L’hypocrisie climatique du « monde riche » - shutterstock_2067552056 Bath, Royaume-Uni, le 30 octobre 2021 : Œuvre d'art réalisée à l'occasion de la COP26 montrant une maison rouge à la dérive dans la rivière Avon.

L’hypocrisie climatique du « monde riche »

Bon nombre des déclarations des dirigeants des pays développés lors du sommet COP26 à Glasgow sont en contradiction avec leurs politiques climatiques réelles et avec ce qu’ils disent dans d’autres contextes. Leur stratégie à courte vue ne profite finalement à personne – y compris aux puissantes entreprises dont elle sert les intérêts financiers immédiats.

C’est un doux euphémisme de dire que nombreux dans le monde sont ceux qui considèrent la conférence des Nations unies sur le changement climatique de Glasgow comme une navrante déception. Les dirigeants mondiaux – en particulier ceux des pays développés – ne parviennent toujours pas à saisir la gravité du défi climatique. Ils exhortent à l’action et à l’urgence dans leurs discours, mais poursuivent dans les faits des intérêts nationaux à court terme et font des promesses d’émissions « nettes zéro » lointaines et commodes, sans s’engager clairement et immédiatement dans l’action.

Pour aggraver les choses, les déclarations de nombreux dirigeants de pays riches à Glasgow sont en contradiction avec leurs stratégies climatiques réelles et avec ce qu’ils disent dans d’autres contextes. Ainsi, pendant que les dirigeants du G7 prenaient des engagements écologiques décevants pour plusieurs décennies, ils étaient occupés à autoriser et à permettre davantage d’investissements dans les combustibles fossiles, qui généreront une production et des émissions de gaz à effet de serre supplémentaires à moyen terme.

L’Amérique ouvre le ban

Ainsi, écoutons la voix du véritable gouvernement américain quand à Glasgow, le président Biden a déclaré que « face à la volatilité actuelle des prix de l’énergie, plutôt que d’y voir une raison de renoncer à nos objectifs en matière d’énergie propre, nous devons la considérer comme un appel à l’action ». En effet, « les prix élevés de l’énergie ne font que renforcer le besoin urgent de diversifier les sources, de doubler le déploiement de l’énergie propre et d’adapter les nouvelles technologies prometteuses en matière d’énergie propre. »

À peine trois jours plus tard, l’administration Biden affirmait que l’OPEP+ mettait en danger la reprise économique mondiale en n’augmentant pas la production de pétrole. Elle a même averti que les États-Unis étaient prêts à utiliser « tous les outils » nécessaires pour réduire les prix des carburants.

Il s’agit là de l’un des exemples récents les plus flagrants d’hypocrisie climatique de la part d’un dirigeant de pays développé, mais ce n’est de loin pas le seul. Et la duplicité s’étend aux procédures de la COP26 elle-même, où les négociateurs des pays en développement constatent apparemment que les positions des économies avancées dans les réunions à huis clos sont très différentes de leurs positions publiques.

Les pays riches, qui sont responsables de la majeure partie des émissions mondiales de dioxyde de carbone à ce jour, tergiversent sur les engagements pris de longue date de fournir un financement climatique aux pays en développement. Ils résistent également à une proposition de définition opérationnelle qui les empêcherait de truquer ce qui est considéré comme un financement climatique. Enfin, ils traitent toujours l’adaptation au changement climatique comme un flux distinct et refusent de fournir des fonds pour éviter, minimiser et traiter les pertes et les dommages liés au changement climatique dans les pays les plus touchés.

S'abonner à SAY
3écrans+4couv transparent 240 dpi

S'abonner à SAY

Profitez d'un accès illimité aux idées et opinions des plus grands penseurs du monde, y compris des lectures hebdomadaires, des critiques de livres et des interviews !  

Offre de l'été : 70€ au lieu de 78€

S'abonner maintenant !

Le double langage du monde développé

Les promesses déclarées de la COP26 révèlent aussi le double langage du monde développé. Un groupe de 20 pays – dont les États-Unis – s’est engagé à mettre un terme au financement public des projets de combustibles fossiles « non ralentis », y compris ceux alimentés par le charbon, d’ici à la fin de 2022. Mais l’interdiction ne s’applique qu’aux projets internationaux, pas aux projets nationaux. Il est significatif que les États-Unis et plusieurs autres signataires aient refusé de se joindre aux 23 pays qui se sont engagés séparément à arrêter les nouveaux projets d’énergie au charbon à l’intérieur de leurs frontières et à supprimer progressivement les infrastructures existantes.

Mais même si les engagements pris à Glasgow avaient été plus solides, les gouvernements des pays riches sont particulièrement confrontés à un problème majeur de crédibilité. Ils ont précédemment fait trop de promesses climatiques vides, sapant ainsi les intérêts des pays en développement qui ont peu contribué au changement climatique. Les économies avancées ont pris des engagements en matière de réduction des émissions qu’elles n’ont pas tenus, et sont revenues sur les assurances qu’elles avaient données aux pays en développement concernant non seulement le financement du climat, mais aussi le transfert de technologies.

L’engagement en matière de financement climatique a maintenant 12 ans. Lors de la COP15 à Copenhague, les économies avancées ont promis de fournir 100 milliards de dollars par an au monde en développement, et l’accord de Paris sur le climat de 2015 a clairement indiqué que tous les pays en développement seraient éligibles à ce financement. Ce montant est insignifiant par rapport aux besoins des pays en développement, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, mais aussi lorsqu’on le compare aux sommes considérables que les pays riches ont consacrées au soutien fiscal et monétaire de leurs économies pendant la pandémie de Covid-19.

Les promesses fondent au soleil…

Mais le monde développé n’a même pas tenu cette promesse relativement modeste. En 2019, le total des financements climatiques canalisés vers les pays en développement était inférieur à 80 milliards de dollars ; le montant moyen chaque année depuis 2013 n’était que de 67 milliards de dollars. Et ce chiffre a massivement surévalué les flux réels provenant des gouvernements des pays développés, car les financements publics bilatéraux pour le climat (qui auraient dû être fournis au monde en développement en vertu de l’accord de Paris) ont représenté en moyenne moins de 27 milliards de dollars par an. Le reste provenait d’institutions multilatérales – dont les banques de développement – et de financements privés, que les gouvernements des pays riches cherchaient à s’attribuer le mérite d’avoir mobilisés. Par rapport à cette somme dérisoire, les subventions mondiales aux combustibles fossiles ont atteint un montant estimé à 555 milliards de dollars par an de 2017 à 2019.

De même, les promesses de transfert de technologies vertes du monde riche sont devenues de simples paroles en l’air. Les gouvernements des pays développés ont permis aux entreprises nationales de s’accrocher à des droits de propriété intellectuelle qui bloquent la diffusion de connaissances essentielles pour l’atténuation et l’adaptation au climat. Lorsque des pays comme la Chine et l’Inde ont cherché à encourager leurs propres industries d’énergie renouvelable, les États-Unis – en particulier – ont déposé des plaintes auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Cette stratégie à courte vue ne profite en fin de compte à personne, y compris aux entreprises dont elle sert les intérêts financiers immédiats, car elle accélère la destruction de la planète et la vengeance de la nature sur ce qui apparaît désormais comme une humanité stupide en phase terminale. Les marches étudiantes et militantes de Glasgow contre cette approche myope sont importantes, mais elles sont loin d’être suffisantes pour forcer les gouvernements à changer de cap.

Le problème est que de puissants intérêts corporatifs sont clairement imbriqués dans le leadership politique. Les citoyens du monde entier, et en particulier ceux du nord, doivent se montrer beaucoup plus véhéments et insister pour que des mesures significatives soient prises en faveur du climat et pour que la stratégie économique change réellement, au-delà des frontières nationales. C’est le seul moyen de mettre fin à l’hypocrisie verte du monde riche et de nous sauver tous.

Lire également au sujet de la COP26 : la chine tient le monde en otage de Chris Patten

https://www.say.media/xEXa5bu