Le Sens des limites Le Sens des limites, Monique Atlan et Roger-Pol Droit. Editions de l’Observatoire, Humensis, 2021, ISBN : 979 10 329 1621 6, 256 pages, 21 €.

De la décence commune au Sens des Limites

La journaliste Monique Atlan et le philosophe Roger-Pol Droit (également auteur de Choisir la vie dans SAY3 ) entretiennent une collaboration fructueuse. Le Sens des limites est leur troisième ouvrage commun.


« Impossible de tout emporter. Impossible et inutile. Le choix est imposé par la valise, par ses limites. Exercice de style. Le plus de possibilités dans le moins d'espace. Concision, efficacité. Sobriété d'une vie ramenée à l'essentiel, temporairement. Juste ce qu'il faut. Avec un peu d'inutile, quand même, pour la beauté du geste. Au cas où. On ne sait jamais. Et si d'aventure. Pourquoi pas, si ça tient. »

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Peu de concepts permettent de traverser l’histoire et les disciplines pour éclairer l’actualité. Dans un essai vif et passionnant, Monique Atlan et Roger-Pol Droit en détectent un, à travers un « phénomène inédit » qui affecte tous les secteurs de l’activité et interroge « les contours à venir de l’humanité » : « Ce qu’il y a de radicalement neuf n’est pas l’éternel combat […] pour dépasser les limites […] cest […] le désir obstiné de leur effacement ». Qu’il s’agisse de mondialisation, de transformation numérique, d’abolition des différences entre les intelligences animales, humaines ou artificielles, un mouvement d’envergure pour « dissoudre les limites » (perçues comme des entraves) s’opère. Un exemple est la revendication de l’inanité du genre, que ce soit dans la sexuation des individus (reconnaissance de la diversité des identités sexuelles qui ne doivent plus être réduites dans les termes d’une logique binaire), dans la langue (avec l’écriture inclusive), dans la littérature (à travers la suppression des genres littéraires). Partout, l’aspiration à la fluidité, à la mobilité, à l’indifférencié et à l’illimité agit. En réaction, notent les auteurs, une tendance inverse au durcissement des limites, au repli sur soi, au rejet de l’altérité voire à la xénophobie est à l’œuvre. Homo illimitatus et Homo limitans s’affrontent et leur combat aboutit à une impasse. Comment sortir de l’aporie ?

« Ce qui bloque la réflexion, c’est la représentation rigide de la limite-barrière, à faire sauter pour se libérer, à fortifier pour se protéger. » Pour sortir de cette logique du tout ou rien, les auteurs, après avoir mis en perspective l’évolution des principales représentations des limites, mettent l’accent sur l’idée que la limite organise la vie, sous toutes ses formes. Vie biologique, vie du langage, mais aussi vie intellectuelle, éthique, politique et sociale sont impossibles sans des limites, qui s’avèrent plus riches et complexes qu’on ne le pense. Ainsi s’élabore pas-à-pas une réflexion autour de ce qui constitue « notre ‘‘sens des limites’’ entendu […] comme un guide pour agir ». Formant le cœur de notre faculté critique, ce sens des limites exploite toute la gamme des fonctions qu’endossent les limites (qui séparent et unissent, se révèlent insuppressibles et malgré tout mobiles, interdictrices et protectrices) pour diriger notre action de manière avertie et responsable. Ne faut-il donc pas voir en lui une autre formulation possible de l’exigence éthique ?

Le Sens des limites

Le Sens des limites, Monique Atlan et Roger-Pol Droit.
Editions de l’Observatoire, Humensis, 2021, ISBN : 979 10 329 1621 6, 256 pages, 21 €

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