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Adoptons une éthique du respect

Le constat est sans appel : nous avons oublié que chacun d’entre nous mérite le respect. Cette réalité est pourtant anthropologiquement et philosophiquement au fondement de notre nature d’« êtres humains », et depuis Kant nous devrions savoir que l’humanité est toujours digne de respect. Nous avons ainsi aujourd’hui besoin d’une nouvelle manière de faire société, fondée sur la reconnaissance des autres et non sur l’enfermement dans des bulles de défiance et de mépris.
(paru dans SAY 5, 3e trim. 2021)

Fixons-nous une ambition nouvelle : accordons-nous sur une éthique du respect. À son fondement, un effort que chacun doit accepter de faire : ne pas attendre de réciprocité. Il s’agit de s’engager à faire preuve de respect envers les autres sans espérer de contrepartie. C’est ce qu’exige de nous Emmanuel Levinas : « Je suis responsable d’autrui sans attendre de réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque, c’est son affaire ». Il nous appartient ensuite de prendre, individuellement et collectivement, un triple engagement : permettre par notre comportement que chacun fasse au quotidien l’expérience de l’affection, du droit et de l’estime sociale. C’est une route tracée par le philosophe allemand Axel Honneth : nous avons besoin, en tant qu’individus, pour parvenir à une attitude positive envers nous-mêmes, d’être triplement reconnus.

Reconnus tout d’abord par l’amour ou par l’amitié, c’est-à-dire être l’objet de l’affection d’autrui. C’est pourquoi il faut combattre tous les rejets qui cabossent les vies : l’intolérance qui conduit à l’expulsion du domicile familial, à l’exclusion du club sportif, à la perte d’emploi ; l’indifférence face à la précarité et au délitement de tous les liens qui en découle. Il y a urgence à combler les failles de la société qui abîment les relations d’affection et à dépasser les limites actuelles de nos solidarités individuelles et collectives. Il s’agit, concrètement, d’un engagement à tisser des relations avec ceux qui se laissent envahir par la honte d’avoir perdu un emploi, un conjoint, ou de ne plus s’en sortir à la fin du mois. D’un engagement à être, également, aux côtés de ceux qui sont victimes de rejet, du fait d’une appartenance ou d’une orientation sexuelle, ou d’une identité de genre. Autrement dit, faire de la solidarité un de nos principes de conduite comme individus et comme société : sans obligation ni impératif, si nous nous attachons à faire primer dès que nous le pouvons l’entraide sur l’indifférence, nous contribuerons à redonner à beaucoup la confiance en soi.

Deuxième engagement pour une éthique du respect : permettre à chacun d’être reconnu comme membre responsable de la société, c’est-à-dire comme membre d’une communauté d’égaux en droits. Dans tous les domaines, l’égalité promise doit se traduire en égalité réelle.

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