Roger Paul Droit - Paysage

Chronopolis, le temps de la Cité

ABONNÉS • La politique s’inscrit-elle encore dans le temps ? Aucun horizon n’est dessiné, personne ne fait plus désirer l’avenir. Au-delà de quelques mois, quelques jours, parfois quelques heures… rien. L’urgence, oui, chacun sait qu’elle existe. La longue durée, tout le monde paraît l’avoir oubliée (paru dans SAY 4, 2e trim. 2021).

Ce fut pourtant, tout au long de l’histoire, le vrai travail du politique. Et même sa définition : l’action commune qui prend le temps en compte, ruse avec sa fuite, anticipe son passage.

Curieusement, en Occident, le rêve d’une perfection qui ferait sortir du temps a présidé à la naissance de la philosophie politique. Dans La République, Platon, le premier, forge le modèle d’une Cité immobile. Si des philosophes gouvernent, l’esprit réglé sur les Idées éternelles et immuables, alors la « Calopolis » (Belle Cité) pourra échapper à jamais aux contingences, aux perturbations, en finir avec l’histoire. En inventant la Cité de Dieu, Augustin poursuit le même rêve par d’autres moyens : par-delà les errances et les vicissitudes des aventures terrestres, une politique juste s’affirme, divine, qui va finir par régner.

Le temps s’est réimposé, sous mille formes, dans la pensée politique avec Bodin, Machiavel, Montesquieu, Rousseau, Hegel, Marx ou Tocqueville. Eux et cent autres ont dessiné des schémas différents de réformes et de révolutions, de processus à pente longue et de cassures brutales. Mais, toujours, un jeu complexe d’anticipation et d’endurance constitue la trame chronologique des gouvernances. Aucune politique ne semble concevable sans durée, sans calculs des effets immédiats et des résultats à long terme. Le calendrier est un membre inamovible de tous les gouvernements.

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