La confiance, le chaînon manquant de la relance La perte de confiance dans les institutions, de l’Ancien Testament au XXIe siècle. (Ici, l’adoration du Veau d’Or sur la porte de la cathédrale de Zurich).

La confiance, chaînon manquent de la relance

La pandémie et la récession dues à la Covid-19 sont sans précédent à bien des égards. Il en va de même pour les réponses apportées par les organisations scientifiques et les institutions financières. Toutefois, dans un contexte de méfiance croissante du public, on ignore combien de temps ces interventions pourront être maintenues.

La confiance est un élément clé de la relance après la pandémie et la récession. Ces dix dernières années, la confiance des citoyens en les gouvernements, les institutions publiques, les institutions privées et les uns envers les autres a diminué dans bon nombre d’économies avancées. Le prix de l'or s’est enflammé ces derniers mois comme c'est souvent le cas dans les périodes de profonde incertitude.

Aujourd'hui, le niveau de confiance est au plus bas et ce n'est pas une surprise. La crise actuelle est non seulement mondiale et inédite à bien des égards, mais elle est également très ambiguë. Alors que la crise sanitaire s'est aggravée et a provoqué l'effondrement de l'économie réelle, les marchés financiers ont connu un boom. Tout comme la crise financière mondiale de 2008, la pandémie due à la Covid-19 a considérablement réduit la confiance du public envers l'expertise. Les théories du complot et les discours politiques rejettant la science se sont multipliés. Si le public ne fait pas confiance aux conseils des scientifiques et des experts financiers, la crise se prolongera.

La confiance peut être instaurée, mais seulement si l'on s'engage dans la voie d'un nouveau modèle économique et institutionnel. Cela implique de s'attaquer de front au scepticisme croissant du public envers les principales institutions telles que les banques centrales, les organisations financières internationales, l'Organisation mondiale de la santé, les universités et les grandes entreprises technologiques. Les populistes et les personnes en marge de la société ne sont plus les seuls à avoir ce genre de doutes. Aux États-Unis, 30 % pensent que le virus SRAS-CoV-2 a été créé en laboratoire et 35 % disent qu'ils refuseraient un vaccin.

Parallèlement, les décideurs politiques se demandent jusqu'où la politique budgétaire et monétaire peut et doit aller pour soutenir l'économie. Depuis sa relance en mars, le programme d'assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine a permis d'acheter des actifs à un rythme de 2 milliards de dollars par heure. Quels sont les effets en aval d'une telle politique ? Et pendant combien de temps encore Wall Street pourra-t-elle braver la gravité alors que Main Street est en chute libre ?

Mobilisation de ressources inédite

C'est la première fois qu'autant d'argent a été mis à la disposition de tant de personnes aussi rapidement. En quelques mois seulement, nous sommes déjà allés bien au-delà de ce qui était prévu pour la période post-2008. La mobilisation de ressources financières (tant quantitativement que qualitativement) à cette échelle a démontré la capacité de la finance à protéger ou à réorienter des économies entières. Toutefois, en mettant en évidence le fossé croissant entre Wall Street et Main Street, elle a également suscité des défis politiques.

Cette situation ne pourra durer que tant que la confiance dans le système sera suffisante. Si la confiance du public dans les banques centrales devait soudainement s'évaporer, le système financier s'effondrerait. De même, si un nombre suffisant de personnes refusaient soudainement de tolérer l'enrichissement continu d'une minorité alors que la majorité s'appauvrit, la démocratie libérale serait elle aussi en péril.

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Restaurer la confiance du public

Les mêmes messages d'avertissement peuvent être émis dans le domaine des sciences. La recherche et le partage des données n'ont jamais été aussi rapides avant la pandémie. Jamais auparavant autant de personnes provenant d'autant de pays ne se sont réunies pour poursuivre le même objectif, à savoir la mise au point d'un vaccin sûr et efficace. Cette mobilisation de masse est à la fois passionnante et inquiétante, compte tenu du présent contexte.

À court terme, la méfiance croissante envers les experts médicaux menace l'efficacité de la vaccination contre la Covid-19. Suite au récent volte-face quant à l'utilisation de l’hydroxychloroquine pour traiter les patients atteints du virus, la confiance du public envers ses dirigeants s'est encore affaiblie. En outre, les rapports selon lesquels l'administration du président américain Donald Trump a entravé le travail des organismes de santé publique ont contribué à justifier ces doutes.

À l'échelle mondiale, la question se pose également de savoir si les vaccins seront distribués de manière équitable et en fonction des besoins réels. Dans un contexte plus large de baisse de confiance envers l'expertise, on peut se demander si les niveaux actuels de financement de la recherche en science et en médecine seront maintenus. La recherche scientifique et technologique sera essentielle pour résoudre divers problèmes tels que le changement climatique ou les inégalités. Il existe un besoin grandissant pour des dispositifs médicaux intelligents, des systèmes d'apprentissage à distance et de nouveaux médicaments et antibiotiques afin d'éviter de futures crises de santé publique.

Compte tenu des risques, nous ne pouvons tout simplement pas permettre que la confiance du public diminue davantage. Pour les dirigeants du monde de la finance et des sciences, la tâche consiste maintenant à élaborer des règles de conduite transparentes et solides de sorte que les processus décisionnels soient clairs et évaluables pour les responsables politiques, les médias et le grand public. Le but ultime devrait être de redonner du pouvoir aux gens et de restaurer leur confiance. Cela signifie qu'il faut expliquer les enjeux, développer une véritable responsabilisation et reconnaître ce qui ne fonctionne pas. Dans un environnement médiatique de plus en plus enclin à la désinformation et à une réflexion à 280 caractères, les dirigeants du monde de la finance et de la science doivent faire participer le public de manière proactive.

Il ne faut cependant pas se bercer d'illusions en pensant que le système a simplement besoin d'être rafistolé. Une restructuration complète est nécessaire pour s'assurer que nos institutions servent le bien commun. Les relations entre les experts et le public ne doivent plus être fondées sur un modèle de boîte noire du type à prendre ou à laisser, selon lequel la science et les finances s'auto gouvernent.

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