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La Chine va-t-elle dominer l’intelligence artificielle ?

La pandémie de Covid-19 a permis de mesurer les capacités respectives des États-Unis et de la Chine à déployer l’intelligence artificielle pour résoudre des problèmes du monde réel. Malgré leur importante avance, les performances des États-Unis n’ont pas vraiment inspiré confiance.

La Covid-19 est devenu une épreuve sévère pour les pays du monde entier. Qu’il s’agisse de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, de la capacité des soins de santé, de la réforme réglementaire ou de la relance économique, la pandémie a impitoyablement puni les gouvernements qui n’ont pas pu s’adapter rapidement. Le virus a également permis de lever le voile sur l’une des plus importantes compétitions de ce siècle : la rivalité entre les États-Unis et la Chine pour la suprématie en matière d’intelligence artificielle (IA). Les Américains devraient s’alarmer : la Chine les dépasse déjà sur les points les plus importants. La plupart des Américains pensent que l’avance de leur pays en matière de technologies de pointe est inattaquable.

Et nombreux sont ceux qui, dans la sécurité nationale américaine, insistent sur le fait que la Chine ne pourra jamais être plus qu’un «adversaire de force presque égale» en matière d’IA. En fait, la Chine est déjà un concurrent à part entière en termes d’applications commerciales et de sécurité dans le domaine de l’IA. La Chine n’est pas en train d’essayer de maîtriser l’IA : elle la maîtrise.

Au cours de la dernière décennie, les avantages de la Chine en termes de taille, de collecte de données et de détermination stratégique lui ont permis de combler l’écart avec le secteur américain de l’IA. L’avantage de la Chine commence avec sa population de 1,4 milliard d’habitants, qui offre un réservoir de talents inégalé. Le plus grand marché intérieur du monde représente un volume massif de données collectées par les entreprises et le gouvernement dans un système politique qui place toujours la sécurité avant la vie privée. Or, l’un des principaux prérequis de l’IA, c’est la quantité disponible de données de haute qualité. Si les données sont le nouveau pétrole, la Chine est devenue l’Arabie saoudite du XXIe siècle.

IA contre virus

La pandémie de Covid-19 a révélé la capacité de chaque pays à mobiliser l’intelligence artificielle à grande échelle en réponse à une menace pour la sécurité nationale. Aux États-Unis, l’administration Trump affirme avoir déployé une technologie de pointe dans le cadre de sa « guerre » déclarée contre le coronavirus. Mais, pour l’essentiel, l’IA est utilisée comme un mot à la mode, qui permet de « buzzer ». Il n’en va pas de même en Chine. Pour arrêter la propagation du virus, la Chine a confiné toute la population de la province de Hubei - 60 millions de personnes. Elle a maintenu ce cordon sanitaire massif en utilisant des algorithmes améliorés d’IA pour suivre les mouvements des résidents et augmenter les capacités de test pendant que de nouvelles installations de soins de santé de grande envergure étaient construites.

L’épidémie a coïncidé avec le Nouvel An chinois, une période propice aux voyages. Mais les grandes entreprises technologiques chinoises ont réagi rapidement en créant des applications dotées de codes « d’état de santé » pour suivre les déplacements des citoyens et déterminer éventuellement la nécessité d’une mise en quarantaine. L’IA a ensuite joué un rôle essentiel en aidant les autorités chinoises à appliquer les mises en quarantaine et à effectuer une traçabilité rapide des contacts. La capacité et la volonté de la Chine de déployer ces technologies à des fins stratégiques a renforcé son pouvoir d’action. Grâce à leurs ensembles de données à grande échelle, les autorités de Pékin ont réussi là où le gouvernement de Washington a échoué.

Les guerres à l’avenir seront basées sur l’IA

« Celui qui a l’avantage concurrentiel en matière d’intelligence artificielle et qui peut mettre en œuvre des systèmes informés par elle, pourrait très bien avoir un avantage concurrentiel global » analysait en 2018 Joseph Dunford, alors président de l’état-major interarmées américain.

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La Chine est-elle destinée à gagner la course de l’IA ? Avec une population quatre fois plus importante que celle des États-Unis, il ne fait aucun doute qu’elle disposera du plus grand marché intérieur pour les applications d’IA, ainsi que de beaucoup plus de données et d’informaticiens. Et comme le gouvernement chinois a fait de la maîtrise de l’IA une priorité de premier ordre, on peut comprendre que les États-Unis soient pessimistes.

Pour relever le défi, la première étape consiste à reconnaître que les États-Unis sont confrontés à un concurrent sérieux dans une course qui aidera à décider de l’avenir. Les États-Unis ne peuvent pas espérer être les plus grands, mais ils peuvent faire levier sur l’ouverture d’une société démocratique. Dans la recherche des technologies les plus avancées, ce sont sans doute les 0,0001 % d’individus les plus brillants qui font la différence. Alors que la Chine peut mobiliser 1,5 milliard de locuteurs du chinois, les États-Unis peuvent recruter et exploiter les talents des 7,7 milliards de personnes dans le monde.

Coopération ou co-destruction ?

Tout en nous efforçant de maintenir l’avance des États-Unis en matière d’IA, nous devons également reconnaître la nécessité d’une coopération dans des domaines où ni les États-Unis ni la Chine ne peuvent garantir leurs propres intérêts nationaux fondamentaux sans l’aide de l’autre. La Covid-19 en est un exemple. La pandémie menace les intérêts nationaux de tous les pays, et ni les États-Unis ni la Chine ne peuvent la résoudre seuls. Un certain degré de coopération est essentiel pour la mise au point et le déploiement à grande échelle d’un vaccin, et il convient de se demander si un principe similaire s’applique au développement de l’intelligence artificielle.

L’idée que les pays puissent se faire concurrence et coopérer en même temps peut sembler contradictoire. Mais dans le monde des affaires, c’est tout à fait normal. Apple et Samsung sont de grands rivaux sur le marché mondial des smartphones, et pourtant Samsung est aussi le plus grand fournisseur de pièces pour iPhone. Même si l’IA et d’autres technologies de pointe laissent entrevoir une compétition stérile entre les États-Unis et la Chine, la coexistence est toujours possible. Cette situation peut être inconfortable, mais elle est préférable à la co-destruction.


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