Les risques après le vaccin

Les risques après le vaccin

Les États-Unis, l’Europe et la Grande-Bretagne auront vacciné leurs populations d’ici la fin de l’été, mais il sera encore bien trop tôt pour se féliciter. Tant que le virus circulera dans le monde, les économies avancées devront continuer à se préparer au pire.

Malgré les polémiques sur la vaccination contre la Covid-19 et les restrictions à l’exportation de vaccins, il ne fait guère de doute que la grande majorité des habitants des États-Unis et d’Europe aura été vaccinée d’ici à l’été. Même si le nombre total de décès variera en fonction de la politique adoptée par chaque pays, les Américains, les Européens et les Britanniques se trouveront, pour l’essentiel, dans la même situation de santé publique.

Une incertitude considérable pèse sur le retour à la vie sociale d’avant la pandémie et le temps qu’il y faudra. Certaines contraintes resteront sans doute en place. La reprise des voyages, par exemple, sera lente et inégale, et il y aura probablement des « bulles » – comme celle que l’on prévoit entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, où le virus a été presque éliminé. L’Union européenne, pour sa part, devrait éliminer cet été les quarantaines en son sein, pour les personnes munies de passeports de vaccination. Mais les restrictions sur les voyages longue distance seront maintenues.

Si certains marchés émergents auront atteint des taux de vaccination élevés (le Chili, le Maroc et la Turquie sont en avance sur l’Europe), la plupart des pays en développement n’auront pas maîtrisé le virus. En conséquence, les contrôles aux frontières entre le monde riche vacciné et le monde pauvre non vacciné vont probablement se renforcer, surtout si de nouveaux variants continuent d’apparaître. Les retombées négatives seront ressenties plus directement par les travailleurs migrants, mais il y aura des conséquences plus larges, comme une contraction du tourisme de longue distance, qui affaiblira gravement certaines économies.

Les mesures modifiant la circulation des personnes (telles que les nouvelles règles en matière de visas ou l’ouverture de nouvelles routes) affectent le commerce des marchandises. Si l’expédition d’un conteneur à l’autre bout du monde ne nécessite pratiquement aucun contact de personne à personne, il n’en va pas de même pour la gestion des réseaux de production ou la recherche de nouveaux clients. Des obstacles durables aux déplacements des personnes réduiraient en fin de compte le commerce et les investissements internationaux, et donc la productivité et la croissance en général.

Variants résistants, pandémie chronique ?

Plus important encore, un retour complet (bien que progressif) à la vie normale ne sera possible que si les vaccins restent efficaces. Jusqu’à présent, ils semblent l’être. Mais l’émergence de variants résistants aux vaccins obligerait les gouvernements à maintenir des restrictions sévères, voire à procéder à des confinements récurrents. Certains experts, comme Monica de Bolle, du Peterson Institute for International Economics, considèrent ce scénario comme probable. Mais même s’il ne s’agit que d’un risque secondaire, il mérite notre attention.

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Les liens entre santé publique et activité économique dans le contexte de la pandémie restent obscurs. La comparaison entre le taux de croissance du PIB et le nombre de décès peut susciter de nombreux commentaires, mais elle est très trompeuse. L’Italie par exemple a subi de lourdes pertes en vies humaines et en PIB l’année dernière, non pas parce que sa réponse politique a été inefficace, mais parce qu’elle a été le premier pays européen à être touché et qu’elle a donc dû répondre à ce choc imprévu par des mesures économiquement coûteuses.

Pour évaluer comment les pays ont géré ce compromis – et comment ils pourraient continuer à le faire si la pandémie persiste –, nous avons comparé l’évolution semaine après semaine des infections avec l’activité économique, mesurée par l’OCDE. Avant l’apparition du variant britannique (B.1.1.7), la contagiosité de la Covid-19, mesurée par son « taux de reproduction » (R), était d’environ trois, ce qui signifie que l’on pouvait s’attendre à ce qu’une personne infectée en contamine trois autres. L’objectif des mesures de confinement était de réduire le R à moins de un, auquel cas l’incidence virale diminuerait au lieu de croître.

Au printemps 2020, plusieurs pays européens ont réussi à réduire R de trois à environ 0,7 en l’espace de quelques semaines. La réduction correspondante de l’activité économique a varié d’environ 15 % en Allemagne (où la première vague a été légère) à près de 30 % en France, où la construction s’est complètement arrêtée et où un quart des employés du secteur privé ont été mis au chômage technique. Le traitement a été efficace, mais il a eu un coût économique extrêmement élevé.

À l’automne en revanche, le coût économique des mesures de santé publique a été bien moindre. Le R a été ramené à peu près au même niveau (0,8) pour un coût économique de 2 à 3 fois moins élevé, remarquablement uniforme dans tous les pays. Les gouvernements avaient tiré les leçons de la première vague. La deuxième vague de mesures a été moins stricte, mais mieux ciblée. Les masques et les équipements de protection étaient plus largement disponibles, et les entreprises avaient appris à s’adapter aux restrictions.

Certaines adaptations se sont avérées durables : les paiements électroniques ont connu un essor considérable, le commerce électronique est en plein essor. Cela a permis à certaines entreprises des secteurs touchés directement de retrouver un peu d’activité. En France, où les restaurants sont fermés et où les hôtels sont soumis à de sévères restrictions, un quart des entreprises a néanmoins indiqué que l’activité s’était redressée de plus de moitié en février (et 10 % qu’elle était revenue à la normale).

L’émergence de nouveaux variants nécessiterait des adaptations ultérieures. Mais si ces variants sont plus contagieux, les coûts augmenteront. Les entreprises maintenues en vie par des injections de liquidités et des reports d’impôts ne survivront pas, et les travailleurs toujours en chômage technique perdront soit leurs compétences, soit leur emploi. Des efforts importants seront nécessaires pour les aider à changer de métier.

Plus la pandémie durera, plus les dégâts seront importants. Une campagne de vaccination véritablement mondiale reste donc indispensable. D’ici là, il faut se préparer au risque de retours de flamme périodiques et élaborer de nouvelles politiques pour en limiter les coûts sociaux, économiques et fiscaux.

La version originale de cet article a été publiée sur Project-Syndicate le 31 mars 2021 .

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