La crise pandémique n’épargne pas l’économie sociale et solidaire - icono © Jack Frog - Shutterstock

La crise pandémique n’épargne pas l’économie sociale et solidaire

Souvent promue comme un modèle à suivre pour l’après-crise, l’ESS (économie sociale et solidaire) a subi des dégâts, plus que lors des années 2008-2010.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

« L’ESS a été touchée par la crise. Toutefois, s’agissant d’une crise entraînant l’arrêt de l’activité économique, les entreprises de l’ESS, qui sont présentes dans la quasi-totalité des secteurs économiques, ont été très diversement impactées. La situation est très différente de celle de 2008, où l’immense majorité de l’ESS avait été préservée grâce à son mode de financement essentiellement endogène et donc indépendant des soubresauts des marchés financiers », explique Jérôme Saddier, président d’ESS France, qui représente le secteur. Ainsi, en 2020, dans le domaine de la distribution alimentaire, l’activité de grandes sociétés coopératives comme Leclerc a plutôt bénéficié de la crise, compensant la baisse des ventes des autres produits. A contrario, les entreprises de l’ESS agissant dans les secteurs qui ont subi des fermetures administratives ont été durement impactées. C’est notamment le cas dans le sport, la culture, le tourisme ou les activités périscolaires. Et c’est également le cas de celles qui travaillent en sous-traitance pour des industries comme l’aéronautique. Situation paradoxale, certaines structures, comme les établissements hospitaliers à but non lucratif, ont été fortement sollicitées pour accueillir les patients atteints par la Covid-19. Mais leur trésorerie a été mise à l’épreuve par la diminution de leurs activités usuelles. Et les associations ont vu fondre leurs revenus d’activité, lesquels représentent 68 % de leurs ressources, pour celles qui ont des salariés. D’après Bercy, 5000 associations voient leur existence menacée.

Pour s’en sortir, des acteurs de l’ESS ont fait évoluer leur activité, à l’image des structures d’insertion par l’activité économique. Après avoir dû renoncer à accueillir leurs bénéficiaires, certaines d’entre elles se sont converties dans la production de masques. Et la solidarité nationale n’a pas fait défaut : les ménages qui avaient déjà fait un don en 2019 en ont augmenté le montant en 2020, d’après le baromètre de la solidarité de la Fondation Apprentis d’Auteuil.

Mobilisation de la générosité

Dans le même sens, « la crise a généré une mobilisation importante de la générosité. 85 % des fondations ont maintenu leurs financements auprès des associations qu’elles soutiennent, y compris si elles étaient à l’arrêt », précise Laurence de Nervaux, responsable du développement de la philanthropie à la Fondation de France. L’État aussi s’est mobilisé : un fonds Urgence ESS de 30 millions d’euros a été mis sur pied et une quinzaine d’appels à projets sont fléchés vers l’ESS dans le cadre du plan France Relance. Par ailleurs, les acteurs de l’ESS sont également éligibles aux dispositifs généraux de soutien aux entreprises, comme le chômage partiel ou le fonds de solidarité. Mais ses modalités, conçues pour les entreprises conventionnelles, en rendent parfois l’accès difficile ; par exemple, en demandant au requérant de fournir son chiffre d’affaires – une notion étrangère aux associations. Un signe de la difficulté à appréhender l’ESS, pourtant considérée comme un levier économique et social prometteur dans les politiques publiques. •

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