Roger Paul Droit Roger-Pol Droit

Choisir la vie

Que pèsent les propos des philosophes, qu’ils soient délirants ou sensés, face à une pandémie mondiale et à ses répercussions innombrables ? Bien peu, si l’on refuse de les surestimer en croyant qu’ils détiendraient quelque lumière décisive, dont seraient dépourvus médecins, économistes, hommes politiques. Dans l’immense flux de discours suscité depuis un an par la Covid-19, les philosophes n’ont qu’une petite voix. Encore faudrait-il qu’ils n’ajoutent pas à la cacophonie ambiante par de prétendues analyses où se trouvent bien plus de confusions que d’idées claires, de malentendus que de netteté, de préjugés que de philosophie.

Or c’est le cas, du moins chez certains. Dénominateur commun : dénoncer la menace de l’ordre sanitaire. Une forme inédite d’autoritarisme liberticide se serait abattue sur le monde. Focalisé sur un objectif unique – sauver des vies, « quoi qu’il en coûte »… – ce despotisme monomaniaque aurait mis de côtés les autres dimensions de l’existence, qui seules la rendent humaine. Relations aux autres, échanges commerciaux, emploi, santé mentale, loisirs, culture auraient été d’abord négligés, puis écornés, et finalement saccagés par les confinements et les interdits consécutifs à ce premier choix, jugé funeste : préserver la vie biologique.

Tel est l’argument central : la vie « nue » - seulement organique, physiologique, viscérale - n’est pas ce qui définit l’humain. Vouloir la protéger serait donc une régression, un renoncement à toutes ces valeurs qui firent choisir aux générations antérieures la mort plutôt que la servitude. Pire : ce serait nier l’humanité, la civilisation, l’éthique… La priorité à la vie constituerait une forme ultime de barbarie par déshumanisation.

Ces propos sont développés notamment par Alexandra Laignel-Lavastine dans La déraison sanitaire. La Covid-19 et le culte de la vie par-dessus tout, par Robert Redeker qui parle de « révolution sanitariste », et ce même fil directeur parcourt la critique du « délire hygiéniste » qu’entreprend Bernard-Henri Lévy dans Ce virus qui rend fou.

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