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La relance verte, clé de la compétitivité du futur

Alors que les pays du monde entier luttent pour se remettre de la pandémie de Covid-19, les stratégies de relance donneront à certains d’entre eux un avantage concurrentiel pour les décennies à venir. Des solutions durables, telles que le Green Deal européen s’il réussit, montrent le chemin vers l’amélioration de la santé, de meilleurs emplois, une baisse des coûts énergétiques et une croissance économique soutenue. Alors que tous les pays luttent pour se remettre de la pandémie, ces stratégies confèreront à certains d’entre eux un avantage concurrentiel pour plusieurs décennies.

Tout au long de l’histoire moderne, des technologies clairement supérieures ont rapidement balayé ce qui existait auparavant : la calèche a cédé la place à l’automobile, la machine à écrire à l’ordinateur, le téléphone fixe au cellulaire puis aux smartphones. De même qu’une économie émergente comme l’Inde ne construit pas un réseau de fils de cuivre pour installer des téléphones dans chaque maison, il serait imprudent pour un pays de construire de nouvelles infrastructures pour les combustibles fossiles. Ces systèmes obsolètes et sales deviendront bientôt des actifs inutiles. Les dirigeants politiques, commerciaux et de la société civile du monde entier doivent reconnaître et accepter les avantages économiques des plans de relance écologiques. Ces investissements apporteront des avantages considérables pour la santé, la prospérité et la durabilité des sociétés partout dans le monde.

Tout d’abord, les bienfaits de l’énergie propre pour la santé sont désormais largement reconnus. Comme nous l’avons tous constaté pendant le confinement, la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles se traduit presque immédiatement par une amélioration de la qualité de l’air, de l’eau et des sols. Cela profite de manière disproportionnée aux communautés marginalisées et à faible revenu qui ont longtemps souffert le plus de la pollution par les combustibles fossiles. Il est évident que le ralentissement économique n’est pas le moyen de réduire les émissions à long terme ; il ne se substituera pas à un changement structurel durable. Mais la crise aura au moins redonné aux habitants de nombreuses zones urbaines le goût de l’air respirable.

Outre l’amélioration de la santé publique, le remplacement des combustibles fossiles par des énergies propres permettra de créer rapidement plus d’emplois, dont beaucoup seront plus sûrs et stables qu’auparavant. Les projets d’énergie solaire, éolienne et de stockage de batteries peuvent être rapidement déployés, ce qui stimulera l’emploi dans divers secteurs allant des usines et de l’installation à la maintenance et aux réparations. Il en ira de même pour les nouveaux projets d’infrastructures durables, comme les stations de recharge pour véhicules électriques. Enfin, la construction de nouveaux bâtiments à émissions nettes nulles et la modernisation des bâtiments existants en vue d’une meilleure efficacité énergétique formeront également une autre source de nouveaux emplois.

Plus propre et moins cher

Déjà, les nouvelles sources d’énergie propre sont souvent moins chères à construire que les centrales au charbon ou au gaz. Plus précisément, la construction de nouvelles installations d’énergie propre est déjà, ou sera bientôt, moins coûteuse que l’exploitation des centrales à charbon ou à gaz existantes. Les coûts de l’énergie solaire et éolienne ont chuté de 60 à 80 % au cours de la dernière décennie, et l’achat du combustible nécessaire au fonctionnement d’une centrale au charbon ou au gaz existante devient rapidement une option déficitaire. Alors que le déploiement des énergies propres continue de s’intensifier, les taux d’apprentissage font encore baisser la courbe des coûts, accélérant ainsi la transition.

De plus, il est faux de croire que les réseaux électriques à forte composition d’énergie éolienne et solaire ne peuvent pas fonctionner de manière fiable. De nombreuses économies européennes exploitent déjà leurs réseaux électriques avec plus de 50 % d’énergies renouvelables sur une base quotidienne, mensuelle ou (dans le cas du Danemark) annuelle. Les simulations du ministère américain de l’énergie, des services publics d’énergie et d’autres chercheurs ne trouvent aucun obstacle à la fiabilité pour générer 90 % de la consommation électrique annuelle à partir de sources sans carbone avec les technologies actuelles. En fait, une étude récente menée par des chercheurs de l’université de Berkeley en Californie montre que les énergies renouvelables pourraient fournir 90 % de l’électricité américaine d’ici 2035 « sans coût supplémentaire pour les consommateurs ».

Le monde a également la possibilité de renoncer aux combustibles fossiles dans les bâtiments et les véhicules. Pour les bâtiments, le Rocky Mountain Institute a publié des études montrant que des technologies comme les pompes à chaleur électriques produisent moins d’émissions et sont plus rentables que les alternatives au gaz dans presque tous les États américains. Ces solutions améliorent aussi considérablement la qualité de l’air intérieur, car la combustion de gaz à l’intérieur peut émettre encore plus de polluants atmosphériques que ce que l’Agence de protection de l’environnement autorise à l’extérieur.

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Dans le domaine des transports, le coût des batteries a chuté de 87 % depuis 2010, ce qui explique la progression rapide des véhicules électriques (VE) vers des prix compétitifs. Une analyse de Bloomberg New Energy Finance montre que dès cette année, les coûts initiaux moyens des VE aux États-Unis et en Europe deviendront inférieurs à ceux d’une voiture à essence comparable. Cette évolution s’accélère également pour les véhicules utilitaires et les camions, qui passent eux aussi rapidement à des conceptions à zéro émission.

Pendant près d’une décennie, la Chine a été le leader mondial de la fabrication de panneaux solaires, et est devenue plus récemment le plus grand producteur de batteries lithium-ion. Le pays possède désormais les deux tiers de la capacité de production mondiale pour les deux secteurs. De même, l’Europe est en tête de l’industrie éolienne offshore, qui pourrait valoir 1 000 milliards de dollars d’ici 2040. Et des projets d’hydrogène sont en cours de déploiement à grande échelle en Australie, au Maroc, en Arabie saoudite et dans l’Union européenne. Les États-Unis, quant à eux, sont à la traîne. Alors que de plus en plus de pays modifient fondamentalement le calcul économique et industriel, ils prennent les retardataires par surprise.


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