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L’odyssée à rebours de Xi

Le président chinois Xi Jinping est en passe de devenir le dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao Zedong – un changement qui se fera sentir loin à la ronde. Mais en abandonnant le principe de la direction collective et en ressuscitant l’absolutisme, le Parti communiste chinois au pouvoir est de plus en plus en décalage avec son temps.

Des changements importants jettent une ombre sur la Chine. Le système politique du pays va bientôt subir une profonde réforme, en attendant l’approbation finale (une quasi-formalité) du congrès du Parti communiste chinois (PCC) de l’année prochaine. Le président Xi Jinping, le président du Parti et le « navigateur » du pays, a décidé de suivre une nouvelle voie, en abandonnant le principe de la direction collective. Xi conduit la Chine à s’éloigner de la voie empruntée par Deng Xiaoping après la terreur de la Révolution culturelle, et à revenir à un système de gouvernement absolu par une seule personne sans limite de mandat, comme sous Mao Zedong.

D’un point de vue occidental, ces changements peuvent sembler insignifiants. Après tout, le monopole politique du PCC reste intact, ne laissant aucune possibilité de véritable démocratisation. Mais pour la Chine – qui sera bientôt la plus grande économie du monde et l’une des deux superpuissances de ce siècle (avec les États-Unis) – les récents développements signalent un retour à un passé désastreux. L’élévation formelle de Xi à la même stature que Mao implique une transition de l’autoritarisme à la dictature personnelle. Compte tenu de l’énorme augmentation de la puissance et de l’importance stratégique de la Chine depuis le règne de Mao, ce changement aura des conséquences considérables pour le reste du monde.

Pour l’instant, le PCC semble avoir réussi à combiner son système de parti unique avec le consumérisme de style occidental. L’idéologie communiste a été reléguée au second plan par la prospérité de masse et la richesse individuelle, ce qui a donné lieu à un système hybride réussi combinant des éléments d’économie de marché et d’économie d’État, le tout sous le contrôle unique et absolu du PCC.

Première économie du XXIe siècle

Certes, l’ascension rapide de la Chine, qui est passée du statut de pays en développement à celui de première économie du XXIe siècle, a eu ses revers, notamment une corruption officielle généralisée et un fossé grandissant entre les riches et les pauvres. Mais tant que le PCC maintiendra son engagement en faveur d’une promotion sociale élargie, de ses « intérêts fondamentaux » tels que le contrôle incontesté de Hong Kong et de Taïwan, et d’une influence internationale accrue, il n’y aura aucun risque réel pour son règne sur le plan intérieur.

En outre, les dirigeants du PCC ont déjà reconnu qu’il fallait faire quelque chose contre la corruption corrosive, la distribution scandaleuse des richesses, la confrontation avec l’Amérique qui a commencé pendant la présidence de Donald Trump, et le pouvoir croissant du secteur privé du pays. Des entrepreneurs à succès tels que Jack Ma, le cofondateur du groupe Alibaba, gagnaient trop d’influence (du point de vue du PCC) et devenaient trop dépendants du marché financier américain.

Lorsque certaines personnalités du secteur privé chinois osaient même exprimer ouvertement leur opposition aux politiques nationales, elles franchissaient manifestement une ligne rouge et devenaient une menace pour le contrôle de l’État (et donc du Parti) sur le secteur financier et l’économie au sens large. Pour le PCC, un changement de direction était clairement nécessaire. Selon Xi, le modèle hybride chinois qui s’est développé depuis Deng a maintenant besoin d’un réajustement fondamental et d’une réorientation sociale pour tenir compte de l’escalade de la confrontation politique avec les États-Unis et du déclin du taux de croissance de l’économie.

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Mais il reste à voir comment le modèle hybride chinois s’en sortira avec un secteur privé politiquement affaibli et un secteur public (entreprises d’État) en difficulté depuis un certain temps. La Chine continue d’afficher des chiffres de croissance impressionnants (notamment par rapport aux économies occidentales), et elle a réussi à se remettre très rapidement de la crise du Covid-19. La question est toutefois de savoir si sa trajectoire de croissance – qui continuera à s’affaiblir en raison des tendances démographiques – est suffisante pour atteindre les objectifs et les ambitions du pays.

De grands risques d’instabilité

Le changement de cap opéré par Xi consolidera-t-il le contrôle du PCC sans sacrifier le dynamisme économique du pays, ou fera-t-il dérailler l’ascension mondiale de la Chine ? S’il réussit, les débats internes de l’Occident sur la réglementation et la redistribution s’intensifieront certainement.

Dans ce contexte, Xi mise tout sur le passage d’une direction collective à l’absolutisme d’un seul homme pour une durée indéterminée – malgré les résultats désastreux de cette approche sous Mao. Le fait que la Chine, devenue un géant économique, ressuscite ce système témoigne de la faiblesse du système politique du pays. Mao a utilisé la Révolution culturelle pour s’attaquer à l’élite politique chinoise, dans le but de la détruire puis de la renouveler selon ses propres termes. Mais c’était dans les années 1960, lorsque la Chine était encore misérablement pauvre, et non une superpuissance mondiale. Sa structure de pouvoir interne et ses ambitions nationales sont de plus en plus incompatibles, et c’est là que réside le grand risque d’instabilité.

À première vue, les dictatures semblent plus décisives et plus affirmées que les démocraties, avec leurs lourds processus de délibération et de consentement. Mais ce n’est qu’une illusion, car la plupart des régimes autoritaires sont en fait consumés par la peur de leurs dirigeants de perdre le pouvoir. Plus une dictature agit sur cette peur en centralisant le pouvoir, plus l’ensemble de l’édifice devient fragile et instable.

Une véritable stabilité systémique exigerait l’approche exactement inverse : un élargissement de la base de soutien du gouvernement. C’est ce principe que la Chine est en train d’abandonner sous Xi. Cela fera de la Chine de Xi un partenaire moins prévisible.

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