L’heure des bilans n’a pas encore sonné (1)

L’heure des bilans n’a pas encore sonné

ABONNÉS • 2011 - Début des « printemps » arabes. 2021 -L’heure des bilans ? On serait tenté de procéder de la sorte pour répartir les heurts, les malheurs et les bienfaits de mouvements de masse inédits qui ont eu lieu dans cette partie du monde pendant cette décennie. Ce serait prématuré (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

La réalité est amère. Les régimes autoritaires, du Maroc au Yémen, ont été incapables, avant et après 2011, de mener avec quelque succès la lutte contre la pauvreté, une redistribution un tant soit peu équitable des richesses, et la concorde sociale. Il existe, d’ailleurs, une similitude structurale entre les régimes autoritaires et les musulmans fondamentalistes à visée politique : leur extrême aversion de la démocratie. Car en démocratie, le souverain n’est pas un seul homme (tyran ou roi) et ce n’est pas Dieu non plus. Le souverain c’est le peuple et c’est de lui, et de lui seul que vient la légitimité.

Plus encore, la société, nous dit Paul Ricœur, « […] en tant que réseau d’institutionsconsiste avant tout en un vaste système de distribution de biens ». Précisons : des biens de toutes sortes, marchands, matériels et immatériels. Or, et il importe de le rappeler avec force, les « systèmes » sociaux et politiques arabes produisent et distribuent très inégalement les biens, en discriminant l’accès aux ressources les plus vitales (santé, protection sociale, etc.). Cela n’a pas changé en dix ans. On peut même affirmer, preuves à l’appui, que les choses se sont plutôt aggravées en matière de libertés publiques, et plus largement de droits fondamentaux.

Des forces matérielles et symboliques

Et pourtant, s’arrêter à cette analyse, ou à ce « constat objectif », ce serait laisser dans l’ombre ou négliger, car peu spectaculaires et peu médiatiques, des événements, des situations et des configurations trop éloignées de l’œil et de l’esprit du spectateur. Les mondes arabo-musulmans libèrent depuis les Printemps arabes des forces matérielles et symboliques insoupçonnées. Plus rien, ou presque, n’échappe publiquement à la critique : le statut des femmes, l’inégalité dans l’héritage entre les femmes et les hommes, l’athéisme, le statut des minorités confessionnelles, la liberté des mœurs, l’homosexualité, la séparation du pouvoir temporel et de la religion, la liberté d’expression, de diffusion et d’association, la liberté de la presse, etc.

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