shutterstock_1724615542_OK Vue d'artiste d'un des 1567 satellites Starlink en orbite autour de la Terre, opérationnel à ce jour.©AleksandrMorrisovich - Shutterstock

Le New Space, une révolution à l’avenir incertain

Les constellations de satellites se sont multipliées à partir des années 1990. Ces gigantesques chantiers de l’espace nécessitent le déploiement de milliers de satellites de petite taille. Difficultés technologiques, rentabilité économique et surcharge de l’espace sont autant de problématiques que devront résoudre les nouveaux pionniers de ce secteur. Mais ce « New Space » bouleverse l’économie du secteur spatial, l’ouvrant à start-up et PME.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

Le samedi 15 mai, vers 19 h, heure de Cap Canaveral (Floride), une fusée Falcon-9 de la compagnie SpaceX (Elon Musk) lançait 52 satellites Starlink, ainsi que deux micro-satellites, un satellite radar (Capella Synthetic Aperture Radar) et un mini-satellite d’astronomie depuis le Kennedy Space Center. Cette mission porte le nombre total de satellites Starlink opérationnels à près de 1567, soit un peu moins que les 1 584 nécessaires pour déclarer opérationnelle la première tranche du système Starlink. À la mi-mai 2021, sur les 45 lancements effectués dans le monde, un tiers provient de Space X, dont 12 sont dévolus au déploiement de la constellation de télécommunication Starlink. Au grand dam des astronomes : ils voient le ciel nocturne s’encombrer d’une myriade d’objets lumineux. Et au grand dam des spécialistes des débris spatiaux : eux s’alarment de la prolifération exponentielle de satellites à bas coût, plus exposés aux pannes, dans les orbites de moins de 2000 km d’altitude, que l’on appelle les orbites basses (LEO). Si le déploiement de la constellation Starlink est le plus médiatisé, du fait de la personnalité fantasque de son fondateur et ingénieur en chef Elon Musk (mais aussi, il faut bien l’avouer, des tours de force technologiques des ingénieurs de sa compagnie SpaceX), nous assistons aujourd’hui à un renouveau de l’intérêt pour ces énormes constellations de satellites, qu’elles soient financées par les Gafa comme Kuiper d’Amazon, mais aussi en Europe, avec la constellation OneWeb (portée par Airbus Defense and Space) ou Telesat portée par Thales alenia space, le champion européen des constellations de télécommunication.

À ce stade, il n’est pas inutile de refaire un point sur la justification des satellites en matière de télécommunication. Pour communiquer à longue distance de grands volumes de données, il n’y a que deux solutions : soit tirer un câble de la longueur ad hoc, ce qui implique de poser des milliers de kilomètres de fibre optique, parfois au fond des océans, ou bien communiquer par ondes radiofréquences. Il faut pour cela utiliser un relais suffisamment haut pour être en visibilité à la fois de la station d’émission et de la station de réception. Pour une distance intermédiaire, une tour ou une montagne peuvent faire l’affaire (comme les relais de télévision en haut de la tour Eiffel à Paris, ou du Pic du Midi dans les Pyrénées). En revanche, lorsque l’on veut communiquer entre deux continents, le relais doit être en visibilité des deux stations d’émission ou de réception. Les lois de Newton font qu’un seul type d’orbite terrestre permet de positionner un tel relais, à 36 000 km d’altitude, de manière fixe par rapport à un observateur terrestre. Trois satellites équirépartis autour de la Terre permettent donc d’établir une communication entre deux points quelconques à sa surface.

Cette idée, initialement « imaginée » dans les années 1940 par Arthur C. Clarke – auteur, plus tard du célèbre 2001, l’Odyssée de l’espace, a conduit aujourd’hui à une course aux positions orbitales sur cette orbite dite géostationnaire, les places au-dessus de l’Europe ou des États-Unis y étant rares (donc chères). Il y a évidemment un prix à payer pour cette relative simplicité, d’un satellite fixe par rapport à l’observateur : 36 000 km c’est loin, il faut donc de gros satellites, dotés de grosses antennes[1].

Nous espérons que vous appréciez SAY.

Pour continuer votre lecture, abonnez-vous.

S'abonner

https://www.say.media/EIc6cwc