KHAN Rachel©DominikTusina ©DominikTusina

L'identité c'est le vol

Comme la propriété pour Proudhon à l’époque, aujourd’hui l’identité, c’est le vol. Dans notre contexte où tout est commercial, vendable et établi, l’identité est considérée comme une propriété, un bien marchand qui nous appartient. C’est à ce titre d’ailleurs que le concept d’appropriation culturelle se déploie aussi vite. Si vous n’êtes pas « concernés », c’est-à-dire pas de la bonne couleur de peau, vous n’avez aucun droit de parler, de créer, d’enseigner sur des sujets qui ne vous appartiennent pas, dont vous n’êtes pas propriétaire.
Terrifiant.

(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

L’identitarisme est un totalitarisme

Il empêche un professeur blanc d’enseigner l’histoire de l’esclavage, ou celle de la colonisation. Si nous ne tirons pas la sonnette d’alarme, les artistes seront emprisonnés dans ce dogme dictatorial qui – par la peur du lynchage et du bad buzz – empêche les artistes de faire leur travail, d’être un autre, de se fondre dans un personnage aux antipodes de leur réalité pour livrer une évasion au monde.

Cette montée des idéologies délétères qui met la race au centre de tout est en train de tuer la création, puisqu’elle empêche les artistes de faire leur métier en leur imposant de créer uniquement dans le cadre de la communauté qu’ils sont censés représenter. Ces outils communautaristes, identitaristes et victimaires sont faits pour nous saucissonner, pour extraire de ce que nous sommes ce qui est consommable pour la « bien-pensance », pour nous contraindre à une seule souche, et par là même nous empêcher de penser en dehors de cette case dans un essentialisme morbide, qui impose une diminution de nous-mêmes. C’est une interdiction de liberté aux antipodes de tous les métiers artistiques.

Ce mouvement ne serait pas si grave si l’art et la culture, ces chemins des inattendus, de l’imprévisible et de la pensée complexe, n’étaient pas les moteurs – autant que la lumière – de nos humanités dont nous avons éperdument besoin pour recoudre le monde.

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