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Créer une alliance sino-européenne pour le climat

La pandémie a mis en évidence le fait que les pays agissant seuls ne peuvent pas relever les défis les plus urgents. Mais elle a également exercé une pression considérable sur les systèmes de coopération internationale. Les États-Unis ne se concentrant que sur eux-mêmes, il est devenu crucial que l’Europe et la Chine travaillent ensemble pour trouver des solutions pragmatiques.

La pandémie de la Covid-19 a changé le monde en un laps de temps remarquablement court. Nous voici au cœur d’une crise sanitaire, économique, sociale et environnementale sans précédent. La façon dont nous y réagissons façonnera l’économie mondiale dans un avenir proche. Plus précisément, la vitesse, l’ampleur et le contenu des plans de relance actuels détermineront si nous atteignons les objectifs de développement durable des Nations-Unies (SDG) pour 2030 et ceux de l’accord de Paris sur le climat. La reprise sera un moment critique pour la coopération mondiale.

Une partie du processus devrait consister à passer de discussions diplomatiques compartimentées à des conversations plus larges qui incluent tous les participants au patrimoine mondial. Grâce à un sommet bilatéral (actuellement prévu pour décembre 2020) et à leurs plans de relance respectifs, l’Union européenne et la Chine ont une occasion unique de mener le monde dans une direction plus durable.

Feuille de route

Les bases ont déjà été établies, sous la forme du Green Deal européen et du programme chinois de « civilisation écologique ». Chacun de ces plans a des implications de grande portée pour le reste du monde. Pour sa part, le Green Deal européen offre une feuille de route pour atteindre des émissions nettes de zéro d’ici 2050 et pour rendre l’économie de l’UE à la fois durable et compétitive au niveau mondial. Même face aux crises sanitaires et économiques, malgré les débats internes intenses sur la solidarité financière, l’Europe est restée déterminée à progresser dans cette voie.

Les gouvernements européens ont adopté cette approche parce que leurs citoyens l’ont exigée et parce qu’il est évidemment dans leur intérêt d’investir dans les industries et les emplois de l’avenir. Les technologies et les services sans carbone sont de plus en plus considérés comme des investissements intelligents, alors que les actifs liés aux combustibles fossiles sont déjà en voie de perdition.

De nombreuses grandes entreprises se sont lancées dans des plans visant à atteindre une production durable et la neutralité carbone. Les investisseurs et les actionnaires scrutent de plus en plus sans ménagement les entreprises qui n’ont pas encore suivi le mouvement. Cet été, les dirigeants européens ont décidé à l’unanimité que 30 % des 1 800 milliards d’euros prévus pour le fonds de relance de l’UE, ainsi que du budget de l’Union pour les sept prochaines années, devraient être consacrés aux investissements verts. Le reste des dépenses devrait être « sans incidence négative » sur l’environnement et rester compatible avec les objectifs de l’accord de Paris. Et le Green Deal va désormais sous-tendre l’action internationale de l’Europe. L’UE œuvrera pour une reprise unifiée, durable et tournée vers l’avenir, en se concentrant sur l’action en faveur du climat, la digitalisation et le leadership mondial.

Engagement commun

En faisant du Green Deal un tremplin pour les autres pays qui tentent de trouver une issue à la crise Covid-19, l’approche de l’Europe ouvre la voie à une coopération plus poussée avec la Chine. Les deux puissances mondiales partagent leur engagement en faveur du développement durable. Elles ont adopté les mêmes objectifs ultimes : réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre, protéger la biodiversité et parvenir à un développement durable et équitable pour tous.

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À ce titre, toutes deux devraient faire connaître leurs stratégies politiques respectives sur la scène internationale avant la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) qui se tiendra en novembre 2021. Chacun peut donner l’exemple en augmentant ses objectifs de réduction des émissions pour 2030 à un niveau conforme à l’accord de Paris. Entre-temps, le prochain sommet UE-Chine sera l’occasion de régler des questions connexes concernant le commerce et les investissements.

Comme l’indique clairement le Green Deal, l’UE a l’intention d’adopter une taxe sur les émissions de carbone transfrontalières, en particulier dans les secteurs fortement exposés à la concurrence internationale. La taxe européenne et le rôle plus large du commerce dans la promotion de la décarbonisation seront des points essentiels à l’ordre du jour du sommet.

Financement durable

Un autre domaine d’engagement clé sera le financement durable. Outre la définition de nouveaux critères et normes comptables fondés sur le climat, la communauté internationale doit apporter son aide aux pays en développement qui ont été durement touchés par la pandémie. À cet égard, la Chine et l’UE peuvent insister sur la nécessité d’accorder à tous les pays une marge de manœuvre budgétaire et un soutien extérieur pour les investissements de relance dans le développement durable. L’échange « dette/nature » est une idée qui vient à point nommé.

En concevant un modèle plus durable que d’autres suivront, les priorités individuelles de la Chine et de l’Europe ne doivent pas nécessairement être identiques ; elles doivent simplement présenter des caractéristiques communes. Elles doivent toutes deux englober des investissements accrus dans les biens publics, des mesures visant à modifier les modes de consommation et des révisions du processus de mondialisation économique. Celui-ci suscite actuellement plus de résistance que d’adhésion, ce qui a déclenché une vague de protectionnisme.

Plutôt que de considérer les plans de relance d’aujourd’hui et les négociations de demain sur le climat et la biodiversité comme des voies séparées, la Chine et l’UE devraient élargir leur conception de la « diplomatie verte ». Le Green Deal et la Civilisation Ecologique sont des modèles pour façonner le développement national et régional ainsi que l’engagement international à long terme. En servant de base aux discussions entre les pays, ces plans peuvent et doivent devenir la pierre angulaire de la reconstruction post-pandémique mondiale. Il sera essentiel de comprendre les interconnexions entre tous les pays et tous les modèles de développement pour mettre fin aux guerres commerciales actuelles et mettre le monde sur la voie de la durabilité, de la prospérité et de la paix.

Problème mondial, solution mondiale

Bien que le multilatéralisme traverse une période difficile, l’UE et la Chine sont dans une position unique pour conduire le monde vers une nouvelle éthique de coopération. La pandémie de la Covid-19, tout comme les crises du climat et de la biodiversité, est un exemple clair de problème mondial qui appelle une solution mondiale. Mais la coopération n’aura pas lieu tant qu’il n’y aura pas d’accord sur la nécessité de revoir le modèle de développement actuel. Une croissance basée en grande partie sur l’exploitation intensive des ressources naturelles n’est plus tenable.

Il est temps que le monde se rassemble à nouveau pour forger un nouveau consensus. Nous aurons besoin de dirigeants ayant une vision et du courage, et à l’heure actuelle, ce sont la Chine et l’Europe qui sont les mieux placées pour définir l’agenda. Les deux prochaines années seront cruciales. Nous avons l’occasion de réparer un système économique brisé, de restaurer une planète endommagée, de reconstruire le contrat social et de réinventer la gouvernance mondiale. Nous ne devons pas la gâcher.

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