Green deal - Bertrand Camus ©Denis Felix 2019-Tous droits réservés ©Denis Felix 2019-Tous droits réservés

Pour réussir le « Green Deal », il est urgent de préserver les capacités d’innovation des entreprises européennes

ABONNÉS • Au terme d’un week-end de négociations tripartites, l’Etat médiateur vient d’obtenir un accord entre Suez et Veolia. Cette dernière relève son offre de 1,4 milliard d’euros pour incorporer la plus grande part des activités de Suez (équivalente à 10 milliards d’euros sur 17 milliards de chiffre d’affaires en 2020). Le nouveau Suez gardera des activités dans l’eau en France et à l’international, ainsi que des activités numériques et dans l’environnement. Voici l'analyse de Bertrand Camus, directeur général du Groupe Suez, sur les conditions de marché dans lesquelles ont eu lieu les négociations et le rôle que Suez pourra continuer à jouer (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

Les objectifs du Green Deal qui visent à faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone d’ici à 2050 sont ambitieux et les étapes intermédiaires ne le sont pas moins, puisque le Pacte vert européen prévoit un investissement de 500 milliards sur le budget de l’UE. Surtout, les investissements financiers vont porter sur 350 milliards € annuels sur la décennie à venir. Les efforts à fournir en matière de recherches scientifiques, d’innovations technologiques et d’investissements financiers sont considérables et à la hauteur des enjeux. Face à ce défi commun, les entreprises européennes doivent agir ensemble pour contribuer à faire émerger un nouveau modèle européen de transition écologique et énergétique. Le continent dispose des atouts pour le faire grâce à l’incroyable capacité d’innovation et d’adaptation de ses entreprises.

Pourtant, les ambitions de concentration et de gigantisme de certains acteurs qui cherchent à absorber leurs concurrents font peser un risque grave sur le dynamisme de la R&D européenne. Il faut garder à l’esprit que la saine et intense concurrence est absolument essentielle pour stimuler les capacités d’innovation du tissu industriel. Sans concurrence, nous ne serons ni suffisamment armés, ni suffisamment motivés pour transformer notre économie.

La réussite du Green Deal repose en grande partie sur l’engagement des entreprises

Les mesures du Green Deal, structurées autour d’une réduction exceptionnelle des émissions de gaz à effet de serre et d’un programme d’investissements massifs dans la recherche et l’innovation vont permettre de transformer l’économie européenne en profondeur. Ce chantier est tel, que les États et les gouvernements ne pourront pas réussir seuls.

Dès l’annonce du Green Deal, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen a d’ailleurs tout de suite appelé le secteur privé à participer à l’effort historique et à prendre ses responsabilités. Chaque entreprise peut agir à sa propre échelle, soit en réduisant ses propres émissions, soit en déployant des solutions permettant de réduire la consommation d’énergie de ses clients ou encore en augmentant les moyens alloués à la recherche et l’innovation sur des secteurs clés tels que le BTP, la gestion de l’eau, le recyclage ou l’amélioration de la qualité de l’air.

États, entreprises, société civile doivent donc collaborer et vite : attendre n’est plus une option. Les dirigeants européens ont fixé, en décembre dernier, une première étape sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec une baisse de 55 % d’ici à 2030. Il reste donc 9 ans pour atteindre ce premier jalon sur le chemin de la neutralité carbone. 2030, c’est demain et les leaders mondiaux du secteur sont pleinement mobilisés à la tâche.

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Les leaders de l’environnement sont déjà fortement engagés en faveur du Green Deal

Par rapport aux autres continents, l’Europe dispose d’atouts considérables en matière d’innovation. Elle dispose de centres de recherches de haut niveau, de capacités de financements importantes et surtout de la présence de leaders mondiaux dans le secteur des services à l’environnement pour qui la transition écologique est plus qu’une opportunité, une exigence car l’Europe ne sera pas épargnée. Ainsi, 14% de la population européenne vit dans des conditions de stress hydrique pendant la période estivale.

Le Groupe Suez, l’un des fleurons européens historiques, a présenté en octobre 2019 son plan stratégique Shaping Suez 2030 dont l’objectif est notamment de se recentrer sur les métiers de l’eau et du traitement des déchets à haute valeur ajoutée. L’enjeu est d’orienter les investissements en R&D pour proposer des solutions innovantes sur ces enjeux grâce à ses solutions de gestion de réseaux en Eau en temps réel. Nous sommes donc présents aux côtés de la population mais également l’un des principaux acteurs en Europe au service des collectivités locales et du tissu économique pour apporter des réponses concrètes aux enjeux du recyclage. Le Groupe a fait de l’innovation le cœur de sa stratégie de développement et investit plus de 120 millions d’euros tous les ans dans la R&D et cet investissement n’a cessé de croître sur les cinq dernières années, en moyenne +10% par an.

Aujourd’hui, l’innovation se concentre autour de la réflexion sur l’utilisation du digital et de la data (le « smart »). Les déchets dangereux, la gestion intelligente des collectes et l‘industrie 4.0 constituent autant d’exemples des domaines d’innovation qui pourraient nous permettre de nous orienter vers la neutralité carbone. La qualité de l’air et des sols est également un enjeu clé avec notamment des solutions permettant de réduire la pollution atmosphérique dans les transports souterrains ou de capter les polluants dans les grandes villes en produisant le principe de la photosynthèse que l’on retrouve dans la nature.

La concurrence nourrit l’innovation et l’affaiblir revient à mettre le Green Deal en danger

Pourtant, les projets de concentration en cours et dont Suez pourrait être la victime, font peser un risque sur les capacités d’innovation du continent. Une telle opération aurait pour conséquence de ramener Suez « 20 ans en arrière ». Que de temps perdu au nom de l’ego à l’heure de l’urgence climatique.

A terme, le meilleur moyen de protéger les atouts industriels européens, n’est donc pas dans la fusion d’entreprises européennes qui sont déjà leaders dans leur secteur, mais passe par une politique industrielle qui favorise l’innovation, un mécanisme de contrôle des investissement directs étrangers renforcé, et par une politique commerciale qui soutienne les entreprises européennes. L'Europe sera compétitive sur le plan international en innovant sans relâche sur son territoire et à l'étranger, en créant des leaders de taille internationale, susceptibles de s'appuyer sur un écosystème européen dynamique composé de leaders mondiaux innovants, de grandes entreprises de services publics, de PME et de jeunes pousses.

Il y a de la place pour chacun dans cet effort pour l’innovation au service de l’environnement.

Article à paraître le 21 avril dans SAY N°4.

https://www.say.media/86yXv8x