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Créer une relation transatlantique verte

Juillet 2020 restera dans les mémoires comme un tournant décisif. L’Europe a officiellement placé la santé climatique au centre de toutes ses grandes initiatives politiques et économiques. Cet enjeu qui unit les gouvernements européens, quelle que soit leur allégeance politique, continue de diviser profondément les États-Unis. Mais l’Europe ne peut rester seule.

En octobre 1984, jeune députée danoise, j’ai visité les États-Unis pour la première fois. Devant le Dealey Plaza à Dallas, où le président John F. Kennedy a été assassiné, j’ai pensé à la génération de mes parents, pour qui les Kennedy personnifiaient tout ce que l’Amérique représente : l’espoir, l’ambition, un leadership solide. Sans les États-Unis, l’Europe ne se serait peut-être jamais remise de la Seconde Guerre mondiale. Le plan Marshall a été un facteur majeur dans la décision du Danemark d’adhérer à l’OTAN en 1949. En tant que porte-parole de mon parti sur les questions de défense de 1984 à la fin de la Guerre Froide, je n’ai jamais douté que les États-Unis étaient notre principal ami et allié. Il y avait de nombreuses raisons à cela, mais la principale était que nous partagions les mêmes valeurs fondamentales.

Pour la génération de mes enfants, la question déterminante est le changement climatique, et non la Guerre Froide. Comme il est triste de voir l’Europe et les États-Unis si éloignés sur ce front critique. Le problème ne concerne pas seulement le président américain Donald Trump. Lorsque j’étais ministre danoise de l’environnement, puis du climat et de l’énergie, j’ai été le témoin direct de la résistance américaine, d’abord sous la présidence de George W. Bush, puis sous le premier mandat de Barack Obama, lors de la conférence des Nations unies sur le climat qui s’est tenue à Copenhague en 2009.

Mais peu après, en tant que commissaire européenne chargée de l’action pour le climat, j’ai vu à quel point l’engagement des États-Unis au niveau mondial pouvait faire la différence. En 2014, Obama a commencé à mettre l’accent sur les politiques climatiques et les investissements tout en poursuivant les discussions bilatérales avec la Chine, et ce changement de cap a finalement ouvert la voie à l’accord de Paris. Pendant un court moment, l’Europe et les États-Unis se sont retrouvés sur la même longueur d’onde.

Puis est arrivé Trump, et le retrait des États-Unis de l’accord de Paris en juin 2017. Le désengagement des États-Unis au cours des années qui ont suivi a eu des conséquences de grande envergure, car cela a permis au reste du monde de maintenir plus facilement le statu quo. Pour les partenaires européens de l’Amérique, il a été tragique de voir le pays abandonner son rôle de leader sur cette question cruciale.

Des positions diamétralement opposées

Notre point de vue d’Européens est désormais très éloigné de celui du gouvernement américain actuel. Jusqu’au confinement, une vague d’appels à la lutte contre le réchauffement climatique déferlait en Europe. Les gouvernements pouvaient de moins en moins échapper à l’exigence de responsabilité vis-à-vis de la question verte, surtout après les manifestations massives de jeunes descendus dans les rues pour exiger des mesures.

En temps normal, une crise comme la pandémie de Covid-19 aurait mis fin à cette dynamique. Au lieu de quoi, l’Union européenne a adopté un vaste ensemble de mesures économiques et politiques comportant une importante clause climatique. Au total, 30 % du budget commun de l’UE pour les sept prochaines années ainsi qu’une part importante du nouveau fonds de relance de 750 milliards d’euros ont été réservés aux investissements dans la transition verte. Tout aussi important, toutes les dépenses du budget restent compatibles avec les objectifs définis dans l’accord de Paris sur le climat.

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L’Europe est désormais la preuve vivante qu’une transition verte peut créer des emplois, de la croissance et de la richesse. La plus grande puissance industrielle européenne, l’Allemagne, tire déjà la moitié de son électricité des énergies renouvelables. La longue dépendance du Royaume-Uni à l’égard du charbon est désormais de l’histoire ancienne, et le pays génère rapidement de nouveaux emplois dans le domaine des énergies propres et d’autres secteurs verts.

Partout en Europe, les constructeurs automobiles réorientent leur production vers les véhicules électriques légers, et de nombreux autres secteurs découvrent comment les technologies innovantes à faible et à zéro émission de carbone peuvent les rendre plus compétitifs aujourd’hui et dans le futur. Les investisseurs en ont pris note, surtout maintenant que les règles de l’UE en matière de transparence sur le carbone et d’autres questions sont en train de changer.

Les décideurs européens se sont engagés à assurer une reprise verte après la crise de la Covid-19, non pas par bonté de cœur, mais en réponse aux demandes des citoyens, des entreprises et des investisseurs. Les Européens comprennent ce qu’il faudra pour réussir sur le plan économique au XXIe siècle, et les possibilités d’accroître la compétitivité et la prospérité sont clairement visibles. Ils reconnaissent qu’une transition verte ne concerne pas seulement l’énergie, mais aussi la production alimentaire, les transports, les bâtiments, ainsi que les comportements et habitudes individuels.

La question est de savoir ce qui se passera si le reste du monde ne suit pas le même chemin. Selon le consensus scientifique actuel, le changement climatique doit être traité maintenant et à l’échelle mondiale afin d’éviter une catastrophe. Cela signifie que les États-Unis doivent se joindre à la lutte. L’action climatique des grandes villes et des États américains est certes utile, mais rien ne pourra remplacer un leadership national, mené depuis la Maison Blanche.

Irremplaçable Amérique

Imaginez si les États-Unis, après l’élection présidentielle de novembre, se ralliaient à l’Europe et faisaient du changement climatique une priorité absolue. Non seulement la pression exercée sur les autres grands pollueurs pour qu’ils adoptent immédiatement la décarbonisation augmenterait, mais les amis et alliés de l’Amérique gagneraient une confiance renouvelée dans le leadership américain. 

Dans le monde entier, la confiance dans l’Amérique a été tragiquement atteinte. Mais il n’est pas trop tard pour que les États-Unis la regagnent.

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