IMG_2178

L’Oxy, un romorantin entre dans la cour des grands

Trouver l’équilibre parfait. Ce pourrait être l’ambition de toute une vie, mais plus prosaïquement c’est souvent une question de chance. C’est par hasard qu’est née la cuvée L’Oxy du vigneron Cyrille Sevin. Un cour-cheverny qui hisse le cépage romorantin dans la cour des grands.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

En cette année 2015, ses raisins issus de vignes vieilles de 80 ans regorgent de sucre. Trop de sucre. Cyrille Sevin décide de laisser les raisins dans les muids le temps nécessaire aux levures pour faire leur œuvre. Les vins y resteront 4 ans ! Et Cyrille Sevin a l’intuition de ne pas remplir les muids à mesure de l’évaporation des vins laissant ainsi une jolie part aux anges. Résultat, son cour-cheverny s’oxyde doucement. Option risquée, car l’oxydation demande une grande maîtrise pour ne pas virer à la madérisation. Mais Cyrille Sevin est joueur, persuadé que son vin va trouver en lui-même suffisamment de fraîcheur et d’acidité pour atteindre son équilibre. Transformer un romorantin en savagnin, tenter de faire à Cheverny un rival de Château-Chalon ? Ne nous emballons pas.

L’héritage de François 1er

Mais prenez le temps de découvrir ce cépage méconnu. Le romorantin a été planté en Val de Loire par François 1er pour agrémenter la vie de cour dans le château de Chambord et dans son palais onirique de romorantin, les deux derniers rêves inachevés de Léonard de Vinci. Ce cépage plonge donc ses racines dans une belle histoire. Quelques siècles plus tard, le paysage tranquille de Val de Loire n’a guère changé. Installé à Mont-près-Chambord depuis 2008, Cyrille Sevin, ancien professeur de mathématique, a décidé de donner vie à des vins différents. Il travaille ses vignes avec soin et élève ses vins en respectant la nature. L’Oxy est une expérience unique, qui n’a pas encore été renouvelée. La bouteille a trouvé un équilibre rare entre un château-chalon aux effluves de noix, un grand riesling aux relents pétroles et la rectitude du silex d’un sauvignon de pouilly fumé. La couleur dorée change avec la matière un peu trouble. Le vin est bio, mais contrôlé avec un léger entrant de soufre. Dès l’attaque en bouche, on découvre une belle droiture qui laisse s’épanouir des notes végétales et miellées. La finale laisse persister une belle tension. Le vin accompagne merveilleusement les asperges qui poussent sur le même sol sablonneux de Mont-près-Chambord ou de Vineuil. Mais il se révèle pleinement avec des huîtres, établissant un dialogue surprenant entre l’oxydation du vin et l’iode des huîtres.

… Et de Charles Quint

La réussite de la cuvée Oxy a donné des idées à Cyrille Sevin. Depuis trois millésimes, il tente d’élever un vin selon la méthode ancestrale de la solera, qui donne les délicieux xérès espagnols. En rapprochant le cour-cheverny du xérès, Cyrille Sevin, tente de réécrire une page d’histoire en réconciliant les deux plus grands ennemis, François I » et Charles Quint. Une cuvée à guetter avec impatience. En attendant, il est toujours agréable de déguster les autres cuvées de ce vigneron de talent. Les mêmes vignes de vieux romorantin donnent également la cuvée demi muid. Un régal. En rouge, Cyrille Sevin travaille une cuvée Bois du Bisson, sur un pinot noir puissant, structuré et très aromatique. •

Nous espérons que vous appréciez SAY.

Pour continuer votre lecture, abonnez-vous.

S'abonner

https://www.say.media/1KyR7KO