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Égoïsme national et responsabilité planétaire

Sur fond de crise climatique et de pandémie, c’est toute la structure de notre système de coopération international qui est en train d’être remise en question. Dès lors, il faut s’extraire de la logique de compétitions entre États-nations pour mettre au cœur des relations la responsabilité commune sur la question climatique.

Les phénomènes climatiques font les gros titres de cet été. Des vagues de chaleur record ont été enregistrées le long de la côte ouest des États-Unis et du Canada, des pluies torrentielles et des inondations (qui ont fait de nombreuses victimes) en Europe centrale et le long du fleuve Yangtze en Chine, ainsi que des incendies en Grèce, en Turquie, en Italie du Sud, en Afrique du Nord et même en Sibérie. Et pour couronner le tout, les climatologues ont averti ce mois-ci que le Gulf Stream atlantique – ce courant marin qui réchauffe l'Europe occidentale - pourrait commencer à diminuer.

En outre, au milieu de ces phénomènes météorologiques extrêmes, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a publié son sixième rapport d'évaluation (qui avait été reporté en raison de la pandémie de COVID-19). Dans un langage beaucoup plus explicite que par le passé, ces experts mondiaux du climat, ont clairement pointé du doigt le rôle de l’homme dans le réchauffement planétaire.

Le rapport émet de sérieux doutes quant à notre capacité à atteindre l'objectif de l'accord de Paris sur le climat, qui consiste à limiter l'augmentation de la température à 1,5° Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Le GIEC conclut que cela est encore possible, mais uniquement si nous agissons de manière décisive et immédiate pour réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

L’impossible concertation

Malheureusement, il y a peu de chances que cela se produise. Et n'oublions pas que les objectifs de Paris sont relativement minimes et ne permettraient que de ralentir la crise climatique, sans y mettre fin de manière décisive. Les pays qui ont signé l'accord en décembre 2015 l'ont fait de leur plein gré et sont libres de fixer leurs objectifs nationaux comme ils l'entendent. Certains signataires espéraient secrètement que la crise climatique se développerait plus lentement et moins intensément qu'elle ne l'a fait. Ils ont perdu ce pari, et le temps dont nous disposons s’amenuise.

La problématique centrale de la crise climatique est que nous devons nous appuyer sur un système mondial fondé sur l'égoïsme des États-nations. L'action conjointe visant à repousser une menace commune au nom de l'ensemble de l'humanité doit être menée par les voies plus sinueuses et plus anciennes de la souveraineté. L'idée d'une responsabilité mondiale pour maintenir les bases de notre survie commune est étrangère à un tel système. Le grand défi du XXIe siècle sera de faire face à ce paradoxe.

Dans son évaluation des conséquences à venir, le GIEC prévoit un chamboulement de l'économie mondiale au cours de la décennie actuelle. Les obstacles technologiques et économiques sont énormes, mais les défis politiques qui se posent ne sont pas en reste.

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Bouleversements géopolitiques à venir

Plus la crise climatique sera évidente dans la vie quotidienne des gens, plus il apparaîtra clairement que le temps nous est compté. La question va de plus en plus influencer la politique internationale, forçant un réalignement de la géopolitique traditionnelle vers une nouvelle répartition de la responsabilité planétaire commune. Après tout, aucun État - aussi puissant soit-il - ne peut résoudre ce problème seul. Cette tâche requiert la solidarité et la coopération de l'ensemble de l'humanité.

Malheureusement, l'histoire de notre espèce est avare en exemples de coopérations mondiales véritablement inclusives. Pour espérer réussir, il faudra que les grandes puissances s'unissent et entrainent les autres dans leur sillage. Cela inclut les deux superpuissances du XXIe siècle, les États-Unis et la Chine, mais aussi l'Union européenne, l'Inde et d'autres.

La rivalité actuelle entre les États-Unis et la Chine se joue principalement dans le domaine technologique, un secteur particulièrement important pour faire face à la crise climatique. L'idée que l'humanité est responsable de la planète présuppose qu'elle dispose des connaissances et du pouvoir nécessaires pour contrôler la biosphère. Nous devrons mettre en place des structures complètes pour la compilation, le partage et l'exploitation des données scientifiques - en temps réel, si possible.

S’affranchir des erreurs du passé

Mais, là encore, il n'y a aucun signe de progrès dans cette direction. Au contraire, la rivalité entre grandes puissances est redevenue le facteur dominant de la politique mondiale et des affaires internationales. L'égoïsme des États continue de régner en maître. Il n'est pas raisonnable d'attendre de deux puissances qui s'orientent vers la confrontation dans tous les autres domaines qu’elles se ménagent des espaces de coopération sur la question du changement climatique. Toute tentative en ce sens risquerait de saper, au lieu de la renforcer, la confiance mutuelle nécessaire pour faire face à la crise climatique.

Certes, l'Occident a commis de graves erreurs dans son comportement envers la Chine. Dans la poursuite de ses intérêts économiques, il a délibérément négligé les intérêts et les intentions géopolitiques de l’empire du milieu. Mais nous ne devons pas continuer à répéter les erreurs du passé. Tout comme nous ne devons pas revenir à l'ancienne politique occidentale envers la Chine, qui est défectueuse, nous ne devons pas non plus nier que la crise climatique doit être au cœur stratégique de la politique internationale de ce siècle. Sinon, c'est l'humanité tout entière qui paiera le prix de notre manque de leadership.

Ce n'est pas le moment de poursuivre la logique de puissances traditionnelle. Les grandes nations d'aujourd'hui doivent prendre des mesures pour assumer une responsabilité planétaire. Et pour réussir, elles doivent le faire ensemble.

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