shutterstock_1186171534 Old city of Jerusalem on the temple mount under beautiful sunset in the evening with golden dome of the rock, sunset view from the Mount of Olives

Comprendre le nouvel ordre régional au Moyen-Orient

Les relations au Moyen-Orient, auparavant déterminées par la coalition arabe contre Israël, sont en train de se réinventer au gré des découvertes de gisement gaziers et de la montée en puissance de l’Iran. La position que les États-Unis devront adopter pour maintenir la paix dans la région nécessitent de comprendre les enjeux qui sous-tendent les récents changements géopolitiques.

Les alliances au Moyen-Orient sont en train de se transformer radicalement. Que signifie cette nouvelle configuration pour une région qui semble devoir marcher éternellement sur un chemin de crête où le moindre faux pas conduit à la guerre ?

Les changements en cours sont largement motivés par l'influence croissante de l'Iran. Les pays du Golfe, qui craignent que les États-Unis, leur allié de longue date, ne veuillent pas en faire assez pour endiguer la montée en puissance de la théocratie chiite, tendent la main à la République islamique tout en renforçant les alliances sécuritaires avec Israël. Parallèlement, les relations historiquement étroites entre les poids lourds régionaux que sont l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont de plus en plus tendues.

Mais le Moyen-Orient ne tourne pas exclusivement autour de l’Iran. En Méditerranée, la découverte de réserves énergétiques dans les eaux israéliennes, chypriotes et égyptiennes au cours de la dernière décennie a rapproché de vieux ennemis. La Jordanie a conclu un accord de 15 ans pour acheter du gaz à Israël, malgré les tensions politiques entre les deux pays.

La stratégie énergétique au cœur des relations

Même l'Égypte, riche en gaz, se fournit auprès d’Israël - un revirement par rapport à il y a dix ans, lorsque l'Égypte fournissait environ 40 % du gaz israélien - afin de renforcer sa position de hub énergétique. Simultanément, des superpuissances énergétiques telles que les Émirats arabes unis et le Qatar ont également acquis des participations dans des champs gaziers méditerranéens, dans le but de contourner leur dépendance au canal de Suez.

Aujourd'hui, une communauté énergétique de la Méditerranée orientale est en train d'émerger. Le premier forum annuel sur le gaz de la Méditerranée orientale (EMGF) s'est tenu au Caire en 2019. L'année dernière, ce forum est devenu une organisation intergouvernementale, avec un panel de membres exceptionnellement disparates : Chypre, Égypte, Grèce, Israël, l'Italie, France, Jordanie et même l'Autorité palestinienne.

L'idée que cela conduise à l'émergence d'une union politico-économique en Méditerranée orientale peut sembler farfelue. Mais l’histoire nous fournit en exemple sur des alliance motivées par la sécurité énergétique donnant naissance à une communauté stratégique régionale. L’union européenne est ainsi née de la Communauté européenne du charbon et de l'acier dans les années 1950.

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Émergence d’Israël et retrait de la Turquie

Israël, pour sa part, a de bonnes raisons de continuer à renforcer ses partenariats en Méditerranée orientale. La Grèce partage déjà l’accès à son espace aérien pour l'entraînement de l’armée de l’air israéliennes, en échange de gaz, de technologies de défense et de renseignements militaires. En avril dernier, la Grèce a accueilli un exercice multilatéral au cours duquel des avions des Etats Arabes Unis (EAU) ont volé aux côtés de chasseurs israéliens. L’État hébreux pourrait atteindre un niveau de profondeur stratégique en Méditerranée orientale qu'il n'a jamais pu obtenir au Moyen-Orient continental.

Mais un pays brille par son absence dans l’effort en matière coopération en Méditerranée orientale. La Turquie est en proie à des différends maritimes avec la Grèce pratiquement depuis l'existence de ces deux États. Ces deux pays s'affrontent aujourd’hui sur des revendications concurrentes concernant des réserves énergétiques dans les eaux contestées.

La Grèce fait partie de deux blocs qui s'opposent à la Turquie : l'un avec Chypre et l'Égypte, l'autre avec Chypre et Israël. Ce dernier groupe a convenu en janvier 2020 de construire un gazoduc en Méditerranée orientale pour acheminer le gaz vers l'Europe, réduisant ainsi la dépendance énergétique de l'Union européenne vis-à-vis des approvisionnements russes. Pour la Turquie, qui cherche depuis longtemps à se positionner au centre de tout corridor énergétique entre la Méditerranée orientale et l'Europe, c'est un revers inquiétant.

Les dessins contrariés d’Istanbul

Les relations de la Turquie avec ses alliés de l'OTAN en Europe ont déjà connu une forte détérioration. L'été dernier, des navires turcs ont pénétré dans les eaux situées entre les îles grecques de Rhodes et de Kastellorizo, ce qui a incité la Grèce à déplacer la quasi-totalité de sa flotte militaire dans la zone, un contingent naval français apportant également son soutien. Seule l'intervention de la chancelière allemande Angela Merkel a permis d'éviter un embrasement majeur.

À ce stade, la candidature de la Turquie à l'adhésion à l'UE est pratiquement enterrée. Pourtant, le pays a également été frustré dans ses efforts pour assumer un rôle stratégique de premier plan au Moyen-Orient. En 2019, la Turquie a signé un accord avec le gouvernement libyen internationalement reconnu, dirigé par le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah, pour défendre la zone économique exclusive de la Libye en vertu du droit de la mer. Instanbul cherchait en partie à s'assurer qu'aucun projet de l’EMFG dans la région ne pourrait l'exclure.

Plus largement, la Libye est devenue le théâtre d'une confrontation idéologique, dans laquelle la Turquie, avec le Qatar, favorise Dbeibah, un vieil allié des Frères musulmans et des groupes salafistes, tandis que l'Égypte et les Émirats arabes unis soutiennent le commandant de l'armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar. La Russie se bat également aux côtés des forces rebelles d'Haftar en Libye, dans le cadre d'une stratégie régionale qui se concentre autant sur l'énergie que sur la géopolitique.

Le rôle stabilisateur des États-Unis pour contrer la Russie

La Russie détient une participation de 30 % dans le champ gazier offshore de Zohr, en Égypte, et une participation de 20 % dans un cartel d’entreprises spécialisé dans l’exploration gazière au Liban. Elle a également acquis d'importantes concessions gazières auprès de son régime client en Syrie et participe à des projets pétroliers et gaziers au Kurdistan irakien. Enfin, le gazoduc TurkStream, qui approvisionne la Turquie, a été lancé l'année dernière.

La Russie espère maintenir l'UE dépendante de son gaz et créer un nouveau corridor gazier vers le sud-est de l'Europe. Mais la menace qu'elle représente pour les intérêts fondamentaux de l'Occident peut être contenue. Si la Russie est une force avec laquelle il faut compter en Méditerranée orientale, elle ne dispose pas des capacités économiques et militaires nécessaires pour jouer un rôle hégémonique.

En définitive, les États-Unis restent la principale puissance militaire du Moyen-Orient et un garant indispensable de la stabilité régionale. Et ce malgré les craintes liées à leur retrait d'Afghanistan. Avec leurs alliés de l'OTAN, ils occupent une position unique pour repousser les puissances opposées au statu quo, de l'Iran à la Turquie en passant par la Russie, et pour garantir la liberté de navigation en Méditerranée orientale.

Mais une confrontation directe n'engendrerait que le chaos, avec des résultats potentiellement catastrophiques. Pour éviter ce scénario catastrophe, les États-Unis devraient utiliser leur position unique pour convaincre l’EMFG, au sein duquel ils sont observateurs, de se réconcilier avec la Turquie, en lui offrant une certaine voie vers l'adhésion et, éventuellement, une participation à l'exploration et un accord de partage des revenus. En bref, les États-Unis doivent faire preuve de la même minutie diplomatique que celle qu’ils ont utilisé pour éviter les confrontations entre leurs propres "amis-ennemis" (alliés des États-Unis mais ennemis entre

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