Brexit - Romanet - call-me-fred-N99V5GjTi-g-unsplash ©Call Me Fred (Unsplash)

Le Brexit, accélérateur de l’histoire européenne

Le départ de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne, qui a pris effet il y a trois semaines maintenant, n’est une bonne nouvelle pour personne, ni le Royaume-Uni, ni le reste de l’Europe. Gageons cependant que, tout comme la crise de la Covid-19, cette séparation aura pour effet paradoxal de renforcer l’unité des Européens.


Rappelons-nous. En quelques semaines, au printemps dernier, la crise de la Covid-19 a bouleversé nos économies et nos modèles de développement. 25 000 milliards d’euros de capitalisation boursière dans les entreprises cotées se sont évaporés ; les quatre cinquièmes de la population active mondiale ont été impactés par la fermeture totale ou partielle des lieux de travail.

Certains s’inquiétaient alors d’un éclatement potentiel de l’Europe. Bien au contraire, cette crise a mobilisé les institutions européennes et renforcé l’unité de l’Europe des 27. Les mesures de soutien prises par la Banque centrale européenne et la Commission européenne ont atteint des niveaux jamais connus. Et les résultats sont au rendez-vous : les flux d’investissement vers l’Europe s’accélèrent.

« Europe is back ! »

« L’Europe est de retour ! », indiquent désormais nombre d'investisseurs internationaux. Le Brexit accélère en effet ce phénomène, notamment dans la finance. La perte du « passeport européen » pour les grandes banques de financement et les sociétés d’investissement internationales à Londres les a conduites à renforcer leur présence sur le continent pour continuer à travailler avec le marché européen.

En France, chacun des 4000 emplois directs en cours d’implantation devrait en générer 4 autres : au total, le départ de la Grande-Bretagne aura généré une vingtaine de milliers d’emplois. Il aura mené à s’implanter dans notre pays des banques aussi prestigieuses que la Bank of America Merrill Lynch, Goldman Sachs, JP Morgan et Standard Chartered ; pour les sociétés d’investissement, citons Blackrock, Schroder, Citadel… « Paris dispose de trois atouts majeurs », indiquait récemment Jamie Dimon, président de la banque JP Morgan : « les talents, les clients, les infrastructures ».

Au niveau mondial, toutefois, le ralentissement de la croissance et la perspective d’une réduction prolongée de la mobilité et des échanges doivent nous conduire à revoir profondément nos modèles de développement, avec pour objectif de construire partout dans le monde des systèmes plus durables et résilients. Dans ce contexte, l’objectif doit être, aujourd’hui, d’accompagner les entreprises européennes et les ménages dans leurs reprises d’activité, de réussir la relance européenne et d’assurer la cohésion et l’avenir durable de l’Union Européenne.

Après les mesures de soutien immédiat, notre conviction est que l’intensification des échanges et de l’intégration au niveau de l’Union Européenne permettra de renouer avec la croissance, d’accompagner les besoins sociaux et de faire face à la compétition mondiale. Mais les transformations nécessaires vont nécessiter d’importants investissements privés et publics dans la santé, l’industrie, l’agriculture, les innovations de rupture, la formation...

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Conditions de relance

L’engagement des marchés financiers et bancaires, aussi bien que des investisseurs de long terme, assureurs et gérants d’actifs, sans oublier la participation innovante des fintechs, tout cela forme une condition fondamentale pour la relance. Cinq politiques sont indispensables pour que les acteurs financiers puissent jouer pleinement leur rôle.

L’achèvement d’une union des marchés des capitaux solide et cohérente, avec un plan d’action clair et un appui politique au plus haut niveau, constitue la première priorité. Elle est nécessaire pour accélérer l’orientation de l’épargne vers l’investissement à long terme et le financement des entreprises. Il faut en particulier, d’urgence, faciliter les investissements en actions et l’apport de fonds propres aux entreprises, et donc développer les fonds d’investissements et relancer les marchés boursiers.

Dans le même temps, il est indispensable d’alléger les contraintes règlementaires, et en particulier les directives européennes Solvency2 et Mifid, qui pèsent sur le potentiel d’investissement. Plus en général, pour que la règlementation préserve la compétitivité des acteurs européens et accroisse l’attractivité de l’Union Européenne, il convient d’abandonner les silos actuels et adopter une approche plus horizontale et cohérente.

L’Union européenne doit également affirmer sa souveraineté technologique en matière financière. Des canaux de distribution et d’investissement aux paiements, en passant par le traitement des données, le numérique a déjà profondément renouvelé les usages et les outils des acteurs financiers. Le cadre législatif doit accélérer l’adoption de ces nouveaux outils, à l’instar des crypto-actifs et de l’investissement dans les actifs immatériels.

Green Deal

Par son rôle dans l'allocation de l’épargne et l'investissement de long terme, le secteur financier contribue au financement de la transition verte et au développement de modèles économiques compatibles avec les impératifs écologiques. A titre d’exemple, depuis 2016, les acteurs financiers français rendent obligatoirement compte de leur démarche d’investisseurs responsables. Il est cependant essentiel que l’ensemble des secteurs et acteurs économiques – y compris les entreprises non financières – soient associés à la définition des objectifs visés et aux taxonomies qui se mettent en place.

Enfin, il est nécessaire de renforcer le rôle international de l’euro ainsi que la compétitivité et l’attractivité de l’Europe dans le monde. Un euro plus fort renforcera la résilience du système financier international, en offrant un choix plus large aux opérateurs de marché du monde entier et en rendant l’économie internationale moins vulnérable aux chocs liés à la forte dépendance de nombreux secteurs à l’égard d’une seule monnaie.

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