L'héritage coûteux de Donald Trump Le président américain Donald Trump avant de quitter la base aérienne d'Andrews dans le Maryland le 12 janvier 2021.

L'héritage coûteux de Donald Trump

L’histoire jugera que Trump a été un président américain conséquent, dans la mesure où il a laissé l’Amérique et le monde bien changé. Il sera également considéré comme l’un des pires, sinon le pire, des présidents américains.

Il est vrai que Trump a pu accomplir des choses utiles. Sur le plan intérieur, il a encouragé des politiques telles que la réduction du taux d’imposition des sociétés qui était trop élevé ou encore l’assouplissement de certaines réglementations trop lourdes. Ces politiques ont contribué à une croissance économique robuste. En politique étrangère, il mérite d’être félicité pour avoir fait évoluer la politique américaine vis-à-vis d’une Chine de plus en plus répressive, puissante et affirmée, dans une direction plus objective et plus critique. Il a également eu raison de fournir des armes défensives à l’Ukraine, étant donné qu’une partie de ce pays est sous occupation russe.

Négocier un nouveau pacte commercial avec le Mexique et le Canada, puis persuader le Congrès de l’approuver, a été une réalisation significative. Toutefois, l’amélioration par rapport à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a été plutôt modeste et des parties importantes du nouvel accord ont été reprises du texte du partenariat transpacifique, bien plus vaste, que Trump a rejeté à tort. Les États-Unis ont également joué un rôle appréciable en facilitant la normalisation des liens entre Israël et plusieurs de ses voisins arabes, bien qu’ils n’aient pas réussi à faire avancer la question palestinienne.

Cependant, ces réalisations et d’autres encore sont éclipsées par les erreurs que Trump a commises. Trois échecs en particulier se distinguent. Le premier est le dommage qu’il a causé à la démocratie américaine. Les événements du 6 janvier 2021 où une foule de partisans de Trump a assiégé et occupé le Capitole américain, ont marqué la culmination des efforts du président pour diaboliser les médias, violer les normes établies, promouvoir le mensonge, remettre en cause l’autorité des tribunaux et rejeter les résultats d’une élection présidentielle qui a passé tous les tests de légitimité.

L’incitation à la violence et aux activités illégales de Trump a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il est certain que la faute n’incombe pas uniquement à Trump, car personne n’a forcé tant de républicains à suivre son exemple en cherchant à saper la légitimité de la victoire du président Joe Biden. Ceux qui ont rendu la tâche de Trump possible grâce à leur soutien politique et financier partagent la responsabilité de ses assauts continus aux limites essentielles au fonctionnement du système démocratique. Néanmoins, ce qui distingue cet incident de populisme américain des épisodes précédents est qu’il a été conçu depuis le Bureau ovale plutôt que de l’extérieur.

La deuxième problématique déterminante est la COVID-19. L’apparition du coronavirus et sa propagation ultérieure ont été la faute de la Chine, mais c’est la réaction inepte et inadéquate de Trump qui est à l’origine de la mort de 400 000 Américains avant qu’il ne quitte son poste. La réponse inadéquate des États-Unis a également entraîné la suppression (parfois définitive) de millions d’emplois et d’entreprises, le retard de millions d’étudiants et la perte du respect des gouvernements et des populations du monde entier pour l’Amérique.

L’administration Trump aurait pu et aurait dû faire beaucoup plus pour lutter contre le coronavirus. Bien qu’elle mérite d’être saluée pour son rôle dans l’accélération du développement des vaccins COVID-19, cette initiative a été en partie compromise par l’incapacité à assurer une distribution efficace. L’administration n’a pas apporté de messages cohérents sur la nécessité des masques de protection, n’a pas non plus veillé à ce que le personnel médical dispose d’un équipement de protection adéquat et n’a pas fourni le soutien fédéral essentiel à la mise au point de tests efficaces et performants.

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Contrairement aux mesures relativement efficaces prises par Taïwan, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne, le Vietnam et la Chine, il est évident qu’une épidémie virale ne conduit pas nécessairement à une pandémie, et certainement pas à une pandémie de l’ampleur de celle observée aux États-Unis. L’ironie de la chose, c’est que Trump craignait apparemment que le fait de donner priorité à la lutte contre la COVID-19 n’affaiblisse l’économie et ne compromette ses chances de réélection, alors qu’en fait c’est son incapacité à relever le défi qui l’a probablement conduit à la défaite.

Le troisième échec de Trump, marquant son héritage, est une politique étrangère qui a affaibli la position de l’Amérique dans le monde. Ce résultat est dû en partie aux raisons décrites ci-dessus : l’attaque contre la démocratie et l’incapacité à gérer efficacement la COVID-19.

La politique étrangère de Trump a également échoué pour des raisons qui lui sont propres. La Corée du Nord a augmenté son stock nucléaire et a construit des missiles plus nombreux et de meilleure qualité malgré la diplomatie personnelle de Trump avec Kim Jong-un. L’Iran a réduit ses délais de développement d’armes nucléaires suite à la sortie unilatérale de l’administration Trump du pacte nucléaire de 2015 (le plan d’action global conjoint). La dictature du Venezuela est plus enracinée, et la Russie, la Syrie et l’Iran ont accru leur influence au Moyen-Orient après le retrait des troupes et du soutien américain aux partenaires locaux.

Plus généralement, le retrait des États-Unis des institutions et des accords internationaux est devenu la caractéristique distinctive de la politique étrangère de Trump. Il en va de même pour ses critiques des alliés européens et asiatiques de l’Amérique, de sa sympathie pour les dirigeants autoritaires et de son indifférence aux violations des droits de l’homme. Le résultat net a été une réduction de l’influence des États-Unis sur la scène mondiale.

Trump a hérité d’un ensemble de relations, d’alliances et d’institutions qui, bien qu’imparfaites, ont créé pendant 75 ans un contexte dans lequel les conflits entre grandes puissances ont été évités, la démocratie s’est développée et la richesse et le niveau de vie ont augmenté. Adoptant un mélange de nationalisme, d’unilatéralisme et d’isolationnisme, Trump a fait ce qu’il a pu pour perturber nombre de ces relations et arrangements sans pour autant les remplacer par quoi que ce soit de meilleur.

Il sera difficile, voire impossible, de réparer ces dommages dans un avenir proche. Trump n’est plus président, mais il restera influent au sein du parti républicain et sur le plan national. Alors que le monde était déjà en plein désarroi et que l’influence des États-Unis était déjà en déclin, Trump a considérablement accéléré ces deux tendances. Le résultat final est qu’il laisse un pays et un monde dans un état bien plus grave. C’est là son triste héritage.

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