La pandémie de peur Pendant la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919, les médecins de l’hôpital de l ’armée américaine de Fort Porter, New York, portaient des masques pour se protéger du virus.

La pandémie de peur a trouvé son vaccin

Pour la première fois peut-être dans l'histoire, les gens entretiennent les mêmes conversations sur les mêmes sujets. Nous avons tous partagé la même peur. En restant à la maison et en passant d'innombrables heures devant des écrans, les gens ont constaté les similitudes entre leurs propres expériences et celles des autres. Il s'agit peut-être d'un moment historique passager, mais nous ne pouvons pas nier que nous en sommes venus à comprendre ce que l'on ressent quand on vit dans un même monde.

« Ainsi, la première chose que la peste apporta à nos concitoyens fut l’exil » : chacun, depuis le confinement, lit ou relit La Peste de Camus, mais ce passage fameux résonne particulièrement juste aujourd’hui. Une société en quarantaine est une société fermée dans laquelle tout le monde, sauf les travailleurs essentiels, met sa vie en pause. Isolés chez eux et hantés par la peur et l'ennui, les gens devisent du virus et de la façon dont il transforme le monde. La peste efface le caractère unique de la vie de chaque homme et le rend plus conscient de sa vulnérabilité, de son impuissance à planifier l'avenir. Comme si la Mort avait emménagé à côté de lui. Après une épidémie, toute personne en vie peut revendiquer le titre de survivant.

Dans ce nouveau monde, les gouvernements (bienveillants ou non) nous scrutent : où nous allons, qui nous rencontrons, déterminés à nous protéger de notre propre imprudence et de celle de nos concitoyens. Le contact avec d'autres personnes est devenu une menace pour l'existence de chacun. Dans de nombreux pays, les promenades non autorisées dans le parc peuvent entraîner des amendes ou même des peines de prison et les contacts physiques non sollicités sont devenus une sorte de trahison envers la société.

L’Histoire à mémoire courte

Mais combien de temps conserverons-nous le souvenir de notre propre peste ? Et si, dans quelques années, nous nous en souvenions comme d'une sorte d'hallucination de masse, causée par « un manque d'espace compensé par un surplus de temps », selon l’expression du poète russe Joseph Brodsky ? La pandémie de grippe espagnole de 1918-1920 a été - en termes de mortalité due à une seule cause - l'événement le plus tragique du siècle dernier. Le nombre de morts a dépassé celui de chacune des deux guerres mondiales et a peut-être même tué autant de personnes que les deux guerres combinées. Cependant, la journaliste scientifique britannique Laura Spinney note, dans son merveilleux livre La Grande Tueuse, que « lorsqu'on demande quelle a été la plus grande catastrophe du XXe siècle, quasiment personne ne cite la grippe espagnole ».

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