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La bosse des affaires et les gènes des entrepreneurs

Nombreux sont ceux qui se lancent dans l’entreprenariat en rêvant d’être les nouveaux Steve Jobs, Marck Zuckerberg, Marc Simoncini ou Xavier Niel. Selon l’Insee en France, 691 000 entreprises ont été créées en 2018, battant le précédent record de 2017. Mais est-ce pour autant si accessible ? Quelles prédispositions génétiques et environnementales peuvent pousser à l’entrepreneuriat ?

« Un entrepreneur, c’est quelqu’un qui se jette d’une falaise et construit un avion sur le chemin de la descente » : rien ne symbolise mieux la particularité et la difficulté du métier d’entrepreneur que la célèbre phrase du co-fondateur de LinkedIn Reid Hoffman. Dès lors, pour étudier l’entreprenariat, les chercheurs s’intéressent à la fois aux traits de caractères, aux biais comportementaux et aux contextes décisionnels des entrepreneurs. Cette citation illustre un paradoxe, même si les cerveaux des entrepreneurs sont physiologiquement similaires à ceux d’autres personnes, ils semblent gérer le risque, l’incertitude et la pression différemment. Pour quelles raisons un individu se décide-t-il à devenir entrepreneur, par quels mécanismes cognitifs ?

L’origine des prédispositions, ou de la préférence, pour l’entreprenariat d’un individu peut être soit environnementale (avoir des parents, ou des proches entrepreneurs par exemple), soit génétique. Dans ce cas, les chercheurs s’interrogent sur la proportion d’héritage génétique qui peut influencer l’entrée dans l’entreprenariat. En particulier, la recherche en management s’est concentrée sur deux phénotypes, c’est-à-dire un ensemble de traits de caractères d’un organisme, qui caractérisent l’entrepreneur : la prédisposition à s’engager dans l’entreprenariat et la prédisposition à découvrir et à identifier de nouveaux business.

Un gène de l’entrepreneriat…

Dans plusieurs études sur les jumeaux, Nicos Nicolaou, Zhang et d’autres chercheurs ont montré que la part d’héritabilité du goût pour l’entreprenariat est différente en fonction du pays d’origine. En effet, cette dernière est plus élevée aux États-Unis qu’au Royaume Uni. En outre, les femmes entrepreneures montrent une plus grande part d’héritabilité que les hommes, qui sont davantage conditionnés par leur environnement. Aussi, plusieurs recherches se sont penchées sur les gènes spécifiques qui peuvent déclencher l’aventure entrepreneuriale. Toutefois, comme Quaye et d’autres l’ont démontré, même si ces études mettent en lumière certains gènes comme possibles déclencheurs, leur effet est très limité. En effet, bien que les facteurs génétiques soient à prendre en compte, ils ont une amplitude mesurée. Dans une étude sur les jumeaux, Lindquist et d’autres ont démontré que des enfants d’entrepreneurs ont 60% de chances en plus de le devenir à leur tour. Plus intéressant encore, chez les enfants adoptés, cette influence est encore plus importante.

… ou une hormone des fusions-acquisitions ?

Deux systèmes exercent un contrôle sur le corps humain : le système nerveux et le système endocrinien. Quand le premier coordonne nos actions avec notre environnement et la communication rapide entre nos organes, le deuxième régule des processus longs par le biais d’hormones. L’une d’elles est particulièrement étudiée dans ce contexte : la testostérone. Généralement associée à la masculinité, les femmes en produisent également dans de moindres quantités. Un excès de testostérone pourrait inciter davantage à se lancer dans l’entrepreneuriat.

De manière générale, la testostérone est connue pour son influence sur la dominance perçue. Par exemple Dixon a montré que les hommes avec des visages « masculins » ont un accès accru aux ressources car ils sont perçus comme plus dominants et agressifs par leurs compétiteurs.

En neurofinance, de nombreuses études ont démontré les effets négatifs de la testostérone sur la prise de risque et les performances des agents de marchés des investisseurs individuels, et même des entrepreneurs. Dans une étude de 2016, Bönte et d’autres mettent en lumière la relation entre la testostérone, la prise de risque générale mais aussi des choix d’investissements et de carrières risqués. D’autres articles académiques ont aussi relié cette hormone à de moindres performances, l’accroissement de l’endettement et une hausse des politiques d’acquisition des entreprises.

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Mesurer la testostérone

Deux méthodes existent pour mesurer les taux de testostérone : une méthode dite invasive et une non invasive. Quand la première nécessite de prélever des échantillons sanguins ou salivaires, la deuxième s’appuie sur des proxys pour mesurer l’exposition prénatale à la testostérone. Pour cette dernière technique, deux outils sont principalement utilisés : l’indice de Manning (ou indice 2D :4D) qui calcule le rapport entre la longueur de l’index et de l’annulaire et le rapport entre la largeur et la hauteur du visage. Ce dernier se calcule en divisant la partie la plus large du visage par la distance entre les sourcils et la lèvre supérieure.

L’entrepreneur, entre exploitation et exploration

Les entrepreneurs doivent à la fois être en mesure de découvrir des opportunités et de les exploiter pour en créer de la valeur. Laureiro-Martinez a divisé ces tâches en deux groupes entre lesquels les entrepreneurs doivent perpétuellement jongler : l’exploration et l’exploitation. Ce chercheur a trouvé que les décisions liées à l’exploitation activent les régions du cerveau aussi impliquées dans la réception de récompenses sûres. À l’opposé, les tâches exploratoires font appel aux régions de l’attention et du contrôle. De plus, même si la plupart d’entre nous suivent ce schéma mental, les entrepreneurs se différencient en montrant une plus grande activité des régions cérébrales liées aux tâches exploratoires.

Dans une autre recherche, Ortiz-Terán et d’autres ont expliqué les particularités que peuvent revêtir les fondateurs de sociétés. Selon eux, les entrepreneurs fondateurs décident en moyenne plus rapidement, se focalisent plus sur la recherche de nouvelles opportunités (et laquelle poursuivre) et consacrent plus de temps à évaluer leurs décisions que les autres dirigeants d’entreprises.

À ce jour cependant, très peu d’études ont étudié le processus décisionnel des entrepreneurs. Une des principales raisons est liée à la lourdeur des procédures expérimentales de telles recherches. En effet, les expérimentations traditionnelles se conduisent en groupes dans lesquels plusieurs sujets participent ensemble à un jeu. À l’opposé, les études neuroscientifiques nécessitent d’être conduites individuellement. Elles sont donc plus consommatrices de temps et plus contraignantes.

De l’étude des jumeaux à la bio-informatique

Pendant longtemps, les études sur la génétique se sont limitées à l’étude des jumeaux, plus particulièrement en Suède. En effet, ce pays détient la plus grande base de données connue sur les jumeaux. Ces études reposent sur la possibilité pour des jumeaux d’être identiques ou fraternels (« identiques » ou « faux jumeaux »). Quand les premiers sont issus du même ovule et partagent tous leurs allèles (la copie d’un même gène), les seconds sont issus de deux ovules différents et ne partagent donc que 50% de ces allèles. En outre, ces études utilisent l’hypothèse d’environnement égal (les jumeaux identiques et fraternels partagent un environnement familial équivalent). Ainsi, l’absence de différences entre les deux types de jumeaux pour un trait en particulier met en lumière l’absence de facteur génétique. Cette technique comporte de nombreux biais. C’est pourquoi depuis l’émergence de la bio-informatique, les recherches en génétique s’intéressent surtout à l’étude du génome dans son intégralité pour tenter de détecter quel gène, ou quels groupes de gènes sont associés à un trait de caractère spécifique.


La neurofinance s’apparente à un croisement entre la finance et la neuroscience cognitive.

Son objet principal est l’évaluation et la détermination des influences potentielles de différents facteurs cognitifs tels que la connaissance, la mémoire, le langage et l’attention sur la prisede décisions financières. Elle démontre que les opérateurs financiers agissent de façon irrationnelle du fait de leur physiologie ou métabolisme.Les dérèglements financiers des marchés semblent relever tant de la complexité des systèmes nerveux que des systèmes émotionnels des opérateurs

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