Le goût dutemps qui passe (7)

Le goût du temps qui passe

ABONNÉS • Voici l’histoire de Château Bel-Air Marquis d’Aligre, silencieux voisin de Château Margaux (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

C’est un secret bien gardé. Celui d’un viticulteur sublime et modeste, à rebours de toutes les folies qui agitent le monde du vin. Il se tient à distance des grands crus bordelais, qui ont quitté le monde des humains avec des vins sophistiqués aussi inabordables que le dernier modèle de Tesla. Il est tout aussi étranger aux vins nature mal maîtrisés par des vignerons qui cachent leur inexpérience sous des étiquettes ineptes comme « la piquette à René ».

Je vais vous parler du Château Bel-Air Marquis d’Aligre, un cru bourgeois de haute lignée dont les vignes jouxtent celles de Château Margaux. Il existe comme une frontière infranchissable entre les deux. D’un côté, le travail obscur, patient. De l’autre, les paillettes et la renommée mondiale. La bouteille du Bel Air Marquis d’Aligre est affublée du titre de « grand cru exceptionnel », une dénomination désuète issue de la révision du classement des crus bourgeois de 1932. Il faut dire que ce château-là avait raté le classement de 1855 et ne s’est pas donné la peine de se présenter à la révision de 2003. Il a toujours été hors du temps.

Tout comme son propriétaire Jean-Pierre Boyer. « Je suis resté accroché au Moyen-âge » répond-il pour décliner poliment toute tentative de parler de son vin. « Je suis confiné, vous voyez, je ne suis pas dans la course effrayante du monde. Je ne cherche pas à m’agrandir. Je fais même l’inverse, je produis de moins en moins de vin pour être fidèle à ma philosophie : je veux rester un viticulteur ». Ces quelques phrases en disent long sur la personnalité du vin et de son auteur.

Nous espérons que vous appréciez SAY.

Pour continuer votre lecture, abonnez-vous.

S'abonner

https://www.say.media/JpWyW3T