Peut-on espérer en finir avec l’islam politique ? (1)

Peut-on espérer en finir avec l’islam politique ?

ABONNÉS • La version idéologique et politique de l’islam doit cesser d’étouffer les cultures des musulmans. Pour retrouver un islam culturel diversifié, une solution : la « dé-islamisation » de l’islam. Plaidoyer (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

Le problème du rapport de l’islam à la laïcité, à la démocratie, et plus généralement au mode séculier de l’organisation sociale et politique, ne cesse de poser les questions les plus brûlantes. Le dénouement semble difficile, voire impossible, entre une conception du politique basée sur la sécularisation de l’État et la reconnaissance de la liberté individuelle (État moderne, laïque et démocratique) d’une part, et de l’autre, une conception théocratique fondée sur le droit divin et le consensus de la communauté des fidèles (État islamique). Cette question s’impose aujourd’hui dans le but de décrypter la condition politique actuelle, marquée par un conflit permanent entre l’État moderne et les mouvements islamistes, et notamment par le problème du terrorisme islamiste. Elle s’impose davantage pour mieux conjecturer l’avenir sociopolitique et géopolitique des pays qui sont confrontés à ces difficultés et qui souffrent des conséquences les plus graves de l’intrusion de l’islamisme dans la scène politique. Notons qu’il n’est pas question des seuls pays où l’islam constitue la religion de la majorité, mais aussi de ces pays occidentaux où vivent des minorités musulmanes issues de l’immigration. En effet, la fracture engendrée par l’islamisme touche désormais les pays occidentaux eux-mêmes à cause de l’intrusion islamiste dans les milieux des immigrés de confession musulmane.

L’islam en question

Le problème posé par l’islamisme se traite aujourd’hui dans un cadre théorique et idéologique penaud, entortillé par des amalgames entre islam et islamisme, musulmans et islamistes, et entre « l’appartenance culturelle et confessionnelle aux civilisations de l’islam » et « l’appartenance idéologique aux doctrines de l’islamisme international ». Ce climat alambiqué contribue le plus souvent à accentuer les équivoques. La question à laquelle on doit répondre est la suivante : à qui imputer la responsabilité dans ce conflit entre l’État moderne et l’islam ? À l’islam en lui-même ou bien à une certaine vision de l’islam ? Peut-on assigner une approche essentialiste qui réduirait la cause de la discorde à l’islam en lui-même ? Mais dans ce cas, pourquoi n’avait-on pas été confronté à ce problème en France et en Europe dans les années 1960 et 1970 par exemple, pourtant marquées par une présence massive des musulmans issus de l’immigration ? À l’exception de l’Égypte, les pays arabes, comme la Tunisie ou l’Algérie, n’ont connu la question du conflit entre l’État moderne et l’islamisme qu’à partir des années 1980.

Une chose est évidente : c’est qu’il y a aujourd’hui un problème sociopolitique lié à l’islam, et que ce problème devrait être débattu et, à la longue, résolu, en vue d’un équilibre social et politique indispensable aux peuples et aux pays concernés. Malgré des contextes sociaux et géopolitiques parfois très éloignés, on s’aperçoit qu’il y a entre les pays ou groupes qui s’opposent aux principes de l’État moderne, quelque chose qui indique « un air de famille », selon le terme de Philippe d’Iribarne. C’est que partout où naît la discorde entre une société ou un groupe de musulmans et l’État démocratique et laïque – le cas de la France n’est pas le seul –, se trouve souvent une référence idéologique à l’islam : on refuse les lois de l’État laïque parce qu’elles sont contraires à ce que prescrit la charia. On cherche à imposer des pratiques et des modes de comportement contraires aux lois laïques parce qu’ils sont recommandés par la religion.

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