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Les clés de la relance seront vertes

Face à une crise qui s’installe, les politiques de relance ne doivent pas seulement, comme aux Etats-Unis, tenter de favoriser la reprise de l’activité. Elles doivent préparer l’avenir, comme en Nouvelle-Zélande ou en Europe. Au début de la pandémie de Covid-19, on a longtemps espéré une reprise rapide, dessinant une courbe en forme de V. Après un bref mais radical confinement visant à contenir la propagation du virus, l’économie reprendrait facilement, et avec suffisamment de vigilance et d’argent, tout redeviendrait comme au début de l’année.

Crise. Face à une crise qui s’installe, les politiques de relance ne doivent pas seulement, comme aux Etats-Unis, tenter de favoriser la reprise de l’activité. Elles doivent préparer l’avenir, comme en Nouvelle-Zélande ou en Europe. Au début de la pandémie de Covid-19, on a longtemps espéré une reprise rapide, dessinant une courbe en forme de V. Après un bref mais radical confinement visant à contenir la propagation du virus, l’économie reprendrait facilement, et avec suffisamment de vigilance et d’argent, tout redeviendrait comme au début de l’année.

De toute évidence, la reprise en V n’était qu’une illusion. Des mois après la période initiale de confinement, de nombreux pays, au premier rang desquels les Etats-Unis, atteignent encore de nouveaux sommets en termes d’infections et de décès dus à la Covid-19. La pandémie a exposé, et probablement accentué, les problèmes profonds qui sévissaient dans l’économie bien avant le début de la crise. Par exemple, l’économie américaine a généré des inégalités massives non seulement en termes de revenus et de richesse, mais aussi en termes d’accès aux soins. Et comme ces disparités suivent de près les inégalités raciales en Amérique, les populations déjà marginalisées se sont retrouvées encore plus vulnérables au virus.

Les gouvernements, quant à eux, sont intervenus à une échelle sans précédent. Avec des niveaux de dépenses publiques aussi massifs, les citoyens sont en droit d’exiger que l’économie de l’après-crise soit modelée en fonction de leurs propres intérêts, et non de ceux des  «marchés » ou de tout ce que les capitalistes à courte vue exigent.

Idéalement, la  «nouvelle» économie sera beaucoup plus verte que la précédente. Les dépenses et les investissements actuels faciliteront la transition vers un abandon général de l’économie basée sur les combustibles fossiles, telle qu’elle a prévalu au cours des 200 dernières années. Les secteurs basés sur la connaissance remplaceront l’industrie manufacturière, le pétrole et le charbon. On combattra la crise par des politiques visant à accélérer les tendances positives, telles que la baisse des coûts de l’énergie solaire et éolienne, tout en inversant les tendances négatives, parmi lesquelles l’augmentation des inégalités. Un tel résultat est tout à fait envisageable.

Orienter l’économie dans la bonne direction

Les dépenses d’urgence ont permis aux décideurs politiques de disposer d’une série d’instruments pour remodeler l’économie. Par exemple, l’aide financière de l’État (qu’il s’agisse d’une subvention ou d’un prêt) peut sauver des vies et doit donc être distribuée avec sagesse, de manière à soutenir les secteurs que nous voulons voir sortir encore plus forts de la crise. Malheureusement, aux États-Unis, alors que les compagnies aériennes ont reçu des milliards, les secteurs de la connaissance (y compris les universités de recherche) n’ont pas reçu le soutien financier dont ils ont besoin. Ces évolutions suggèrent que l’économie américaine est poussée dans la direction opposée de celle qu’elle devrait prendre.

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Lorsqu’une aide publique est accordée, elle doit être accompagnée de conditions destinées à orienter l’économie dans la bonne direction. Lorsque les États-Unis ont renfloué leurs compagnies aériennes, peu de conditions ont été fixées. La France, en revanche, a exigé qu’Air France réduise ses émissions de dioxyde de carbone et ses vols intérieurs comme condition pour recevoir une aide gouvernementale. Qu’on ne s’étonne pas de la différence entre les deux pays. Les dirigeants actuels des États-Unis n’ont offert aucune vision pour l’avenir de l’économie. L’administration du président Donald Trump n’a pas nié la crise, mais elle a agi comme si l’économie allait simplement reprendre là où elle s’était arrêtée.

Voir plus loin que le marché

Il semble maintenant probable que la pandémie restera longtemps parmi nous, au point de nous donner le temps de réfléchir stratégiquement à la manière dont les programmes de relance peuvent être conçus à la fois pour rétablir la santé des économies et pour les remodeler pour l’avenir. Avant la pandémie, nous savions que la transition vers une économie neutre en carbone nécessiterait une mobilisation générale à l’échelle du New Deal. Comme il est maintenant clair que la reprise nécessitera des investissements massifs, il est naturel que nous combinions ces impératifs en une seule stratégie.

La bonne nouvelle, c’est que les investissements verts dans les énergies renouvelables, les infrastructures durables, les bâtiments économes en énergie et d’autres dépenses peuvent être réalisés au moment opportun et avec souplesse, ce qui d’autant plus important que l’incertitude sur l’évolution de la pandémie est grande. En outre, les investissements verts sont souvent à forte intensité de

main-d’œuvre, ce qui est idéal pour réduire le chômage et faire augmenter les salaires. Enfin, ils ont généralement des effets multiplicateurs importants. Ils permettent d’obtenir un meilleur rendement que les autres formes de dépense ce qui n’est pas négligeable pour les nombreux pays confrontés à des déficits et des dettes croissants.

La Nouvelle-Zélande a déjà mis ces idées en pratique, en redéployant des travailleurs de l’hôtellerie (qui autrement auraient été au chômage) sur des projets de conservation dans des secteurs de tourisme vert. Ce programme devrait porter ses fruits à l’avenir. Aux Etats-Unis, le Civilian Conservation Corps américain, la Works Progress Administration et d’autres programmes du New Deal ont laissé un héritage physique et culturel dont les Américains bénéficient toujours, près de cent ans après.

Pour autant, la mise en œuvre de tels investissements aujourd’hui nécessitera des réformes institutionnelles, notamment la création de nouvelles banques de développement  « vertes  » et l’expansion des organisations existantes. Les institutions du marché sont souvent trop aveugles pour voir la valeur d’un investissement à long terme. Si certaines banques  « vertes  » existantes se sont révélées assez efficaces, d’autres ne l’ont pas été. Nous devrons tirer les leçons des succès et des échecs récents, et nous adapter en conséquence.

Installer des mécanismes incitatifs

Dans notre économie complexe, l’investissement public est nécessaire mais pas suffisant pour favoriser une reprise verte. Il faudra également prévoir des dispositifs d’incitation pour faciliter l’investissement privé dans les secteurs verts. Là encore, il existe déjà de nombreux outils pour ce faire. Par exemple, en exigeant des grandes entreprises, y compris des banques, qu’elles divulguent leurs risques climatiques, nous pouvons inciter les capitaux privés à délaisser les investissements classiques (et polluants) au profit de projets verts.

En outre, le simple fait de promouvoir la vision à long terme et de décourager le court terme permettra de faire évoluer l’économie dans une direction plus verte. La gouvernance des entreprises doit être réformée afin de donner aux investisseurs à long terme une plus grande influence (par le biais par exemple  « d’actions de fidélisation »). Si les banques vertes élargissent leur offre d’investissement, on pourra renforcer les réglementations, en interdisant par exemple l’utilisation du charbon et d’autres formes d’énergie polluante. À tout le moins, il est temps de commencer à discuter d’un prix du carbone qui aurait du sens, ce qui encouragerait aussi les investissements verts.

Dès cet été, les prévisions du Fonds Monétaire International et d’autres organisations indiquaient qu’il serait assez difficile de revenir au plein emploi dans un avenir proche. Dans de nombreux pays, les taux de chômage pourraient ne pas revenir à leur niveau de fin 2019 jusqu’en 2022. C’est le scénario optimiste : plus la crise de la Covid-19 durera longtemps, plus les cicatrices économiques seront profondes.

La reprise nécessitera un soutien gouvernemental non seulement bien conçu, mais soutenu dans le temps. La situation désastreuse que nous vivons avec la Covid-19 nous offre l’occasion de procéder aux investissements et aux réformes nécessaires pour un avenir plus durable et plus prospère.

Nous ne devons pas la gâcher.

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