L’Alliance transatlantique après l’Afghanistan - icono Tribune officielle de l'OTAN avant la cérémonie d'ouverture du sommet de l'OTAN à Bruxelles le 11 juillet 2018.

L’Alliance transatlantique après l’Afghanistan

L’alliance transatlantique connaît une période de restauration après les dégâts causés par l’ancien président américain Donald Trump. Mais comme la sortie désordonnée de l’Occident d’Afghanistan l’a clairement montré, les États-Unis et leurs alliés européens doivent entreprendre des efforts déterminés pour se préparer aux formidables défis auxquels ils sont désormais confrontés.

Les relations transatlantiques ont rebondi après l’arrivée du président américain Joe Biden à la Maison-Blanche. Cependant, la prise de pouvoir rapide des talibans en Afghanistan et l’évacuation chaotique des ressortissants étrangers et des Afghans en danger ont assombri l’ambiance. L’inquiétude des Européens quant à la gestion du retrait afghan par Joe Biden, ainsi que les élections fédérales allemandes du 26 septembre, font de cette période un moment opportun pour faire le point sur l’alliance atlantique.

Quatre changements géopolitiques fondamentaux sont en train de remodeler les relations transatlantiques. Premièrement, bien que le lien transatlantique ait survécu à Donald Trump, sa présidence (et sa quasi-réélection) associée au populisme illibéral qui infecte également l’Europe, a exposé la fragilité de la démocratie libérale dans ses bastions historiques. Cette menace interne, plutôt que la Chine, la Russie ou l’extrémisme violent, pourrait constituer la plus grande menace pour la communauté transatlantique aujourd’hui.

Deuxièmement, même si l’élection de Biden a revigoré l’atlantisme, les fondements intérieurs de l’internationalisme américain se sont considérablement affaiblis. Les alliés de l’OTAN perçoivent le retrait trop hâtif des États-Unis d’Afghanistan comme un signe inquiétant que la politique étrangère de Biden pour la classe moyenne signifie une concentration sur le front intérieur et un repli continu des États-Unis dans le Moyen-Orient élargi. En outre, la préoccupation stratégique de l’Amérique pour la Chine pourrait signifier que les États-Unis accordent moins d’attention et de ressources à l’Europe et que l’on attend des Européens qu’ils fassent davantage pour assurer leur propre sécurité.

Troisièmement, l’Union européenne a elle-même subi des changements majeurs ces dernières années. Sa cohésion interne s’est affaiblie face à la crise migratoire, au Brexit, à la pandémie Covid-19 et à l’emprise tenace de gouvernements illibéraux en Europe centrale. Les nouvelles tensions sur la solidarité de l’Union européenne renforcent la nécessité d’un leadership allemand, mais augmentent également la méfiance des autres vis-à-vis de l’influence démesurée de l’Allemagne.

Redistribution des cartes

Le quatrième changement est l’ambition stratégique de la Chine et sa portée mondiale croissante, grâce à son initiative transnationale Belt and Road. L’alliance atlantique ne jouit plus de la domination matérielle et idéologique qu’elle avait autrefois, et doit adapter ses priorités stratégiques en conséquence.

Pour préserver sa centralité et sa cohésion dans ce paysage mondial en mutation, la communauté atlantique doit poursuivre plusieurs objectifs. En priorité, elle doit vaincre l’ennemi intérieur en s’attaquant aux sources sous-jacentes du populisme illibéral. Les conditions ne sont pas identiques aux États-Unis et en Europe, mais il est essentiel d’engager une conversation transatlantique sur la réduction de l’insécurité économique, sur l’avenir du travail à l’ère numérique et sur le redressement après la crise Covid-19. Une autre grande priorité est l’élaboration de politiques d’immigration qui répondent aux obligations morales et aux besoins économiques des États-Unis et de l’Europe, mais qui sécurisent également leurs frontières. Autrement, les appels au nativisme continueront à gagner du terrain.

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Assumer davantage le fardeau de la défense

Quant à l’OTAN et au lien de sécurité entre l’Amérique du Nord et l’Europe, les discours sur le rééquilibrage transatlantique doivent enfin devenir réalité. Les membres européens de l’OTAN, et l’Allemagne en particulier, doivent assumer une part nettement plus importante du fardeau de la défense et améliorer leurs capacités et leur état de préparation militaires. En effet, l’Allemagne doit devenir la plus forte puissance militaire conventionnelle du pilier européen de l’OTAN. Les États-Unis resteraient l’épine dorsale militaire existentielle de l’alliance, mais ils ne dirigeraient plus le spectacle. Dans le même temps, l’importance politique de la présence des troupes américaines en Europe augmenterait, rassurant les alliés européens sur le fait que plus de puissance allemande signifie plus de sécurité.

Un rôle plus actif de l’Europe en matière de sécurité va de pair avec une plus grande capacité. Alors que les États-Unis continuent de se retirer du Moyen-Orient élargi, les Européens, que ce soit par le biais de l’Union européenne ou de l’OTAN, doivent prendre une partie du relais pour contribuer à promouvoir la stabilité dans des zones de tension telles que la Libye, la Syrie, l’Afghanistan et le Nagorny-Karabakh. Une Europe plus compétente et plus active bénéficiera du soutien de l’opinion publique et deviendra un partenaire plus efficace pour les États-Unis, renforçant ainsi la relation transatlantique. À l’inverse, plus l’Europe s’en remettra aux États-Unis, plus vite les Européens perdront confiance dans l’Union européenne et plus vite la patience des Américains s’épuisera, ce qui affaiblira les liens transatlantiques.

Enfin, les États-Unis et leurs alliés européens doivent forger un front plus uni face à la Chine. Cela ne signifie pas que les Européens doivent se rallier à la vision de Biden d’un affrontement mondial entre démocratie et autocratie. Au contraire, ils devraient l’encourager à modérer sa rhétorique et à traiter la Chine comme un concurrent capable, et non comme un ennemi implacable. Comme l’Europe reste un allié important, elle peut aider les États-Unis à trouver le bon dosage entre endiguement et engagement.

Frictions autour de l’AUKUS

Mais la construction d’un consensus transatlantique ne sera pas facile. La semaine dernière encore, un fossé s’est creusé entre la France et l’administration Biden au sujet du nouveau partenariat de sécurité entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Ce partenariat prévoit l’acquisition par l’Australie de sous-marins à propulsion nucléaire auprès des États-Unis et l’annulation d’une commande en cours pour l’achat de sous-marins français. L’Union européenne a publié un document d’orientation intitulé Stratégie de l’Union européenne pour la coopération dans la région indopacifique, qui minimise la confrontation avec la Chine.

Mais l’Europe doit rejoindre les États-Unis à mi-chemin en durcissant sa position à l’égard de la Chine. Certes, le découplage économique n’est pas à l’horizon et la Chine est bien trop intégrée dans l’économie mondiale. Néanmoins, l’Union européenne et les États-Unis doivent riposter ensemble aux pratiques commerciales déloyales de la Chine et aligner leurs politiques en matière de contrôle des exportations, de rapatriement des chaînes d’approvisionnement en technologies sensibles et de réglementation des investissements chinois à l’étranger. Les démocraties atlantiques doivent également continuer à parler d’une seule voix en ce qui concerne les droits de l’homme en Chine.

En outre, une stratégie atlantique efficace pour faire face à la Chine nécessite des efforts conjoints américains et européens pour améliorer les relations avec la Russie. Le partenariat actuel entre la Chine et la Russie accroît considérablement le défi collectif qu’elles représentent pour l’Amérique et l’Europe. La poursuite de mesures de détente avec la Russie comme le proposent les dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron et le président allemand Frank-Walter Steinmeier, peut contribuer à mettre de la distance entre la Chine et la Russie. Le président Vladimir Poutine reste un interlocuteur difficile, mais il pourrait accueillir favorablement l’ouverture de l’Occident, compte tenu de la longue histoire de tensions entre la Russie et la Chine et du malaise inévitable du Kremlin à l’idée d’être le partenaire junior de la Chine.

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