aussi à en respecter l’esprit.

Je leur recommande par conséquent de confronter chaque année leurs pratiques d’achat à un Observatoire indépendant donnant la parole aux fournisseurs de leur filière. L’association Pacte PME effectue cet exercice chaque année déjà pour une quarantaine de grands comptes issus de nombreux secteurs d’activité (aéronautique, transports, santé, luxe, défense, énergie, etc.). Avec l’opportunité évidente pour ceux qui s’y soumettront d’acter un réel changement d’état d’esprit, si indispensable à la survie des entrepreneurs agricoles et propice à une production à la fois locale et de qualité.

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