La nécessité de l’AUKUS face à la Chine - icono Le Premier ministre britannique Boris Johnson accueillant le 14 juin 2021, au 10 Downing Street, le Premier ministre australien Scott Morrison.

La nécessité de l’AUKUS face à la Chine

La diplomatie entourant le récent accord entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis a laissé beaucoup à désirer, et le Premier ministre britannique Boris Johnson va maintenant concentrer ses efforts sur l’apaisement avec les Français. Mais cet accord ne devrait pas être le dernier entre des puissances partageant les mêmes idées pour contrer l’agression chinoise.

Thucydide au 5e siècle av. J.-C. avait érigé les bases de la résolution de conflits et de relations internationales dans son récit de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Au cours de cette guerre, les habitants de Melos, seule île importante de la mer Égée non contrôlée par Athènes, ont insisté pour conserver leur neutralité malgré l’intense pression athénienne. Finalement, les Athéniens ont perdu patience et ont exterminé les Méliens, tuant tous les hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage. La justification athénienne était simple : « La justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. »

Il est de plus en plus évident que c’est aujourd’hui la vision du monde chinoise. Devenue une puissance économique mondiale dotée d’une grande force navale, la Chine cherche à séduire les autres en leur offrant la perspective de vendre davantage de marchandises sur son immense marché ou d’emprunter de l’argent pour des projets d’infrastructure. Elle peut, pour la forme, faire semblant de respecter les accords internationaux qu’elle a signés. Mais les dirigeants chinois, dans la plus pure tradition léniniste, font tout simplement ce qu’ils jugent être dans l’intérêt du parti communiste.

C’est une évidence si l’on considère le comportement de la Chine dans les voies maritimes situées au sud du pays, dans ses relations avec ses voisins tels que le Vietnam, l’Inde et les Philippines, dans la lutte contre les maladies épidémiques, dans ses mesures de répression à Hong Kong, au Xinjiang et au Tibet, ainsi que dans sa politique commerciale et économique internationale. Dans chaque cas, la Chine fait ce qu’elle veut et ce qu’elle pense pouvoir faire impunément. Elle considère que toute tentative de s’opposer aux tyrans de Pékin équivaut à déclencher une nouvelle guerre froide.

S’unir pour faire front

La vérité est que la Chine a depuis longtemps lancé des hostilités contre tout pays qui la critique, et ce à la fois secrètement par le biais de l’infiltration, de l’espionnage et du vol commercial, et plus ouvertement par le biais de sa diplomatie de type « wolf warrior ». La seule réponse efficace est que ceux qui ont des programmes communs fondés sur les règles et normes internationales, qu’il s’agisse de puissances fortes, moyennes ou faibles, s’unissent et rassemblent leur influence par le biais d’alliances.

C’est ce que l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni ont récemment fait avec leur accord de défense AUKUS, en vertu duquel l’Australie va acquérir au moins huit sous-marins à propulsion nucléaire. L’Australie a été traitée de façon honteuse par la Chine depuis qu’elle a demandé une enquête complète et ouverte sur les origines de la pandémie de Covid-19. Cet appel a été lancé après que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a trompé les Australiens en janvier 2020 au sujet de l’urgence sanitaire de Wuhan, au moment même où la Chine achetait de grandes quantités de matériel médical à l’Australie et à d’autres pays.

La situation géographique de l’Australie et sa forte dépendance à l’égard des exportations vers la Chine la rendent potentiellement vulnérable à l’intimidation chinoise. Il est logique que ces trois démocraties libérales et vieux amis travaillent ensemble pour aider l’Australie à faire face à cette situation.

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Se rapprocher de la France

Malheureusement, la négociation de l’accord AUKUS a mal été gérée, laissant la France en colère – à juste titre – contre ce qui ressemblait à une violation sournoise d’un accord négocié pour fournir à l’Australie 12 sous-marins conventionnels. Il est difficile de comprendre comment cela a pu se produire. Après tout, le secrétaire d’État américain Antony Blinken (qui parle couramment le français) en sait probablement plus sur la France et la politique française que tout autre de ses récents prédécesseurs. Il est surprenant qu’il n’ait pas contribué à orienter un cours diplomatique plus raisonnable avec le gouvernement du président Emmanuel Macron.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson aurait également dû pressentir les dangers. Mais Johnson est si anxieux de montrer que le Royaume-Uni post-Brexit compte encore dans le monde qu’il a ignoré l’intérêt constant du pays à entretenir à long terme des relations dignes de confiance avec la France, son plus proche et grand voisin.

La France est le pays européen dont la vision de la sécurité et de la défense internationales est la plus proche de celle du Royaume-Uni, notamment en ce qui concerne la Chine. Tôt ou tard, le Royaume-Uni aura besoin de la compréhension et du soutien de la France bien plus que d’une séance photo avec le président américain Joe Biden. Qui pourrait reprocher aux Français de suggérer, la prochaine fois que le Royaume-Uni leur demandera de l’aide, que les Britanniques appellent plutôt Washington ? Johnson devrait donc dès maintenant prendre l’initiative d’essayer d’élargir l’accord avec l’Australie et les États-Unis pour inclure la France et peut-être aussi le Canada.

Tenir tête à la Chine

Mais que va faire la Chine ? Le prochain grand rôle du pays dans les négociations internationales consistera à tenter d’obtenir un accord mondial solide sur le changement climatique lors du prochain sommet COP26 des Nations unies à Glasgow. La Chine, premier émetteur de dioxyde de carbone au monde, bénéficie de la reconnaissance des groupes environnementaux pour ses engagements en matière de climat. Pourtant, à y regarder de près, les engagements de la Chine semblent creux et gonflés.

Trois évidences : premièrement, la Chine ne fera rien avant longtemps pour réduire ses émissions de CO2 si cela doit perturber sa croissance économique et la création d’emplois. Deuxièmement, les entreprises chinoises continueront à prendre des participations dans des sociétés occidentales (en Écosse, par exemple) qui ont créé des technologies vertes pour les sources d’énergie renouvelable telles que les parcs éoliens. Mais qui d’autre profite réellement des efforts de la Chine pour dominer ce secteur ? Troisièmement, la Chine, est elle-même confrontée à d’importants défis environnementaux notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en eau dans ses provinces du nord, s’appuiera sur son accord sur les objectifs climatiques – même s’il est insuffisant – pour contraindre les autres à se plier aux règles sur d’autres questions. Pour que la Chine se comporte mieux en matière d’environnement, on nous dira que nous devons nous taire sur les violations des droits de l’homme et les agressions territoriales.

« Les forts font ce qu’ils peuvent » est le principe directeur de la Chine ces jours-ci. Le plus grand nombre possible d’autres pays doit faire front commun pour l’empêcher de saper les valeurs démocratiques libérales dans son voisinage et dans le monde entier.

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