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Élection américaine, risque mondial

Parce que l’Amérique est toujours plus puissante économiquement et militairement que la Russie et la Chine réunies, ses deux principaux concurrents, ses élections sont toujours importantes pour la planète. Mais jamais auparavant un scrutin n’a représenté une menace aussi grave pour le reste du monde.

Tant que Joe Biden est toujours en tête des sondages d’opinion, Trump pourrait bien essayer d’utiliser la pandémie de Covid-19 comme prétexte pour reporter ou corrompre l’élection. Il a passé l’été à essayer de dénigrer la validité des bulletins de vote par correspondance afin de délégitimer le vote anticipé du 3 novembre. Même si ces actions ont rencontré une forte résistance, Trump prépare le terrain pour mobiliser ses partisans et s’accrocher à la Maison Blanche quel que soit le résultat de l’élection.

De trois choses l’une. La réélection du président Donald Trump mettrait incontestablement en danger les États-Unis, et le monde entier avec eux. Mais il y a aussi de bonnes raisons de craindre qu’une élection serrée ne plonge les États-Unis dans une crise constitutionnelle profonde et prolongée, et peut-être dans la violence civile. Si Trump obtient la victoire au Collège électoral tout en perdant le vote populaire, comme il l’a fait en 2016, ni son adversaire, Joe Biden, ni la majorité du pays ne sont susceptibles d’accepter le résultat aussi facilement qu’Hillary Clinton en 2016 et qu’Al Gore en 2000. Et si la Cour suprême intervient à nouveau pour choisir le vainqueur, comme elle l’a fait lorsqu’elle a choisi George W. Bush plutôt qu’Al Gore, des protestations massives à l’échelle nationale semblent presque certaines. En réponse à cela, Trump déploierait presque certainement des troupes fédérales, comme il l’a déjà fait à Portland et dans d’autres villes.

Les émeutes et les pillages comme ceux qui ont eu lieu récemment à Portland et à Chicago aideront inévitablement Trump à poursuivre sa stratégie politique. Il a déjà accepté de déployer les forces du département de la sécurité intérieure dans le centre-ville de Portland pour intimider des groupes relativement petits de manifestants (pour la plupart pacifiques). Le résultat prévisible (et probablement voulu) a été une expansion des protestations et une escalade de la violence. Les images de milices de droite lourdement armées se présentant lors de manifestations pacifiques sont un signe avant-coureur de ce qui attend le pays cet automne. Le message de Trump aux banlieusards blancs de la classe moyenne est clair : voici un président qui maintient l’ordre public. Et l’utilisation de ressources fédérales pour intimider la population renforce le récit de Trump selon lequel les élections ne peuvent pas se dérouler de manière équitable et calme.

On ne peut donc qu’espérer que l’élection désignera un vainqueur décisif tant au sein du Collège électoral que lors du vote populaire. Mais même dans ce cas, le décompte du résultat final peut prendre du temps, en raison de l’augmentation massive du vote par correspondance qui est attendue. Tout bulletin de vote portant le cachet de la poste du 2 ou du 3 novembre (selon l’État) sera considéré comme valide, ce qui signifie que le résultat final ne sera connu qu’après le jour du scrutin. Pendant cette période d’incertitude, l’une ou l’autre des campagnes, ou les deux, peuvent tenter de revendiquer la victoire sur la base du décompte des votes en cours.

Ces scénarios, où les divisions internes des États-Unis débordent de plus en plus sur sa politique étrangère, constituent sans doute la plus grande menace pour la sécurité du reste du monde aujourd’hui. L’Amérique est tout simplement trop importante économiquement, politiquement et militairement pour devenir un fauteur de troubles imprévisible dans les conflits mondiaux. Son implosion politique exacerberait les risques mondiaux qui, déjà, augmentent sans cesse : pandémies, changement climatique, prolifération nucléaire, affirmation de la Chine et de la Russie…

Il n’y a aucune chance que Trump attende gracieusement dans le bureau ovale pendant des jours ou des semaines pour recevoir le décompte final. Lors d’interviews, il a déjà fait de vagues déclarations suggérant qu’il ne quitterait pas la Maison Blanche s’il perdait. Il semble s’y préparer activement. S’il va jusqu’au bout, la première superpuissance mondiale peut se retrouver face à une crise constitutionnelle prolongée, voire insoluble.

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La vieille alliance occidentale des pays démocratiques et industrialisés a commis de nombreuses erreurs au cours des dernières années, qui ont sapé sa réputation internationale. Mais aucune institution n’est plus fondamentale aux yeux de l’Occident que des élections libres et équitables. Que son dirigeant de facto tente de s’en exempter, et le reste du monde en tirera les conséquences.

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