La future filière hydrogène, à l’ombre de l’atome (1) La ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili au Sénat, en juillet 2020.

La future filière hydrogène, à l’ombre de l’atome

ABONNÉS • Le gouvernement a annoncé 7 milliards d’euros pour bâtir une filière industrielle dans l’hydrogène. Les entreprises se mobilisent, mais la stratégie de transition énergétique du gouvernement menace de limiter la portée de cette ambition (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

7 milliards d’euros pour mettre sur pied une filière industrielle : c’est l’une des ambitions de la « Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné en France » dévoilée le 8 septembre 2020 par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et Barbara Pompili, ministre de l’Écologie.

À la base, un impératif. « L’Allemagne a imposé le sujet de l’hydrogène en présentant son plan doté de 9 milliards d’euros, en juin. La France s’est rendu compte que l’enjeu allait au-delà de ses propres besoins énergétiques pour devenir un sujet économique majeur » analyse Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre Énergie & Climat à l’IFRI, institut français des relations internationales. L’hydrogène constitue un enjeu pour de nombreux pays, pour atteindre la neutralité carbone en 2050 pour les signataires de l’Accord de Paris, ou la souveraineté énergétique. Et Bank of America estime que le marché devrait progresser de 5000 % d’ici 2026. Aujourd’hui, déjà 120 millions de tonnes d’hydrogène sont produites chaque année dans le monde[1]. Pour l’heure, l’hydrogène est essentiellement utilisé par des industries (raffinerie, chimie…), sous forme carbonée, à base d’énergies fossiles, dite « grise ». L’enjeu actuel : l’hydrogène obtenu à partir d’eau et d’électricité bas carbone (nucléaire), dit « décarboné » ou à base d’ENR (énergies renouvelables) dit « vert ». Ses usages potentiels sont en effet nombreux : remplacement de l’hydrogène gris, mobilité (via des piles à combustible), vecteur et stockage d’énergie.

Dans ce contexte, la stratégie française vise trois priorités : émergence d’une capacité de production d’hydrogène décarboné de 6,5 GW par électrolyse en 2030, développement du marché de la mobilité lourde (trains, avions, bus…), recherche et formation. Les défis industriels sont colossaux : le coût de production de l’hydrogène décarboné est aujourd’hui encore très largement supérieur à celui « gris » (4 à 5 euros le kilo contre 1,5 à 2,5 kg). Et le coût total de possession d’un véhicule hydrogène reste supérieur de 20 à 50 % à celui thermique, d’après le ministère de l’Écologie. « L’approche de la stratégie, équilibrée entre l’offre et la demande, consiste à faire émerger les besoins sur le territoire, qui puissent être remplis par des technologies maîtrisées et avec des moyens de production localisés » d’après Bercy. Le financement initial (3,4 milliards d’euros d’ici 2023) passe essentiellement par des subventions et un mécanisme de compensation des prix de l’hydrogène décarboné, par rapport au gris (en cours d’élaboration).

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