Le Printemps arabe aboutira (1) 11 octobre 2011. Printemps de la démocratie à Sanaa (Yémen).

« Le Printemps arabe aboutira »

ABONNÉS • En décembre 2020, débutait en Tunisie un mouvement contestataire qui s’est répercuté dans le reste du monde arabo-musulman, sous le nom des « printemps arabes ». Que reste-t-il de leur héritage ? La géopolitique du Proche-Orient en a-t-elle été durablement affectée ? D’autres mouvements protestataires couvent-ils sous la cendre ? (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021)

SAY : Dix ans après les printemps arabes, on voit naître de nouveaux mouvements contestataires au Proche-Orient. Outre le hirak en Algérie, on pourrait citer l’opposition libérale au président turc Recep Tayyip Erdogan. Certains perçoivent même une continuité entre les printemps arabes et les mouvements contestataires actuels en Israël. La mobilisation contre Benyamin Netanyahu a pris pour slogan « Lech », une formule qui traduit exactement le « Erhal » [dégage] tunisien contre Ben Ali. Jusqu’où les similitudes entre ces différents mouvements restent-elles pertinentes ? Va-t-on vers de nouveaux Printemps ?

Frédéric Encel : Nous allons vers de nouvelles secousses, oui. Vous avez raison d’évoquer l’Algérie ; le régime qui préside – sans légitimité démocratique – à ses destinées est l’un des plus calamiteux du demi-siècle passé (à l’exception bien sûr des régimes génocidaires) et il n’a dû l’absence de mobilisation forte il y a dix ans qu’au souvenir terrible de la guerre civile des années 1990 et à la crainte, justifiée, de l’alternative islamiste criminelle. Je vous rappellerais qu’en 1988 déjà, et à plusieurs reprises, des émeutes du pain avaient provoqué des centaines de tués, et que l’indéboulonnable pouvoir gérontocratique est honni de la population. Celle-ci le fera chuter, tôt ou tard.

Quant à Israël, son cas est fondamentalement différent de ce qui prévalut lors du Printemps arabe. D’abord, ceux qui manifestent contre Netanyahou sont très minoritaires, dans la rue comme dans les urnes. Ensuite, ils contestent l’homme – le mis en examen pour plusieurs dossiers, l’ultralibéral et/ou le nationaliste – mais pas le régime institutionnel du pays. En outre, à échéances régulières (et même trop fréquentes !), le corps électoral est appelé et les Knesset (assemblées nationales) issues des scrutins sincères et transparents ne sont pas contestées. Enfin, en dépit d’une situation sociale détériorée par la politique très libérale menée par les coalitions au pouvoir, le PIB par habitant a augmenté au cours de la décennie, à l’inverse de l’évolution de la plupart des États arabes.

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