Le remède contre le populisme démagogique Caricature parue dans le Puck Magazine le 16 septembre 1896.

Le remède contre le populisme démagogique

Donald Trump est le premier vrai démagogue à avoir accédé au poste président des États-Unis. Cependant, les politiciens qui se prétendent être des tribuns pour les plus faibles contre « l’establishment » corrompu existent depuis toujours en Amérique au niveau de l’État ou à plus petite échelle. Sous sa forme politique, le populisme démagogique a tendance à se répandre lorsqu’un grand nombre de citoyens a le sentiment que les politiciens conventionnels ignorent leurs intérêts et leurs valeurs, comme ce fut le cas pour les travailleurs blancs dans le sud des États-Unis, les fermiers du Midwest à la fin du XIXe siècle, les ethnies blanches euro-américaines dans le Nord-est au XXe siècle, ou encore les blancs de la classe ouvrière dans le Midwest industriel et le Nord de la Grande-Bretagne au XXIe siècle.

Après la période de reconstruction que constitue la fin de l'ère post-guerre civile, les soi-disant « démocrates Bourbons », descendants de l'élite propriétaires d'esclaves d'avant guerre, ont dominé les gouvernements des États du sud de la Virginie jusqu'au Texas. L'oligarchie des bourbons a privé les sudistes noirs et de nombreux blancs pauvres de leurs droits de vote par le biais de l'impôt électoral, des tests d'alphabétisation et d'autres moyens destinés à étouffer les votes. De fait, le parti républicain a été presque éliminé du Sud. Le monopole démocrate sur le pouvoir politique, a maintenu un modèle oppressif de l'économie de plantation, basé sur des formes de travail - comme le métayage et le système de location de prisonniers aux employeurs – asservissant indifféremment les noirs et les blancs.

Langage fleuri et campagnes musclées

La politique oligarchique du Sud a engendré une génération de populistes démagogiques appartenant à la classe ouvrière blanche et aux petits paysans. Bien qu’en grande partie issus de l'élite, ils se distinguaient de la classe dirigeante raffinée par un langage cru et des campagnes hautes en couleurs. Ainsi, en Caroline du Sud, le gouverneur Benjamin R. Tillman reçu le saubriquet de "Pitchfork Ben" ("Ben la fourche") après son invective envers le président Grover Cleveland : "Je vais planter ma fourche dans ses vieilles côtes grasses ! " . Du côté du Texas, James Stephen Hogg qui pesait 136 kilos, fut élu gouverneur après avoir fait du porc (« hog » en anglais) le symbole de sa campagne.

De nombreux démagogues du sud n’ont pas hésité à instrumentaliser le racisme pour conforter l’électorat blanc qui craignait la concurrence des noirs. Dans le Mississippi, le gouverneur - puis sénateur - James K. Vardaman s'est présenté comme "le grand chef blanc" et a symbolisé son engagement suprémaciste en s'habillant en blanc et en se déplaçant dans un chariot tiré par des bœufs blancs. D'autres étaient plutôt opportunistes : au tournant du XXe siècle, le Géorgien Tom Watson s'est d'abord félicité du soutien des noirs, puis a défendu la suprématie blanche. Quelques générations plus tard, le gouverneur de l'Alabama George Wallace a fait l'inverse, se faisant un nom en tant que ségrégationniste avant solliciter à la fin de sa carrière l’électorat noir, après avoir survécu à une tentative d'assassinat.

Nous espérons que vous appréciez SAY.

Pour continuer votre lecture, abonnez-vous.

S'abonner

https://www.say.media/rDmrEMN