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Comment la gestion d’actifs alternatifs financera la reprise

Dix ans après la crise de 2008, les gestionnaires d’actifs ont progressivement pris place aux côtés des banques dans le financement des entreprises non cotées. Cette dynamique favorable aux entreprises de taille moyenne – souvent restées le parent pauvre du financement – n’est ni acquise, ni immuable. Face à la Covid-19, la gestion d’actifs alternatifs devra répondre à plusieurs impératifs pour poursuivre une croissance durable, conserver son efficacité et la confiance de ses clients.

L’asset management – la gestion d’actifs – est devenue un des acteurs du financement des entreprises à la suite de la crise de 2008. Celle-ci constitue une rupture, qui plus de dix ans après, offre un changement profond du paysage du financement de l’économie que ce soit aux Etats-Unis, en Asie ou en Europe. Le total des actifs sous gestion des gestionnaires d’actifs intervenant sur les marchés privés, c’est-à-dire non cotés, a ainsi augmenté de 170 % au cours de la dernière décennie soit une augmentation de 4 000 milliards de dollars. Cette tendance lourde dans le monde du financement est en fait intimement liée aux besoins de financement des entreprises qui vont se voir accentués par la crise sanitaire provoquée par la pandémie.

L’assouplissement de la politique monétaire mis en œuvre par la plupart des banques centrales des pays développés depuis la crise financière s’est traduit par une baisse majeure des taux d’intérêt. Ainsi, les taux d’intérêt des principales banques centrales, ainsi que les taux à 10 ans des obligations d’État dans les principaux pays développés sont aujourd’hui proches de zéro voire négatifs. Cet univers persistant de taux d’intérêt bas a poussé les investisseurs à se tourner vers les classes d’actifs alternatifs, procurant des rendements plus élevés.

L’émergence de la gestion d’actifs alternative

En outre, le secteur bancaire a été amené à faire des arbitrages pour se défaire du risque accumulé dans ses bilans, en prenant, pour certains acteurs, le parti de délaisser des métiers comme le capital investissement, l’immobilier, ou encore le prêt aux entreprises. Les gestionnaires d’actifs alternatifs se sont alors positionnés pour poursuivre leur croissance, prendre leur part dans le financement de l’économie et ainsi asseoir considérablement et durablement leur existence.

Au sein de l’univers de la gestion d’actifs, les classes alternatives font preuve d’un fort dynamisme, représentant 16 % de l’ensemble des encours sous gestion en 2018 soit 12 000 milliards de dollars sur les 74 000 milliards que compte la gestion d’actifs dans son ensemble. Et à horizon 2023, les encours sous gestion des classes alternatives pourraient représenter 17 % des encours globaux… Dans ce contexte de forte croissance, chacune des différentes classes d’actifs de la gestion alternative bénéficient d’un fort dynamisme.

Ainsi, les métiers dits de dette privée (financement des entreprises par des prêts) ont réalisé une forte progression dans un contexte de régulations renforcées pesant sur les banques. Cette progression est particulièrement notable en Europe. L’immobilier, qui fait figure de point d’ancrage des gestionnaires d’actifs alternatifs, est également une classe d’actifs qui connaît un fort développement. Il en va de même pour le secteur des infrastructures. Enfin, le capital-investissement ou private equity s’illustre quant à lui par une surperformance quasi-constante par rapport aux marchés actions classiques. Ainsi, ce dernier a connu une croissance très importante aux Etats-Unis d’abord puis dans toutes les autres zones géographiques. En France, en 2018, les acteurs français du capital-investissement ont investi près de 15 milliards d’euros dans plus de 2000 entreprises, les fonds de dette privée ont déployé 7 milliards d’euros de financement alors que les fonds d’infrastructures gérés en France déployaient 6,5 milliards d’euros.

S’ils ne sont pas les seuls acteurs du financement de l’économie, les gestionnaires d’actifs alternatifs offrent aux entreprises des solutions de financement variées utiles à leur développement, tout en proposant des rendements attractifs aux investisseurs. Ce rôle de pont entre épargne et investissement, ancré dans la réalité quotidienne des entreprises contribue sensiblement au financement de l’économie réelle.

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Les acteurs de la gestion alternative se sont donc imposés comme des intervenants qui comptent dans le financement des entreprises, aux côtés des banques et des marchés financiers. Ils permettent à des ETI et PME, qui ont parfois plus difficilement accès à des circuits de financement traditionnels, de bénéficier de financements complémentaires pour se développer et accélérer leur croissance. Les investisseurs apportent, au–delà du financement, leur expertise et leurs réseaux pour aider l’entreprise à mettre en œuvre ses projets de développement.

Mais cette place acquise progressivement emporte des obligations. Au-delà de l’exigence dans le choix des investissements, des projets et des financements, trois impératifs majeurs doivent guider notre action en tant que gestionnaires d’actifs : la responsabilisation, via la solidité financière ; la quête de la simplicité et de la transparence ; enfin, une approche durable de la relation avec les entreprises.

En premier lieu, disposer de fonds propres constitue un atout essentiel pour susciter l’alignement des intérêts entre les gestionnaires et les allocataires d’actifs (et donc au final, les épargnants) qui confient leurs fonds. Ainsi, une société de gestion disposant de fonds propres peut en investir une part significative aux côtés de ses clients. L’alignement d’intérêts constitue alors un facteur clef de la confiance, puisqu’en cas d’erreur, le client sait que les gérants seront comme eux les premiers à en subir les conséquences. Cela permet d’aller à contrecourant de certaines tendances d’investissement et d’être indépendant en phase de retournement de cycle, et de disposer de moyens pour saisir les opportunités. Enfin, être bien capitalisé confère une solidité financière et s’inscrit naturellement dans les exigences des régulateurs qui demandent aux acteurs financiers d’être en capacité d’augmenter le volume de leurs fonds propres pour assurer la stabilité du secteur et in fine la confiance des clients.

La solidité financière chez les gestionnaires d’actifs pourrait même un jour se voir imposée de façon préventive ou à la suite d’une crise majeure - comme cela s’est passé pour les Collateralized Loan Obligations (CLO) en Europe, tristement célèbres dans leur version primitive pour leur responsabilité dans la crise financière de 2008. Cette nécessité de fonds propres pourrait également être exigée par les investisseurs comme garantie que leurs actifs seront gérés selon les meilleures pratiques.

Contribuer directement au financement de l’économie

L’objectif premier d’un asset manager consiste à capter une part de l’épargne mondiale et de l’investir dans l’intérêt de ses clients, en évitant le risque opérationnel. En rapprochant directement épargne et investissement, l’industrie de la gestion d’actifs joue donc un rôle économique et social majeur, concourant à diversifier les canaux de financement. Elle affirme également son utilité en reconnectant son activité avec le financement de long terme des entreprises. Les asset managers peuvent leur allouer des ressources financières - notamment à celles identifiées comme les plus dynamiques ou à fort potentiel de croissance - en leur prêtant des fonds, en prenant des participations au capital ou en acquérant des actifs.

Voici des opérations simples et compréhensibles pour tous. Capter et flécher l’épargne vers le financement de l’économie constituent la raison d’être et l’avenir de la gestion active. Bien sûr, il y aura toujours des « arbitrageurs » et des stratégies court-termistes, qui poussent les marchés à une certaine forme d’efficience, mais il sera difficile pour leurs promoteurs de justifier leur utilité pour l’économie et la pour société. L’expérience du Covid-19 nous rappelle que nous devons faire plus pour répondre aux vrais défis que cette crise sanitaire a contribué à rendre encore plus urgents.

Elle a permis une prise de conscience collective des failles systémiques de notre économie. Il nous semble de fait aujourd’hui évident que les solutions à mettre en place au plus vite pour rendre notre monde plus résilient aux pandémies passent par le développement d’une économie plus locale, circulaire, plus efficace et énergétiquement autonome. Et ce sont précisément ces développements qui permettront de répondre au besoin immédiat de réduction des émissions de CO2 afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C à terme.

Intégrer les critères ESG dans le financement

Pour les dix prochaines année, l’IEA estime à environ 2000 milliards d’euros le besoin de financement additionnel de notre système énergétique pour atteindre ces objectifs.

Or la seule industrie capable de mobiliser autant de capitaux de manière rapide et avec un impact immédiat est celle de la gestion d’actifs. L’épargne mondiale est très importante, plus de 80 000 milliards d’euros selon le Boston Consulting Group. L’enjeu est donc aujourd’hui de s’assurer que cette épargne soit bien utilisée et correctement fléchée vers les secteurs porteurs permettant une relance rapide de notre système économique tout en permettant notre transition vers un monde décarboné. Dans cette perspective, le secteur de la gestion d’actifs aura la lourde responsabilité d’allouer les capitaux là où ils ont un sens, via l’analyse d’une série de critères à la fois financiers (performance, croissance, rentabilité…) et extra-financiers, comme les critères environnementaux, sociétaux, et de gouvernance, appelés critères ESG.

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