Le virus qui nous fait entrer dans la modernité Une équipe d'ingénieurs de la Nasa et du Jet Propulsion Laboratory présente le VITAL (Ventilator Intervention Technology Accessible Locally) développé en 37 jours entre mars et avril 2020. Ce prototype de respirateur a été spécialement conçu pour le traitement du syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) qui touche les patients les plus sévèrement atteints par la Covid-19.

Le virus qui nous fait entrer dans la modernité

ABONNÉS • La crise de la Covid-19 a poussé l’humanité à se réinventer, à sortir de sa zone de confort pour sauvegarder son mode de vie. Dans les entreprises, elle a contraint à réagir vite, innover, prendre des risques pour ne pas rester en retrait. Changer son fonctionnement, « upgrader » son logiciel sans attendre. Pas seulement pour survivre, mais aussi pour se préparer au « monde d’après » (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

Dans son dernier essai, Bouleversement, le biologiste Jared Diamond compare chaque période de crise à « un tournant décisif » exerçant « une pression qui incite à élaborer de nouvelles méthodes d’adaptation, dès lors que les anciennes se sont avérées inadéquates pour relever le défi. Si une personne ou une nation parvient à élaborer des méthodes d’adaptation nouvelles et améliorées, alors nous parlons de crise résolue avec succès »[1]. Dans ces moments-là, il faut être capable de repenser son logiciel, de conjurer le spectre de l’immobilisme et de dépasser les fausses contradictions qui paralysent la prise de décision. Pour décrire ce moment très particulier du moment opportun, les Grecs avaient recours à un petit dieu ailé, doté d’une touffe de cheveux sur la tête. Si ce kairos passait à proximité et qu’on parvenait à le voir, il était possible de le saisir par les cheveux. En ce sens, la crise correspond bien à ce petit être : l’instant critique où les organisations et les individus doivent prendre à bras-le-corps le danger, saisir les opportunités qui en découlent, trancher entre des alternatives complexes et accepter une part de risque face à l’incertitude.

Épreuve de vérité

L’épidémie de Covid-19 illustre largement ce principe. Épreuve de vérité par excellence, la crise du coronavirus nous a forcés à adopter des modes d’organisation et d’existence que nous n’aurions jamais osé concevoir en l’absence d’un tel péril : le coup de frein mondial aux échanges physiques et touristiques, la mise en œuvre du télétravail à grande échelle, la réduction des réunions physiques, l’accélération phénoménale de la mise au point de vaccins, les procédures exceptionnelles sur le plan sanitaire, le port du masque généralisé… Elle a dévoilé que certaines choses que nous pensions impossibles étaient en fait parfaitement réalisables : le « quoi qu’il en coûte », qui s’est traduit par le déblocage de milliards d’euros pour aider les particuliers et les entreprises à absorber le choc économique dû au confinement, en offre sans doute la meilleure preuve. Des dogmes économiques et des tabous idéologiques, qui dominaient la pensée depuis les crises précédentes, se sont envolés – au moins temporairement – en fumée, balayés par le climat d’urgence. Mieux, de « nouvelles méthodes d’adaptation » ont bel et bien vu le jour dans ce contexte si particulier.

En somme, la crise nous a contraints à assumer des risques et des choix plus radicaux. Elle a été un accélérateur de tendances lourdes – dont nous ne devinions parfois que les linéaments – qui lui préexistaient. Autrement dit, l’épidémie ouvre le XXIe siècle en permettant le passage à l’échelle d’évolutions qui étaient en germe, mais qui restaient plus ou moins jugulées par la peur du changement, les réflexes conservateurs et le confort des habitudes… des écueils qui frappent d’autant plus durement nos sociétés qu’elles vivent dans une relative aisance et qu’elles ont plus à perdre qu’à gagner en cas de changement brutal.

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