shutterstock_139521434 Point culminant du "Bund" à Shanghai :  centrale à panneaux solaires renouvelables d'énergie écologique.

Les écologistes européens préfèrent la Chine aux États-Unis

Le courant écologiste réaliste pourrait bien présenter la chine comme le leader à suivre en raison de son efficacité environnementale.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

En mars dernier, le National Intelligence Council (NIC) américain a publié la 7e édition de ses Global Trends[1]. Cet exercice de prospective, qui mobilise la communauté du renseignement américain, mérite attention dans la mesure où il contribue au récit global sur l’état du monde. Premier document de cette nature de l’administration Biden, il identifie quatre forces structurelles : la démographie, l’environnement, l’économie et la technologique. Ces forces sont croisées avec les dynamiques émergentes sur les plans sociétal, étatique et international. Suivent cinq scénarii possibles à horizon 2040 établis en fonction de trois questions : effets des défis globaux imminents ? Nature des interactions entre acteurs étatiques et non étatiques ? Ordre des priorités choisies par les États ?

Le cinquième scénario mérite une attention particulière, car il envisage une coalition mondiale dirigée par la Chine et l’Union européenne, soutenue par des ONG environnementales puissantes souhaitant redynamiser les organisations internationales. Cette coalition verrait le jour après une catastrophe alimentaire majeure provoquée par un événement climatique. Sous la pression de l’opinion, elle entraînerait une aide massive des pays riches vers les pays pauvres avec notamment des transferts technologiques. Ce scénario est le plus inattendu, car il reposerait sur un partenariat entre les partis politiques progressistes européens et le parti communiste chinois ; les premiers prônant le développement durable, alors que le second financerait les technologies d’énergie bas-carbone. Il marginaliserait les États-Unis.

Ce scénario a été publié après que le président Xi Jinping a annoncé, en septembre dernier, l’ambition de la Chine d’atteindre la neutralité carbone en 2060. Ce faisant, la Chine a créé la surprise en délivrant un message susceptible de déstabiliser les États-Unis : il est désormais nécessaire de poursuivre une politique de puissance sans l’appui des énergies fossiles. En France, ce point a été relevé par les rares écologistes désireux d’apprendre à parler le langage de la géopolitique. Ils relèvent le double caractère – moral et réaliste – de l’annonce chinoise. Et commencent à comprendre que l’écologie politique n’oppose plus des intentions intéressées à des gains de puissance à des intentions désintéressées visant un bien commun global. Morale et réalisme se mêlent en permanence. En raison de son poids matériel, la Chine détient désormais une voix d’une portée bien plus universelle que celle d’un écologisme européen souvent hors-sol. Faisant de l’american way of life le repoussoir ultime, ce courant écologiste réaliste pourrait bien présenter la Chine comme le leader à suivre en raison de son efficacité environnementale. En évitant d’être trop regardant sur la surveillance technologique qui accompagne sa « civilisation écologique ». Et ainsi en donnant corps au cinquième scénario du NIC. •

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